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ENVOI D'AMOUR

Accours, petit enfant dont j'adore la mèro Qui pour te voir jouer sur ce banc vient s'assroir, Pâle, avec las cheveux qu'on rêve à sa Chimère Et qu'on dirait blondis aux étoiles du soir. Viens là, petit enfant, donne ta lèvre rose. Donne tes grands yeux bleus et tes cheveux frisés; le leur ferai porter un Tardeau de baisers : y\fin que, retourné près d'EUe à la nuit closo. Quand tes bias sur son cou viendront se refernirf. Elle trouve à ta lèvre et sur ta chevelure Quelque chose d'ardent ainsi qu'une brûlure ! Quoique chose de doux comme un besoin d'aimert

ENVOI D AMOUK

Alors elle dira, ftissonnante et troublée

l'ar cet appel d'amour dont son cœur se ilcfcnd,

Vrenant tous mes baisers sur ta tête bouclée :

— « Ou'est-co que \e sens donc au front de mon cnlaat :

AU BORD DE L'EAU

AU BORD DE L'EAU

Cn lourd soleil tombait d'aplomb tux It Isc^t; Les canards engourdis s'endormaient dans i« rase, £t l'air brûlait si fort qu'on s'attendait à voir Les arbres s'enflammer du sommet à la b&so.

4^ auborddel'eau

J'étais couché sur l'herbe auprès du vieux batoao

Où des femmes lavaient leur liriija. Des eaux grasse».

Des bulles de savon qui se crevaient bientôt

S'en allaient au courant, laissant de longues tracei.

Et je m'assoupissais lorsque je vis venir.

Sous la grande lumièro et la chaleur torridiS,.

Une fille marchant d'un pas ferme e', rapiJe,

Avec ses bras levés en l'air, pour maintenir

Un fort paquet de linge au-dessus de sa têta.

La hanche large avec la taille mince, faite

Ainsi qu'Une Vénus de marbre, elle avançait

Très droite, et sur ses reins, un peu, se balançait

Je la suivis, prenant l'étroit passerelle

Jusqu'au seuil du lavoir, où i'antrai derrière oùa

Elle choisit sa place, et dans un baquet d'eau. D'un geste souple et fort, abattit son fardeau. Elle avait tout au plus la toilette permise ; Elle lavait son linge ; et chaque mouvement Des bras et de la hanche accusait netteractt. Sous le jupon collant et la mince chemise. Les rondeurs do la croupe et les rondeurs des scia*. Elle travaillait dur; puis, quand elle était lasse. Elle élevait les bras, et. superbe de gr.ice, Tend:;it fon corps flexible en renversant ses rein». Mais le puissant soleil faisait craquer les planches ^ Le bateau s'entr'ouvrait corama aa>\r respirer.

AU BORD DE l'eAU 47

Les femmes haletaient; on voyait sous leurs manchw La moiteur do leurs bras par place transpirer. Une rou-eur montait à sa gorge sanguine. ILUe fixa sur moi son regard effronté.

Dégrafa sa chemise : et sa ronde poitrine Surgit, double et luisante, en pleine liboité. Écartée aux sommets ot d'une ampleur soli.'a. Elle battait alors son linge, et chaque coup, Agitait par moment d'un soubresaut rapide Les roses fleurs de chair qui se dressent au bout. Un L.r chaud me frappait, ccmme un souflle de forgo A c'.iacun des st.'.ipirs qui soulevaient sa gorge. Les coujis de son b.-itl nr me tonibaiint sur le iceu: Elle me regardait d'un air un peu moqueur ; J'approchai, l'oeil tendu sur sa poitrine huraida De gouttes d'eau, si blanche et tentante au baiser. Elle eut pitié de moi, me voyant très tim'ie. M'aborda la première et se mit à causer. Comme des sons perdus m'arrivaient ses parole». Je ne l'entendais pas. tant je la regardais. Par sa robe entr'ouverte. au loin, je me perdais. Devinant les dessous et brûlé d'ardeurs folles ; Puis, comme elle partait, elle me dit tout bas De me trouver le soir au bout de la prairie.

Tout ce Qui m'emplissait s'éloigna sur ses pat; Mon passé disparut ainsi qu'une eau tarie I

^S auborodri-'eau

Pourtant j"ctai» joyeux, car eo moi j'entendfti» Les ivresses chanter avec leur voix sonore. Vers le ciol obscurci toujours je regardais, Et la nuit qui tombait me semblait une aururci

Elle était l.i première au Uet du rendez-vous. 7'accourus auprès d'elle et me mis à genoux.

Kt prcimenant mes mains tout autour de sa tailla Je l'attirais. Mais elle, aussitôt, se leva. Et par les prés baignés de lune se sauva. Enfin ie l'atteignis, car dans une broussaille Qu'elle ne voyait point son pied fut arrêté. Alors, fermant mes bras sur sa hanche arrondie, .auprès d'un arbre, au bord de l'eau, je l'emportai.

,0 AU BORD DE L EAU

Lllo. que j'avais vue irapudiquo et hardie. Était pâle et troublée et pleurait lentement, ToDdis que je sentais comme un enivrement Qo force u il montait de sa faiblesse émue.

Que» est djcc et d'où vient ca fcr:r.ent qui remue Les entrailles dp l'homme à l'heure de l'amour ?

La lune illuminait les champs comme en plein jour. Grouillant dans les roseaux, la bruyante peuplade Des KrenouiliCS faisait un grand charivari. Une caille très loin jetait son double cri , Et. comme préludant à quoique sérénade, Des oise.Tux réveillés commençaient leurs chnnsoni l.e vent me paraissait chargé d'amours lointaines, Alourdi de baisers, plein dos chaudes haleines (Jue l'on entend venir avec de longs frissons. Et r^ui passent roulant des ardeurs d'incendio* Un rut puissant tombait des bnscs attiédies. Kt je pensai : € Cumbien. sous le ciel in&ni, l'ar cette douce nuit d'été, combien nous sommes <Ju'un.' angoisse soulève et que l'instinct unit l'armi les animaux comme parmi les hommes: r Et moi ) agirais voulu, seul, être tous ceux-ia i

Je pns ot je baisai ses doigts ; elle trembla.

Ses mains fraîches sentaient une odeur de lavande

A!T BORD DE L EAU

Et de thym, dont son linge était tout cni!j;i.uraô.

Sous ma bouche ses seins avaient un goût d'amix-.Oa

Coinnio un laurier sauvage ou le lai c parfumé

Cu'on boit dans la nioataijne aux mamelles des cbèn

LUc se débattait; mais je trouvai ses lèvres 1

Ce fut un baiser long comme une éternité

Qui tendit nos deux corps dans l'immobilitô.

Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;

Sa poitrine oppressée et dure de tendresse,

lialetait fortement avec de longs sanglots.

Sa joue était brûlante et ses yeux demi-clos ;

Et nos bouches, nos sens, nos soupirs se mêlèrent.

Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort.

Un cri d'amour monta, si terrible et si fort

Que des oiseaux dans 1 ombre effares s'envolèreni.

Les grenouilles, la -raille, et les bruits et les voii

Se lurent; un silence énorme empiit l'espace.

Soudain, jetant aux vents sa lugubre menace,

1res loin derrière nous un chien hurla trois ICi*.

Mais quand le jour parut, comme elle était reslcp. Elle s'enfuit. J errai dans les champs au hasard. La scnleiir de sa peau me hantait; son regard Iil'attachait conîjne une ancre au fond du cœur jcicc Ainsi que deux formats rivés aux mêmes lers, Ua lien nous tenait, l'affinité des chairi.

Pendant cinq unis ontiers, chaque soir, sur la u\i

Plein, d'un emportement qui jamais nj faiblit,

J'ai caressé sur l'herbe ainsi que dans un Ut

Cette fiUc superbe, ignorante et lascive.

Et le matin, mordus encor du souvenir,

Quoique tout alanguis des baisers de ia veille.

Dés l'heure où, dans la plaine, un chant d'o-scau s'cveiilo.

Nous trouvions que la nuit tardait bien à venir.

Quelquefois, oubliant que ie jour dût êclore.

Nous noua laissions surprendre umbrassés par l'aurori».

Vite, nous revenions le long des clairs chem;r«r.

AU BORD DE l'eAU ')3

Mes deux yeux dans ses yeux, ses doux mains dans mes mains je voyais salluracr des lueurs dans les haies, Des troncs d'arbre soudain rougir comme des plaies. Sans songer qu'un soleil se levait quelque part; Et je croyais, sentant mon front baigne de llarames, Que toutes ces clartés tombaient do son regard. Elle allait au lavoir avec les autres femmes ; le la suivais, rempli d'attente et de désir, La regarder sans fin était mon seul plaisir; Et je restais debout dans la même posture. Muré dans mon amour comme en une prison Les lignes de son corps fermaient mon horizon . Mon espoir se bornait aux nœuds de sa ceinture. Je demeurais près d'elle, épiant le moment Où quelque autre attirait la gaité toujours prcte ; Je me penchais bien vite, elle tournait la tète. Nos bouches se touchaient, puis fuyaient brusquement Parfois elle sortait en m'appolaiit d'un signe ; J'allais la retrouver dans quelque champ de vigne Ou sous quelque buisson qui nous cachait aux yeux. Nous regardions s'aimer les bêtes accouplées, Quatre ailes qui portaient deux papillons joyo.ix. Un double insecte noir qui passait les allées. Grave, elle ramassait ces petits amoureux Et les baisait. Souvent des oiseaux sur nos tctei Se becquetaient sans peur; et les couples dos bétes Ne nous redoutaient point, car nous faisions comme eux

<j4 au bord de l eau

Puis, le cœur tout plein d'elle, à cette heure tard'vra

Où j'attendais, guettant les détours de la rive.

Quand elle apparaissait sous les hauts peupliers.

Le désir allumé dans sa prunelle brune,

Sa jupe balayant tous les rayons de Lune

Couches entre chaque arbre au travers des sentiers.

Je songeais à l'amour de ces filles bibliques,

Si belles qu'en ces temps lointains on a pu voir,

Eperdus et suivant leurs formes impudiques,

^ -îs anges qui passaient dans les ombres du f^ir.

Un jour que \e patron dormnit (levant îa porte.

Vers midi, le lavoir se trouva dépeuplé.

Le sol briMant fumait comir.e un bœuf essoufflé

Qui peine en plein soleil ; mais je trouvais mnins forte

Cette cbaieur du ciel que celle de mes sens.

Aucun bruit ne venait que des lambeaux de chants

Et des rires d'ivrogne, au loin, sortact îles bouges.

Puis la chute parfois de quelque goutie d'eau

Tombant on ne sait d'où, "lueur du vieui bateau.

Or, !;es lèvres brillaient connue des charbons rougea

c6 AU BORD DE LEAU

D'où jaillirent soudain des crises de baiseï».

Ainsi que d'un brasier partent des étincelle».

Jusqu'à l'afTaissement de nos corps brisés.

On n'entendait plus rien hormis les sauterelles

Ce peuple du soleil aux étemels cris-cris

Crépitant comme un feu parmi les prés flétri»

Et nous nous regardions, étonnes, immobiles.

Si pâles tous les deux que nous nous faisions peur.

Lisant aux traits creusés, noirs, sous nos yeux fébriles,

Que nous étions frappés do l'amour dont on meurt.

Et que par tous nos sens s'écoulait notre vie.

Nous nous sommes quittés en nous disant tout bas Qu'au bord de l'eau, le soir, nous ne viendrions pat.

Mais, à l'heure ordinaire, une invincible envio Me prit d'aller tout seul à l'arbre accoutumé Rêver aux voluptés de ce corps tant aimé. Promener mon esprit par toutes nos caresses. Me coucher sur cette herbe et sur son souvenir. Quand j'approchai, grisé des anciennes ivressci Elle était là, debout, me regardant venir.

Depuis lors, envahis par une fièvre étrange. Nous hâtons sans répit cet amour qui nous manga. Hien que la mort nous pagne, un besoin plus puissarît Nous travaille et nous force à mêlei notre sang.

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ÎJos ardeurs ne sont point prudentes ni peureuses' Lcflroi ne trouble pas nos regards embrasés ; Nous mourons l'un par l'autre ; et nos poitrines creuses Changent nos jours futurs contre autant de baisers. Nous ne parlons jamais. Auprès de cette femme Il n'est qu'un cri d'amour, celui du cerf qui brame. Ma peau garde sans fin le frisson de sa peau Qui m'emplit d'un désir toujours âpre et nouveau; Et si ma bouche a soif, ce n'est que de sa bouche ! Mon ardeur s'exaspère et ma force s'abat Dans cet accouplement mortel comme un combat. Le gazon est brûlé qui nous servait de couche ; Et, désignant l'endroit du retour continu, La marque de nos corps est entrée au sol nu. <^uclquc matin, sous l'herbe où nous nous rencontrâmes, On nous ramassera tous deux au bord do l'eau. Nous serons rapportes au fond d'un lourd bateau, Nous embrassant encore aux secousses des rames. Puis, on nous jettera dans quelque trou caclié. Comme on fait aux gens morts en état de péché.

Mais alors, s'il est vrai que les ombres reviennent, Nous reviendrons, le soir, sous les hauts peupliers; Et les gens du pays, qui longtemps se souvienneat, En nous voyant passer, l'un à l'autre liés, Diront, en se signant, et l'esprit en prière . « Voilà le mort d'amour avec sa lavandière •

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