L'AÏEUL
L'ATEUL
L'aïeul mourait froid et rigide.
Il avait quatre-vingt-dix ans.
La blancheur de son front livide Semblait blanche sur ses drups blanrs Il entr'ouvrit son grand œil pale, Et puis il parla d'une voix
L ATFUL
Lointaine et vague comme un râle, Ou comme un souflle au fond des bon.
list-ce un souvenir, est-ce un rêve ?
Aux clairs matins do ^rand soleil L'arbre fcnuontait sous la sève, Mon cœur battait d'un sang vermeil Est-ce un souvenir, est-ce un rêve î Comme la vie est douce et brève !
Je me souviens, je rac souviens Des jours passés, des jours ancicni t J'étais jeune ! je me souviens !
Est-ce un souvenir, est-ce un rêve ? L'onde sent un frisson courir A toute brise qui s'élève ; Mon sein tremblait à tout désir.
Est-ce un souvenir, est-ce un rêve.
Ce souffle ardent qui nous soulève ?
Je me souviens, je me souviens!
Force et jeunesse ! ô joyeux biens !
L'amour ! l'amour ! jo me souvien» (
Est-ce un souvenir, est-ce un rêve T Ma poitrine est pleine du bruit Que font les vagues sur la grève.
Ma uensee hésite et me fuiW
L AIE 'ci.
Est-ce un souvenir, est-c»» un rêva Que je commence ou que j'atliève ?
Je me souviens, je me souviens !
On va in'étendre près des miens ; La mort ! la mort ! je me souvient !
• .e rêve pour les uns sciait d'avoir iIcs n-lcs. De monter dans l'espace en poussant de grands cri«. De prendre entre leurs doigts les souples liirondellcs Et de se perdre, au soir, dans les cicux assoni' ris.
D'autrçs voudraient pouvoir écraser des poitrines En refermant dessus leurs deux bras écartes ; Et, sans ployer des reins, les prenant aux narines^ Arrêter d'un seul coup les cl'.cvaux emportés.
Mol, ce que j'aimerais, c'est la beauté chamelle Je voudrais être^beau comme les anciens dieux, Et qu'il restrit aux c<£urs une flamme éternelle Au lointain souvenir de mon corps radieux.
Je voudrais que pour moi nulle ne restât sage ; Choisir l'une aujourd'hui, prendre l'autre demain . Car j'aimerais cueillir l'amour sur mon passajje. Comme on cueille des fruits en étendant la raain.
lia ont, en y mordant, des saveurs différentes ;
Ces arômes divers nous les rendent plus doux.
J'aimerais promener mes caresses errantes
De» fronts an cheveux noirs aux fronts en cheveux roui
J'adorerais surtout les rencontres des rues. Ces ardeurs de la chair que déchaîne un regard. Les conquêtes d'une heure aussitôt disparues, Les baisers échangés au seul gré du hasard.
Je voudrais au matin voir s'éveiller la bruns Qui vous tient étranglé dans l'étau de ses bras; Et la soir, écouter le mot quo dit tout bas La blcode dont le ftont s'ii^en'.ù au clair de luns.
l'ai», sans un trouble au cœur, sans un regret mordant. Partir d'un pied léser vers une a-itre chimère. — Il faut dans cet fruits-là ce mettre que la dent : On trouverait au (und une saveur amers.
LA DERNIÈRE ESCAPADE
LA DERNIERE ESCAPADE
Un grand château bleu vieux aux .->.•« trJs élevé» Les marches du perron tremblent, et l'herbe pou»»», S'élançant loc^^ue ot droite aux fentes des pave» Que le temps a verdis d'une lèpre de mousse. Sur les côtés deux tours. L'une, en chapeau pointa. S'amincit dans les airs. L'autre est décapitée.
LA DERNIÈRE ESCAPADE
Sa tête fut, un soir, par le vent emportée ; Mois un lierre, grimpé jusqu'au faite abattu. S'ébouriffe au-dessus comme une chsvclure ; Tandis que, s'infiltrant dans le flanc de la tour. L'eau du ciel, acharnée et creusant chaque jour. L'entrouvrit jusqu'en bas d'une immense fêlure. Un arbre, poussé là, grandit au creux, des mur». Laissant voir vaguement de vieux salons obscurs. Chaque fenêtre est morne ainsi qu'un regard vide. Tout ce lourd bâtiment caduc, noirci, fané. Que la lézarde marque au front comme une rido. Dont s'émiette le pied, de salpêtre mine. Dont le toit montre au ciel ses tuiles ravagéet. A l'aspect désolé des choses négligée».
Tout autour un grand parc sombre et profond s'ctcnd ; Il dort sous le soleil qui monte ; et l'on entend. Par moments, y passer des rumeurs de feuillages. Comme les bruits calmés des vagues sur les plagci, i^uaud la mer resplendit au loin sous le ciel bleu. I.cs arbres ont pousse des branches si mêlée»
Que le soleil, jetant son averse de feu,
Kc pénètre jamais la noirceur des allées.
Les arbustes sont morts sous ces géants touITu»;
Et la voûte a grandi comme une cathédrale ;
Il y flotte une odeur antique et sépulcrale.
L'humidité les lieux où l'homme ne vient plus.