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I.A DERNIÈRE ESCAPADH

Mai» «ur les hauts degrés du porron qui dominent

Les longs gazons qu'au loin de grands arbres terminent.

Des valets ont paru, soutenant par les bras

Deux vieillards très courbés qui vont à petits pa».

Us traînent lentement sur les marches verdies

Le» hésitations de leurs jambes roidies,

Et tâteat le chemin du bout de leur bâton.

Très vieux,— l'homme et la femme, — et branlant du menton

Us ont le front si lourd et la peau si fanée. Qu'on ne devine pas quel pouvoir enfonça Aux moelles de leurs os cette vie obstinée.

Affaissés dan» leurs grands fauteuils on les laissa,

rués en deux, tremblant des mains et de la tète.

Ils ont baissé leur» yeux que la vieillesse hébète.

Et regardent tout près, par terre, fixement.

Il» n'ont plu» de pensée. Un long tremblotement

Semble »eul habiter cette décrépitude.

Et s'ils ne sont pas morts, c'est par longue habitude

De Tivre à deux, tout près l'ua do l'autre toujours.

Car ils n'out plus parle depuis beaucoup <in louim.

^^ais un souffle de feu sur la plaine s'cl^v*.

Les arbres dans leurs flancs ont des frissons de sèv».

Car sur leurs fronts troublés le soleil va passer.

Partout la chaleur monte ainsi qu'une marp« ;

Kt, sur chaque prairie, une foule dorée

De jauncD papillons flotte et semble danse.

Kpanouie, au loin, la campagne grésille,

C'est un biuit continu qui remplit l'horizori.

Car affolé dans les protondeurs du gazon,

Le peuple assourdissant des criquets s'éço-«.''ic.

Cnp fièvre de vie enflammée a couru.

Et rajeuni, tout blanc dcr.» la chaude lumière.

LA DERNIERS ESCAPADE 9

Ainsi qu'aux premiers jours d'un passe disparu, ' Le vieux château reprend sot sourire de pierre.

Alors les deux vieillards s animent peu à peu ; Ils clignotent des yeux ; et, dans ce bain de feu, .ues membres desséches lentement se détendent. Leurs poumons refroidis aspirent du soleil ; Et leurs esprits, confus comme après un réveil, S'étonnent vaguement des rumeurs qu'ils entendent. Ils se dressent, pesant des mains sur leur bâton. L'homme se tourne un peu vers sun antique amie, La rCiïardc un instant et dit : — « U fuit bien bon. • Elle, levant sa tête encor tout endormie. Et parcourant de l'œil les horizons connus. Lui rcpor»^ : « Oui, voilà les beaux jours revenus. • Et leur voix est pai cille au bêlement des chèvres. Des gaîtés de printemps rident leurs vieilles lèvro» Ils sont troublés, car les senteurs au boi» zouvcau Les traversent parfois d'une brusque secousse. Ainsi iju u& viu nup lort niontauC a leur cerveau. Us balancent leurs fronts d'une façon très douce. Et retrouvent dans l'air des souffles d'autrefois. Lui, tout à coup, avec des sanglots dans la voix : — € C'était un jour pareil que vous êtes venue • Au premier rendez-vo':», dans la grande avenue. • Puis ils n'ont plus rien 'l;t, mais leurs pensera amcit Remontaient aux lointains souvenirs du jeune .ige. Ainsi que Jeux vaissctux, ayant pusse les mers,

LA X>ERNIÈRE ESCAPAPF.

S'en retournent toujours par lo même sillage.

Il reprit : — • C'est bien loin, cela ne revieat fwis

« Et notre b:iuc de pierre, au fond du parc, — là-bas'' «.

La femme eut un sursaut comme d'un trait blessé© :

— « Allons le voir. » — dit-elle ; et, la gorge oppressée,

Tous deux se scut levés soudain d'un même effort '.

Couple prodigieux tant il est grêle et pâle.

Lui, dans un vieil habit de chasse à boutons d'oi.

Elle, sous les dessias étranges d'un vieux châl'ï '

Ils guettèrent, ayant gran'i'neurd'ftt'-e aperçu» . Kt puis, voûtes, avec les dos rond des bossus. Humbles d'être si vieux quand tout semblait revivre. Ainsi que des enfants ils se prirent la main. Et partirent, barrant la largeur du Chemin. Car chacun oscillait un peu, comme un horamo ivre, Heurtait l'autre d'un coup d'épaule quelqusCois. I Promenait en zigzags leur douteux équilibre. Leurs bâtons supportant chaque bras resté libre Trottaient à leur» côtés comme deux pieds de b«l3.

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Mais, î'.-*rrêU en arrêts, daos leur course cssau(&â6|

Ils gagièreut le oarc et puis la grande allée.

Leur passe, se levait et marchait devant eux;

Et sur la terre humide ils croyaient voir, par places,

L'cmpreiote fraîche encor de leurs pieds amoureux ;

Comme bi les chemins avaient c^ardé leurs traces,

Attendant chaque jour le couple habituel.

Us allaient, tout chétifs, près des arbres énormes,

Perdus sous la hauteur des chênes et des ormes

Qui versaient autour d'eux un soir perpétuel

t,t comme un livre ancien dont on tourne la page •

» C'est ici. » disa.t Tun. L'autre disait : « C'est là.

« La place où je baisai vos doigts '1 — Oui, la voilà. •

• Vos lèvres? » — « Oui! c'est elle! » Et leur pèlerinags

De baisers en baisers sur 1:\ bouche ou sur les. doigts.

Continuait ainsi qu an chemin de la croix.

Ils dcbordaieni tous deux d'allégresses passées.

Élans <jue pread le cœur vers les bonheurs finis,

En songeant que jadis, les tailles enlacées,

Les yeux parlant au fond des yeux, les doigts unis

M^ievs, le sem troublé de lièvres inconnues,

Us avaieni parcouru les uciaes avenues.

Le banc ".w «tendait, moussu, vieilli comme eux.

« C'est lui ; .) dit-U. . C'est lui! . reprit-elle. Ils s'assirent

Et sous les chauds reflets des souvenir» heureux

Les profondes noirceurs des arbres s'éclaircirent.

Mais voilà que dans l'herbe ils virent s'approche»

Va crapaud centenaire aux formes empâtées.

Il imitait, avec ses pattes écartées.

Des mouvements d'enfant qui no sait pas marchBC

Un sanglot convulaif Jit r.'iler leurs haleines ;

Lui ! le premier témoin de leurs amours lointainif^

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Qui veaait chaque soir écouter leurs serme"?*». lit seul il reconnut ces reliques damants : Car uâtant sa démarcne épaisse et patiente. Gonflant son ventre, avec ses yeux attendris, Contre les. pieds tremblants des amoureux Ilètrli 11 traîna lentement sa grosseur confiante. Ils pleuraient. — Mais soudain un petit chant doiseai» Partit des profondeurs au bois. C'était le même Qu'ils avaient entendu quatre-vingts ans plus tùt! Et dans l'effarement d'un délire suprême. Du fond des jours finis devant eux accourut, Par bonds, comme un torrent qui va, sans cesse accru. Toute leur vie, avec ses bonheurs, ses ivresses. Et ses nuits sans repos de fougueuses caresses. Et ses réveils à deux si doux, las et brises. Et puis, le soir, courant sous les ombres flottantes. Les senteurs des forêts aux sèves excitantes Qui prolongent sans fin la lenteur des baisers!...

àîais comme ils s'imprésnaient de tendresse, l'auée S'ouvrit, laissant passer uns brise affolée ; Et, parrumé, frappant leur cœur, comme autrefois. Ce souiue, qui portait la jeunesse des bois. Réveilla dans leur sang le frisson mort des germe».

Ua ont senti, brûlés de chaleurs d'épidermes, Tout leur corps tressaillir et leurs mains se presjjr Et se sont regardés comme pour s'embrasser !

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