‹ Des Vésicules Aberrantes dans le ZonaChapitre 13 sur 15 · MP, GA · texte numérisé non relu

MP, GA

I y a quatre Jours sur la partie interne de la face postérieure de l’avant-bras droit, à l'union du tiers supérieur avec le tiers moyen, le malade voit apparaitre un placard rouge, sur lequel se sont rapidement développées des groupes de vésicules. Ces lésions ne sont accompagnées d’aueune douleur spontanée ; mais elles sont assez douloureuses à la pression.

Deux jours après, apparition d’autres goupes de vésicules et, en méme temps, de douleurs vives, continues qui durent et le jour et la nuit au point d’être une cause d’insomnie presque complète.

Le 20 décembre 1894: Dans le creux axillaire, audessous du bord inférieur du muscle grand pectoral; on voit six petites taches rouges, légèrement saillantes, un peu acuminées ; le centre de presque toutes est occupé par une petite vésicule. ;

Sur la partie interne de la face antérieure du bras, audevant du biceps, à deux travers de doigt au-dessous de l'insertion du grand pectoral, il y a un petit groupe de huit vésicules très rapprochées, entourées chacune d’une aréole rouge. Les vésicules sont discrètes et les aréoles ellesmêmes sont séparées par de minces lignes de peau saine.

Un peu au-dessus du pli du coude. on voit un autre groupe formé d’une dizaine de vésicules jaunâtres, cohérentes, entourées d’une aréole érythémateuse. La largeur de la lésion est de 3 centimètres environ. Les plus grosses vésicules ont le volume d’un grain de chènevis.

Au niveau même du pli du coude, on voit quelques vésicules isolées.

Sur la face interne du bras, le long d’une ligne étendue de l’épitrochlée au sommet du creux de l’aisselle, il y à trois pelits groupes de vésicules, dont les caractères sont identiques à ceux des précédentes.

Un peu plus en arrière, il y a.une vésicule isolée ; en

Pda

arrière de l’épitrochlée un autre petit groupement d'élé-—

ments herpétiforines. |

Sur la face antérieure del’avant-bras, suivant une ligne verticalement descendante on voit encore une série de petits groupes de vésicules ; quelques-unes de celles-ci sont déjà transformées en croutelles d’un jaune brunâtre.

De la partie moyenne de l’avant-bras, part obliquement en bas et en dehors, en contournant la face postérieure au membre, une série d’autres petits placards éruptifs dont les dimensions ne dépassent pas 2 centimètres de diamètre.

L'examen du reste de la surface du corps ne permet de découvrir ni vésicule, ni macule rouge, érythémateuse, ni croutelle indiquant l'existence actuelle ou antérieure d'aucune vésicule aberrante.

Le 25 décembre. — Nous recherchons de nouveau s’il y à ou non des vésicules aberrantes ; notre recherche n’est pas plus fructueuse qu'il y a trois jours.

Le 26 décembre. — Le malade est à peu près guéri ; ancune vésicule ne siège surlecorps. Donc nous concluons que ce zona n’a pas été accompagné du développement de vésicules aberrantes.

OBSERVATION VI (personnelle)

Zona lombo-inguinal

Le nommé Balot Albin, âgé de 54 ans, boulanger, n’a eu aucune maladie antérieure et nous devons le noter spécialement, il a été très bien portant pendantlles 15 jours qui ont précédé l'apparition de son affection actuelle.

Ï y a huit jours il a éprouvé une douleur vive, d’abord

à l'épaule, puis à la région lombaire du côté gauche. Après trois Jours ont apparu des taches rouges d’abord sur la hanche ; puis en avant et en arrière de celle-ci d’autres taches se sont développées bientôt. Les vésicules existaient deux ou trois heures après le début de la rougeur.

Depuis, les douleurs ont pris un caractère de cuisson vive.

Le 15 janvier 1895. — Sur la moitié gauche de la région lombaire, sur le flanc gauche, et dans la région ilioinguinale : de nombreux placards rouges, isolés, forment une bande large de 4 centimètres au niveau de la région lombaire, de 7 ou 8 au-dessus de l’épine iliaque autérosupérieure, et une mince traînée dans le pli de l’aine.

Chaque placard ne dépasse guère le diamètre d’une pièce d’un franc ; la plupart sont de moindres dimensions ; ils sont surmontés de nombreuses vésicules très rapprochées : il existe aussi des vésicules isolées.

La rougeur est intense, vive, s'accompagne d’un léger épaississement du derme. Sur ces plaques rouges, saillantes, les vésicules ont le volume d’une grosse tête d’é- -pingle. Elles sont remplies d’un liquide clair, citrin.

Nous recherchons inutilement sur le reste du corps l'existence de vésicules aberrantes ; nous ne trouvons ni tache érythémateuse, ni vésicule, ni croûtelle, ni cicatrice en dehors de la région lombaire-inguinale.

Le 18 janvier. — Cette même recherche reste vaine.

Le 22 janvier. — Bien que le malade éprouve encore des douleurs vives, le zona est en voie de disparition, nous ne trouvons pas de vésicules aberrantes.

LR

OBSERVATION VII (personnelle)

Zona génilal

Piedr. Alex., 37 ans, employé decommerce, auraiteu, il y a un mois, de l’eczéma sur les membres inférieurs. De plus il est très sujet aux maux de gorge.

L’éruption pour laquelle il vient consulter est apparue il ya quatre jours. Pendant les huit jours précédents, le malade avait éprouvé des douleurs cuisantes dans la région où l’éruption s’est manifestée. Il nous parait bon de noter que c’est sur les parties génitales que l’éruption s’est développée en dernier lieu.

Etat actuel (2 Février). — Sur la fesse gauche nous voyons trois placards rouges, surmontés de vésicules ou de croutelles assez nombreuses. Sur la partie inférieure et interne de la même fesse il y a une large plaque, dont les dimensions sont 10 centimèt. ; elle est surmontée de nombreuses croûtes brunûâtres, et de vésicules encore translucides.

.. Sur la face postérieure de la cuisse il y a aussi de nombreuses vésicules qui reposent sur une base érythémateuse. La plupart sont discrètes. L’éruption s'arrête au milieu de la cuisse et va décroissant de haut en bas.

Sur le périné ont voit la plaque de la fesse s’avancer jusqu’au voisinage du scrotum.

Sur le scrotum et sur la moitié gauche de la verge, il Y quelques croûtelles recouvrant, ou non, des ulcérations. IL n’y a pas de rougeur-en ces derniers points.

Les troubles de la sensibilité sont peu marqués.

. Les vésicules aberrantes n’existent pas.

Le 4 Février. — Les lésions tendent à disparaître. Nous

EE TR er recherchons inutilement sur tout le corps des traces de vésicules aberrantes ; nous n’en trouvons pas,

Le & Février. — Le malade est guéri presqué complè tement.

OBSERVATION VII (Personnelle)

Zona de l’épaule

Petell... Constance, 16 ans, tailleur, n’a eu aucune maladie antérieure.

Le 25 décembre. -— Apparition sur la partie la plus supérieure de la face externe du bras droit, au niveau du tiers inférieur du muscle deltoïde, d’une large tâche rouge, sur laquelle se développent bientôt des nombreuses vésicules. La largeur de la lésion est de 4 centimètres ; en hauteur elle a 3 centimètres. Les vésicules sont assez serrées ; mais discrètes pourtant ; entre chacune d’elles on voit le fond érythémateux que forment les téguments.

En même temps est apparue sur la face postérieure de l’épaule du même côté, immédiatement au-dessous de la partie moyenne de l’épine de l’omoplate un placard analogue au précédent, de forme irrégulièrement ovalaire, mesurant 5 centimètres de haut sur 8 cent. de large. Comme le précédent, ce placard est caractérisé par de la rougeur et par de nombreuses vésicules, du volume d’un grain de mil à celui d’une petite lentille.

La malade nons apprend qu'avant lapparition de l’éruption ellé a ressenti des démangeaisons puis des douleurs vives dans le bras et le dos aux points où les plaques ont apparu.

Nous ne constatons aucune vésicule aberrante. — Les Molinié | 8

jours suivants le zona suit son évolution et se termine ra— pidement par la guérison. Tous les deux jours nous avons recherché l'existence de vésicules sur toute l’étendue du corps ; nous n’avons jamais constaté le moindre indice.

Réflexions. — Dans les quatre observations que nous venons de relater, les vésicules aberrantes ont constamment fait défaut. On nous objectera peut-être que nos examens n’ont pas été quotidiennement répétés. Nous répondrons que l’intervalle entre deux explorations successives a toujours été moindre que la durée de l’évolution d’une vésicule d’herpès zoster. Nous avions du reste, plus haut. prévu l’objection. Il résulte donc de ces quatre dernières observations que l'existence des vésicules aberrantes n’est peut-être pas aussi constante que le pense M. Tenneson. La proportion de neuf fois sur dix qu’il admet, tombe d’après nos observations à une fois sur deux, puisque sur huit observations nous avons trouvé quatre fois des vésicules aberrantes. Il est vrai, nous le répétons encore, les cas observés par nous ne sont pas assez nombreux pour servir de base à une statistique par trop rigoureuse. Aussi nous n'insisterons pas davantage sur ce point secondaire.

Mais là où nous pouvons conclure sans crainte, en prenant argument de nos malades, c’est en affirmant que les vésicules aberrantes signalées par M. Tenneson pour la première fois existent indiscutablement et même sont très. fréquentes.

Nous tenons aussi à faire observer que nous nous avons surtout rencontré ces vésicules dans des zonas très étendus. D'où nous pouvons, par suite, avancer que l’existence des éléments aberrants nous paraît être la règle dans les vastes zosters ; que ces vésicules font défaut assez souvent dans les zonas de moyenne intensité, qu’elles manquent en général dans les très petits zonas.

Diagnostic du Zona avec vésicules aberrantes

Les zonas avec vésicules aberrantes constituent un type clinique bien distinct de toutes les autres formes d'herpès zoster en particulier des herpès généralisés que nous trouvons décrits par les auteurs. |

Nous neparlerons pas des différences qui séparent ces zosters de la dermatite herpétiforme de Duhring, des herpès gestationis et des érythèmes polymorphes vésiculeux ; entre ces affections et celle que nous étudions, il n’y a rien de commun et l’hésitation n’est pas possible.

Mais nous voudrions montrer en quoi les zonas à vési- cules aberrantes diffèrent des éruptions décrites à tort ou à raison par les auteurs sous le nom de zonas généralisés.

Nous dirons tout d’abord quel’observation personnelle que M. Boulland a publié en 1888 dans sa thêse sous le nom de : « Zona bilatéral compliqué d’herpès généralisé», nous paraît devoir rentrer dans le cadre des zonas avec vésicules aberrantes. Dans cette observation, il s’agit d’une femme, qui présentait en même temps qu’un zona des 9%, 10° et 11° espaces intercostaux une éruption de vésicules d’herpès disséminées sur diverses parties du corps: côté droit de l'abdomen, partie antérieure des cuisses, seins, bras droit, commissure labiale gauche. Ces vésicules étaient isolées et

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largement séparées les unes des autres. Il nous semble que cette observation ressemble absolument à celles que nous étudions : Zonà intercostal très étendu, nombreuses vésicules aberrantes disséminées sur le tronc, les membres et la face.

Quant aux autres zonas, non limités à un ou plusieurs nerfs du même plexus, ce sont en général des éruptions zostériennes existant d’une part sur une partie des téguments ; d'autre part sur une région cutanée parfaitement déterminée. En somme la malade a deux zonas äu lieu d’un seul. Telles sont les observations du zona lombaire double publiées par Fox ; de zona ophtalmique double, que Augagneux a publié dans le Lyon-Médical en 1884; le cas d’herpès zoster facial et génital de Epstein ; le zona bilatéral du cou, rapporté par Fing et observé chez une femme de 60 ans. Dans aucun de ces cas nous ne voyons réunis d’une part un zôna parfaitement caractéristique et d’autre part des vésicules disséminées sur tout le corps, sans aucun rapport avec les distributions nerveuses, Ne

Nous avons à propos de chacune de nos observations, fait le diagnostic des vésicules aberrantes avec l’acné trouvé chez un denos malades, avec l’ecthymafuronculeux survenu secondairement chez un autre. Nous n’y reviendrons pas ; du reste les caractères différentiels de ces affections érup- . tives sont indiquées dans les plus élémentaires traités de dermatologie.

En résumé le diagnostic de ces vésicules est très facile ; il repose sur :

1° L'existence en un point donné du corps d’un zona

typique, ordinairement assez étendue pour qu'aucune hésitation ne soit possible,

2° L'identité objective des vésicules qu’on trouve dissé- minées sur le corps avec les vésicules du zona.

Rappelons enfin qu'il n’y a aucune ressemblance entre nos observations et celles que M. Hallopeau, professeur agrégé a récemment publiées dans les Annales de Dermatologie et intitulées : « Fièvre herpétique ou zona ».

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Importance des vésicules aberrantes pour expliquer l’éliologie et la pathogénie du zona.

Valdettars a fait des recherches bactériologiques sur les éléments cutanés du zona et ses conclusions sont les suivantes : Il existe dans le zoster des éléments infectés et des éléments non infectés ; ces derniers sont stériles, tandis que les premiers fournissent des cultures de staphylocque doré. Valdettars déduit de ces faits très précis que linfection septique est indépendante du processus zostérien, qu’il ‘s’agit là de deux maladies distinctes. Nous approuvons pleinement cette manière de voir.

D'un autre côté Pfeiffer et après lui Wasilevoski après avoir montré que les théories en cours sur le zona sont la théorie infectieuse soutiennent une théorie parasitaire. Ces auteurs admettent l’existence dans les vésicules zostériennes de protozoaires, qu’ils n’ont pu eultiver, ni inoculer et s’appuient sur l’existence de ces protozoaires par trop

- chimériques pour expliquer l'épidémicité, les symptômes généraux et les adénopathies. Or si nous nous rapprochons nos observations de cette théorie du Pfeiffer nous ne pouvons guère mettre ce dernier auteur d'accord avec les idées de la grande majorité des dermatologistes. |

Sans insister sur ce point, qu’il est bizarre de voir ‘un

parasite se localiser presque toujours à une moitié du corps et dans cette moitié à certaines parties bien déterminées, il est difficile de comprendre comment chez certains individus nous avons pu voir apparaitre simultanément des vésicules zostériennes et de l’ecthyma furonculeux, celui-ci résultant d’une auto-inoculation. Si le malade avait pris en même temps et des staphylocoques et des parasites du zona pour se les inoculer en diffirentes parties dn corps, comment certains éléments développés à la suite auraient-ils contenu le parasite seul, tandis que certains autres auraient renfermé le staphylocoque isolé ? Pourquoi n’aurions-nous pas vu naître une infection mixte mariant l’agent parasitaire au microbe ? Il nous semble plus logique d'admettre que le zona s il est une maladie infectieuse, comme beaucoup le croient aujourd'hui, résulte d’une infection générale de l’économie et qu’il n’est nullement produit par l’action d’un agent pathogène quelconque développé directement dans la peau 2.

Nous avons déjà indiqué à propos des considérations étiologiques et pathologiques notre manière de concevoir le zona comme maladie infectieuse générale. Nous ne pouvons ici passer sous silence le rapport qu'il peut y avoir entre nos idées personnelles et les recherches de Valdettars. Cette auteur trouve en effet deux sortes d'éléments dans le zona : les uns stériles : les autres contenant le staphylocoque survenu secondairement, car nous-mêmes constatons que l’auto-inoculation de ce germe septique produit de l’ecthyma.

Mais alors d’où proviennent dans le zona les vésicules si elles sont normalement libres de tou$ microbe où para

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site ? D'un irritation inflammatoire : et nous retombons sur la cause universellement admise de la vésico-pustulation. D'autre part le docteur Bourgeron estime que lirritation inflammatoire, qui préside à la formatioa des vésicules d’herpès ordinaire, est produite par une élimination, soit de microbes, soit de ptomaînes engendrées par l’économie sous les influences qui font éclore l’herpès. Mais aujourd’hui, avec les récents progrès de la science, ne convient-il pas d’incriminer, en place du microbe, la toxine, produit du microbe lui-même ou tout au moins sécrétion réactionnelle de l'organisme en puissance d'infection. Transportons cet avis de l’herpès ordinaire à l’herpès zona et notre hypothèse paraît fort gagner en vraisemblance. Alors comment interprèterons-nous la présence des vésicules aberrantes ? Ces vésicules deviennent les sûrs garants d’une infection étendue à toute l’économie, mais dont l'effet presque nul ailleurs, porte surtout sur un département nerveux de moinrésistance, affaibli par une cause quelconque.

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