TUBERCULOSE
L'histoire de la tuberculose des voies génitales a passé par trois étapes bien marquées.
Ce sont d'abord des observations isolées ou groupées en trop petit nombre pour permettre une description didactique ; à cette première période se rattachent les noms de Bajle (1805), de Baillie (1815), de Louis (1825), d'A. Cooper (1830), de Rayer (1841); déjà les travaux de Velpeau (1844), et de Curling (1843) marquent un progrès et annoncent la deuxième période.
Celle-ci s'ouvre brillamment par la thèse de Dufour (1854), travail consciencieux auquel on a beaucoup emprunté et qu'on a souvent commenté sans y ajouter de faits importants. Nous citerons encore l'article de Cruveilhier (1862) et le mémoire de Salleron (1869).
Puis, les recherches histologiques placent la question sur un autre terrain ; l'histoire clinique est établie et on ne fait que mieux préciser la valeur de certains symptômes, tels que l'hématurie, déjà signalée par Dufour, mieux étudiée par Guyon et par Stapfer (1874). Mais la grande question de l'unicité et de la dualité de la tuberculose agite les esprits ; on cherche partout des documents et des preuves, et on étudie avec soin les tuberculoses dites locales; c'est alors que paraissent les travaux de Malassez et de Reclus (1876).
Ce qu'on décrit surtout, c'est l'altération du testicule; l'organe est superficiel, accessible aux mains du chirurgien;
on l'enlève parfois et l'examen anatomique de la lésion en est rendu facile.
Les vésicules séminales au contraire, grâce à leur situation profonde, échappent à l'attention et, si on en parle, c'est en passant, par acquit de conscience.
Cependant, dès 1829, Dalmas leur avait consacré un assez long article du Journal Behdomadaire ; il tombe, il est vrai, dans l'erreur, et prend pour de la suppuration chronique leur tuberculisation ; mais il discute le diagnostic différentiel et laisse des faits intéressants.
Les chapitres d'Albers, de Naumann, de Faye sont bien pauvres sur ce sujet, et, depuis, Humphry et Kocher ne sont guère plus prolixes.
C'est encore dans les observations isolées de tuberculose génito-urinaire qu'il faut chercher les documents relatifs à cette histoire et les bulletins de la Société anatomique sont la mine la plus féconde où nous ayons puisé (1).
Il est évident que l'envahissement des vésicules n'est qu'un epiphénomène d'une tuberculose locale, celle des voies spermatiques. Tantôt les poumons sont déjà malades depuis longtemps, et l'altération des organes génitaux n'a qu'une valeur séméiologique et pronostique secondaire; tantôt au contraire elle apparaît chez un sujet jusqu'alors indemne, c'est la tuberculose génitale primitive plus importante et plus intéressante.
Dans le premier cas, ce sont les symptômes de phthisie pulmonaire qui dominent la scène ; dans le second, ils
(i) L'altération tuberculeuse des vésicules a été représentée par différents auteurs, entr'autres :
Rayer. Atlas. Pi. LXIV, fig. 4.
Cruveilhier. Atlas. Livr. 39. PI. II, fig. i et 1'. Reclus. Thèse. PI. II-.
n'apparaissent que tardivement et annoncent une complication qu'on n'avait que trop de raisons de craindre.
Nous laissons de côté tout ce qui a trait à la tuberculose en général et nous passons brièvement sur les signes propres à celle des voies génitales.
L'hématurie précoce ou prémonitoire, les douleurs de la miction et les phénomères vésicaux reconnaissent pour cause l'envahissement des organes urinaires et ne rentrent guère dans notre sujet.
Cependant la douleur peut être sous la dépendance d'une lésion prostatique, et les écoulements uréthraux,]d. blennorrhagie tuberculeuse de Ricord, en révélant l'envahissement de l'urèthre, doivent éveiller l'attention. Caria tuberculose née dans la région prostatique, en ce point que nous avons appelé le confluent génito-urinaire, a deux voies a suivre: elle peut envahir la vessie et la plupart des organes urinaires ; elle peut aussi choisir la voie séminale ; parfois elle suit les deux chemins.
C'est au début de cette propagation surtout que le clinicien a besoin de déployer toute sa sagacité, car, parfois, les organes les plus accessibles, le testicule et l'épididyme, ne présentent autune lésion alors que les parties reculées du conduit séminal sont déjà profondément atteintes; nous reviendrons tout à l'heure sur ce point.
Le toucher rectal s'impose donc au chirurgien qui soupçonne une tuberculose génitale et qui ne trouve pas la confirmation de son diagnostic dans l'examen des bourses; il est nécessaire aussi quand l'altération du testicule est de nature douteuse ; il est utile enfin, en tout cas, pour établir l'état de tout l'appareil malade, juger du mode de développement de l'affection et établir un pronostic probable.
Lorsqu'on pratique cette exploration on tombe tout d'abord sur la prostate : elle est plus ou moins augmentée de
volume, dure, à bords souvent bien marqués, à surface irrégulièrement bosselée, parfois avec des points ramollis. Au-dessus, le doigt arrive sur le col de la vésicule. Il est facilement perceptible, ce qui prouve qu'il est malade ; arrondi et dur, il donne la sensation d'un petit cylindre, se perdant en bas dans la prostate, s'atténuant en haut ou se continuant avec une masse plus volumineuse, selon que le réservoir spermatique est plus ou moins malade.
C'est en ce point, c'est-à-dire à son extrémité prostatique, que la vésicule est presque toujours d'abord atteinte. Plus tard la lésion gagne tout l'organe et l'on peut suivre cette marche ascendante, comme dans l'observation suivante :