OBSERVATION XIII
Tuberculose des poumons, des épididymes, d'une des vésicules séminales.
Le 23 mars 1881, on amène à l'hôpital un nommé Guidon, âgé de 65 ans, dans un état de dyspnée considérable ; les extrémités sont cyanosées,
les lèvres blanches, la face refroidie, les jugulaires turgescentes. On entend des râles ronflants et muqueux dans les deux poumons; le foie déborde à peine les fausses-côtes, le pouls est régulier et assez fort; les pieds sont enflés.
Nous apprenons du malade, qui répond à peine aux questions, qu'il tousse depuis plusieurs années et est plus malade depuis deux mois.
En continuant l'examen, nous constatons l'existence de lésions des épididjmes : gros et irrégulièrement bosselés, ils coiffent le testicule; il y a du liquide en assez grandft abondance dans la vaginale. Le maladenous dit qu'il n'ajamaiseu d'écoulement uréthral ni d'orchite.Ilest trop souffrant pour que nous pratiquions le toucher rectal ; il meurt en effet le soir même.
A part la congestion du foie, l'autopsie ne révèle d'autres lésions qu'une infiltration tuberculeuse des deux poumons, avec de l'emphysème assez considérable et deux petites excavations à gauche.
Les organes génilo-urinaires sont enlevés et examinés,
La vessie, très dilatée, emplit le petit bassin ; ses parois sont minces, à colonnes saillantes.
La prostate a au moins trois fois son volume normal ; le lobe moyen lait saillie au niveau du col vésical et forme valvule. Elle est remplie le foyers caséeux.
Vurethre ne présente rien de spécial.
Les testicules sont également sains. L.es vaginales ont un aspect lavé; le liquide qu'elles renferment (50 gr. environ de chaque côté) est citrin, transparent ; au microscope, on n'y voit que quelques flocons de fibrine et de rares cellules épithélialc? : des fausses membranes relient les deux feuillets de la séreuse.
Des veines dilatées forment une couche presque continue à la surface de répididyme. Le gauche porte un noyau tuberculeux, du volume d'une fève, au niveau de son extrémité inférieure ; le droit en a trois Une injection poussée par le déférent ne pénétre pas au delà de la queue.
Les déférents sont sains dans leurs portions funiculaire et abdominale.
La uésicuZe séminale gauche a son aspect normal. Le liquide qu'elle contient est gris, louche, avec de nombreux leucocytes et sans spermatozoïdes ; l'éjaculateur correspondant s'ouvre à droite du verumontanum.
La vésicule droite^ très dure, est adhérente au déférent et à l'aponévrose prostato-peritonéale qu'on ne peut détacher. A la coupe, elle apparaît comme un bloc fibreux à la surface duquel tranchent quelques îlots blancs qui font saillie. Ceux-ci sont bien limités, creusés à leur centre d'une cavité à parois déchiquetées et tomenteuses. Les épaisses cloi-
soûs fibreuses qui les séparent et qui forment plus de la moitié de la masse totale contiennent quelques vaisseaux visibles à l'œil nu. Cette transformation fibreuse est moins prononcée vers le col de la vésicule. Là il existe une masse de substance caséeuse se prolongeant dans l'éjaculateur, qui paraît injecté au suif.
Celui-ci s'ouvre à gauche du verumontanum. Les deux éjaculaleurs sont donc entrecroisés à leur extrémité terminale. Cette déviation, qu'on peut faire disparaître en introduisant une soie dans les deux canaux, est le fait d'une véritable torsion du verumontanum, qui paraît due elle-même au développement des tubercules de la prostate et de l'éjaculateur gauche.
Parfois, même à l'autopsie, il est difficile de dire si la transformation fi.breuse est le fait d'une tuberculose ancienne ou d'une inflammation de voisinage (voy. spermato- CYSTiTE chronique), bien que, lorsqu'elle reconnaît cette dernière origine, elle soit habituellement moins complète. En voici un exemple; la coexistence d'une tuberculose du poumon et du rein ferait seule pencher vers la première hypothèse.