‹ Des vésicules séminales; anatomie et pathologieChapitre 3 sur 54 · DEVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

DEVELOPPEMENT

Rathke est le premier anatomiste qui ait dunné une description un peu détaillée du développement des organes génitaux internes, en les faisant dériver du corps de Wolff, découvert déjà depuis plus d'un demi-siècle (1825).

Mûller (1829), Coste (1840), Bischoff (1842) et Follin (1850) font naître au contraire la majeure partie de ces organes, en particulier le déférent et la vésicule séminale, du canal de Mûller. Les recherches plus récentes ont donné pleinement raison à Rathke.

Vers le deuxième jour de l'incubation chez le poulet, le huitième chez le lapin, le quinzième environ dans Tembryon humain, commence à se développer le canal de Wolff. Il se forme, en dehors des quatrième et cinquième protovertèbres, aux dépens du mésoderme. Un peu plus tard apparaissent, dans la masse cellulaire intermédiaire, les canaux transversaux qui constituent la portion glanduaire du corps de Wolff ou rein primitif d'Oken.

A peu près en même temps (le quatrième jour chez le poulet, d'après Foster et Balfour) (1), l'épithélium germinatif se creuse d'un sillon, bientôt converti en tube com-

(1) Foster et Uatfuur Eléments d'embryologie^ trad. par le Dr Rochefort Paris, iri-8, 1877.

plet; c'est le canal de Mûller qui s'applique au-dessous, puis en dedans du conduit de Wolff et vient s'ouvrir comme lui dans le sinus uro-génital, au-dessous du renflement allantoïdien qui doit plus tard constituer la vessie.

Cet organe s'accroît chez la femelle, forme la trompe, et, en se soudant progressivement de bas en haut à son congénère, le vagin et l'utérus.

Dans le sexe masculin, la plus grande partie s'atrophie; l'extrémité supérieure persiste, c'est l'hjdatide du testicule ; l'inférieure, se réunissant à celle du canal opposé, devient l'utricule prostatique, sinus pocularis, peu développé chez l'homme, mais atteignant un volume considérable chez quelques mammifères où il prend le nom de vésicule de Weher. Cette disposition peut exister chez l'homme, et un certain nombre de kystes de la région postérieure de la vessie ne sont autre chose que la persistance ou la dilatation des canaux de Mûller (Englisch).

Le même processus atrophique s'empare, dans l'embrjon femelle, de l'organe de Wolff dont quelques parties seulement persistent chez l'adulte : corps de RosenmûUer, paroophoron, canaux de Gœrtner.

Chez le mâle, au contraire, les différentes parties de cet organe vont s'accroître et constituer des organes permanents importants.

La moitié supérieure de la portion glandulaire formera la tète de i'épididyme, tandis que sa moitié inférieure atrophiée ne sera plus représentée que par le vas aherrans de Haller et l'organe de Giraldès.

Mais, au point de vue qui nous occupe, les modifications qui se passent du côté du canal nous intéressent beaucoup plus.

Les canaux de Wolff, placés en dehors du corps glandulaire, aboutissent car leur extrémité inférieure au sinus

uro-génital, qui reçoit également les canaux de Mûller (1) et les uretères. Ces derniers en sont même une émanation. Vers le quatrième jour, en effet (chez le poulet, Foster et Balfour), un diverticulum se forme à l'extrémité postérieure du canal de Wolff, c'est l'uretère qui commence à se développer et qui s'ouvre dans le cloaque par un tronc commun avec le conduit dont il dépend. Cette disposition est transitoire et la différentiation est déjà faite au sixième jour. Elle persiste toute la vie chez les batraciens (Cuvier, Milne-Edwards, Huxley, etc.), où l'épididyme se confond avec le rein et où il n'y a qu'un seul conduit excréteur, wretéro-sérMmaZ. Très exceptionnellement, elle devient également permanente chez l'homme. Hoffmann, Eppinger, Th. Rott en ont observé des exemples.

L'extrémité supérieure du canal de Wolff s'abaisse vers le testicule, se contourne sur elle-même et forme la queue de l'épididyme ; la partie moyenne, la plus longue, persiste et devient le canal déférent.

L'extrémité inférieure est réunie à celle du coté opposé, en arrière de la vessie, par des fibres de tissu conjonctif, et plus tard des fibres cellules. Entre elles cheminent les canaux de Mûller, et l'ensemble de ces conduits et du tissu am.biant constitue le cordon génital.

A mesure que les canaux de Mûller s'atrophient de haut

en bas. ceux de Wolff augmentent au contraire de volume,

et, comme leur partie supérieure s'incline en dehors, en-

raînée qu'elle estpar le testi:ule qui descend vers l'anneau

inguinal, les deux canaux divergent en formant en arrière

(1) Au septième jour, le canal de Mûller et celui de Wolff ont encore un abouchement commun dans le sinus. D'après des reclierches récentes, le canal de Millier, à sa partie inférieure, se développerait aux dépens dcsparoismêmes du conduit de Woliï (Balfour et Sedgwick, 1880). Ces faits expliquent une anomalie rare, 'abouchement des éjaculateurs dans l'utiicule prostatique (Morgagni, Dolbeau).

— aide la vessie un angle de plus en plus ouvert, à sinus supérieur.

Vers le troisième mois, d'après les auteurs (1), à la partie inférieure et externe de cette portion des canaux de Wolff qui est devenue l'extrémité des déférents, apparaît un petit bourgeon contenu dans Tépaisseur du cordon génital. Ce bourgeon, simple diverticule du déférent, s'accroît peu à peu, c'est le rudiment de la future vésicule séminale.

Les choses ne se passeraient pas tout à fait ainsi, si l'on en croit Rathke.

Près de l'embouchure du déférent, dit-il, il se produit au sinus uro-génital une petite bosselure conique, dans laquelle viennent s'ouvrir à la fois le déférent et l'extrémité du canal de Mùller. C'est de cette bosselure que naît la vésicule, qui ne communiquerait ainsi tout d'abord que médiatement avec le canal excréteur du testicule. Plus tard, la bosselure disparaît.

Bischoff avoue n'avoir pu constater cette disposition (2), et aucun autre auteur, que nous sachions, n'a été plus heureux.

Le terme de trois mois, admis généralement pour celui de l'apparition du bourgeon vésiculaire, est loin d'être fixe. A cet âge, il est des fœtus chez qui il est impossible de trouver aucune trace de ces organes dans le cordon génital.

Chez un fœtus de trois mois et demi environ (15 centim.), nous avons vu au microscope, en dehors du canaldéférent à cavité extrêmement petite, une vésicule déjà bien apparente. Elle apparaissait sur la coupe comme une petite

(1) Voy. Viault. Le €orp< de WoIfjr,Thèse d'agrégation, 1880.

[2) ^Bischoff. Traité du dévehpi'Cùient de l'homme et des mammifères, Trad. Jourdan, 1843, in-8, p. 374.

cavité creusée dans l'épaisseur du cordon musculaire qui entoure les déférents. La muqueuse existait à peine, et l'épithélium était nettement cylindrique, avec des cellules deux ou trois fois plus hautes que larges.

De quatre à cinq mois, les déférents sont presque horizontaux à leur terminaison (comme chez quelques singes), puis ils s'incurvent brusquement pour se diriger vers la prostate. A l'extrémité de cette seconde partie, sont appendues les vésicules, sous la forme de petits renflements, de deux millimètres de long sur un millimètre de large, très légèrement bosselés et à peu près horizontaux. Sur une coupe, on constate qu'elles ne sont encore formées que de deux ou trois alvéoles, dont les parois, très épaisses, se confondent en dedans avec celles des déférents ; le tube qui les constitue est donc à peine sinueux. En dehors, elles confinent à un tissu cellulaire lâche et vasculaire, non encore condensé en fibreuse. Le chorion muqueux est très mince; l'épithélium est cylindrique et contient un noyau et de fines granulations.

Elles s'accroissent peu à peu ; le tube qui les formé s'enroule d'avantage et pousse des appendices.

A la naissance, elles forment deux saillies accolées à la terminaison du canal déférent, qui présente déjà à leur niveau un renflement fusiforme.

Grâce à la disposition piriforme de la vessie à cet âge, leur direction se rapproche plus de l'horizontale que de la verticale Mais, à mesure que la vessie se développe, elles se relèvent, deviennent presque verticales à la puberté pour s'incliner de nouveau chez l'adulte et surtout chez le vieillard, alors que le bas-fond prend un plus grand développement.

Leur extrémité supérieure n'atteint pas encore Tembou-

chure de Turetère et, en dehors, elles sont plus ou moins rapprochées de l'artère ombilicale.

Tantôt elles sont presque lisses, tantôt superficiellement lobulées et piriformes, ressemblant à une pomme de pin. D'autres fois, elles s'étalent davantage et se touchent presque par leur bord interne.

Leur longueur est de sept à douze millimètres ; leur largeur de quatre à huit.

Leur tunique fibreuse est encore peu dense et très riche en vaisseaux, principalement en artères.

La musculeuse est épaisse, vasculaire dans sa couche externe.

Les fibres élastiques sont rares dans Ja muqueuse ; l'épithélium, toujours cylindrique, est un peu moins réii:ti~ lier (1), La cavité est minime relativement à l'épaisseur des parois, et les saillies de la muqueuse sont encore l'udimcntaires.

Jusqu'à la puberté, les vésicules ne subissent qu'un accroissement lent et peu considérable. Elles n'ont guère que vingt-cinq à trente millimètres à l'âge de 10 ans. Mais, au moment où s'établit la fonction spermatic|ue, la poussée de développement qui se fait vers le testicule, la verge, le larynx et d'autres organes, agit également sur les vésicules qui acquièrent très rapidement le volume qu'elles conserveront pendant toute la vie génitale de l'individu.

Leur aspect infantile peut persister plus longtemps. Elles n'avaient que 30/8 millimètres chez un jeune homme de 17 ans, où nous avons trouvé également une prostate

(1) La surface libre paraît bordée dans h-.i rniipes par un lisérc clair, qui no nous semble être que la paitic du proloplni^Tia compri-e nu-dossii!^ du i:nynii et qui simule un pLili au.

bilobée et rudimentaire. Les voies séminales ne renfermaient pas de spermatozoïdes.

Chez l'pdulte, elles sont bien développées, fermes, turgescentes, profondément lobulées. Leurs parois sont essentiellement formées d'une épaisse couche musculaire limitée, en dehors par une fibreuse, en dedans par une muqueuse à saillies multiples. L'épithélium s'est aplati et a pris une forme cubique.

Plus tard, de nouvelles modifications apparaissent. S'il est d'heureux vieillards qui conservent en grande partie leur activité génitale, avec des organes de sécrétion (testicules et épididymes avec spermatozoïdes) et d'excrétion (déférents et vésicules) absolument normaux, il en est beaucoup d'autres qui ont leur âge de retour et qui, à une époque variable pour chacun d'eux, deviennent impuissants et stériles. Leurs testicules s'atrophient et les vésicules séminales subissent également des changements dans leur aspect et leur texture.

Quelquefois, elles ont à peu près leurs dimensions normales ou sont légèrement atrophiées (1) ; leurs parois s'épaississent, deviennent presque fibreuses; la cavité disparaît presque complètement.

Plus souvent peut-être, on les voit larges (2), flasques,

{{) A. Duplay k qui nous devons d'intéressantes Recherches sur les changements et les altérations que présente chez les vieillards l'appareil sécréteur et excréteur du sperme (Arch. gén. de méd., 3^ série, t. VI, 1853, p. 12J et 428) donne les mensurations suivantes :

Age. Nombre de vieillards. Longueur et largeur moyennes. Ne 00 à 70 14 42 millim. 13 millim.

( ) Chez un vieillard de 67 ans, nous avons noté les dimensions ci-dessous : Longueur : 65 millimètres.

Largeur : 35 millimètres.

avachies pour ainsi dire, à parois minces, dont les fibres musculaires sont dissociées par du tissa conjonctif, à muqueuse presque lisse.

Presque toujours les veines qui les entourent sont turgescentes, variqueuses, contenant quelquefois des caillots ou des phlébolithes (1).

(1) Il nous a paru inutile de réfuter, dans le cours de ce chapitre, l'opinion des anciens auteurs, et en particulier de Geoffroy-Saint-Hilaire, qui regardaient les vésicules séminales comme l'analogue de l'utérus femelle, comparant aussi les canaux éjaculateurs au vagin et les déférents aux trompes. Nous avons montré que Vutérus mâle est l'utricule prostatique.

Les vésicules séminales, pas plus que le canal déférent, n'ont d'analogue chez a femme : ces organes sont seulement représentés chez quelques femoUes par les canaux de Gœrtner.

Le tableau suivant, que nous empruntons au travail du Dr Viault, résume cette homologie.

Sexe féminin :

Hydatide de Morgagni.

Canal horizontal de Rosenmuller.

Canaux de Gœrtner.

Canal de Wolff, Portion supérieure.

Sexe masculin :

Hydatide pédiculée du testicule. .Corps et queue de l'épidij,

(Canal déférent.

Vésicules séminales.

Canaux éjaculateurs.

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