LES VESICULES DANS LA SÉRIE ANIMALE
S'il est un chapitre obscur dans l'histoire des vésicules séminales, c'est bien celui-ci.
Là où Cuvier dit oui, Milne-Edwards dit non et d'autres doutent.
Nous n'ayons pas la prétention de porter une lumière complète dans ce point reculé d'anatomie comparée. Nous allons simplement résumer les opinions des différents auteurs, et donner le résultat des quelques dissections que nous avons pu faire au Muséum, grâce à l'aimable obligeance de M. le professeur Pouchet.
Déjà chez quelques annelés on voit apparaître des renflements ou des poches qui servent de réservoirs à la liqueur fécondante et font plus ou moins l'office de vésicules.
Parmi les Vers, nous citerons, comme étant pourvus de ces appendices :
Les Botriocéphales (vésicule médiane) ;
Les Distomes (Van Benéden) ;
'LesHii^udinées. Poche servant de réservoir, et où aboutit le canal de l'épididyme ;
Les Trichines, où les déférents se renflent en simulant une vésicule.
Dans la sous-classe des Articulés :
Les Myriapodes. Vésicules chez quelques lithobies (Cuvier).
hes Sarcoptes auraient des vésicules rudimentaires d'après Tréviranus et Cuvier (?).
Les Insectes ont une dilatation des déférents qui fait office de vésicule, en particulier, les Diptères, les Lépidoptères (Malpighi, Swamerdamm, Cuvier), les Hémiptères (Dufour), les Névroptères (Dufour) les Hyménoptères (Dufour), Jes Orthoptères (Cuvier), les Coléoptères (Dufour).
Parmi les Vertébrés, nous n'étudierons guère à ce point de vue que les mammifères, qui nous intéressent tout particulièrement.
Cependant on a signalé, chez les Poissons^ des réservoirs qui ne sont le plus souvent qu'une ampoule du déférent plus ou moins dilatée.
Dans la classe des Batraciens, ce qu'on a décrit sous ce nom est une série de cellules ou de tubes rameux qui s'ouvrent sur la paroi externe du canal uretéro-séminal (Duvernoy, Milne-Edwards). La partie du déférent qui précède la réunion de ce canal à l'uretère est regardée comme une vésicule séminale chez le crapaud par Huxley.
Les Reptiles n'en ont pas.
Les déférents des Oiseaux se renflent en forme de réservoir. Celui-ci est très développé chez le pigeon domestique, mais il n'y a pas, à proprement parler, de vésicule.
Nous allons passer maintenant en revue les différents ordres des Mammifères, et c'est là surtout que règue une confusion regrettable.
Les Didelphes (Monotrémes et Marsupiaux) n'ont pas d'appareil récepteur du sperme (Richard Ov^en et tous les naturalistes).
Les Cétacés n'en ont pas davantage (Hunter, Flourens), malgré la fable consacrée qui attribue à Rondelet leur découverte chez le Dauphin,
Les Edentés et les Phoques n'en sont pas pourvus.
Elles existeraient au contraire chez les Sirénides, d'après Stannius et Huxley.
La plupart des auteurs prétendent qu'elles manquent chez les Ruminants (Flourens, Richard Owen, Brugnone, Milne-Edwards). Cuvier pense que ce qu'on a pris pour telles sont des prostates ; Leyh et Zundel partagent cette opinion.
Il faudrait pourtant convenir de ce qu'on doit entendre par vésicules séminales. Si on donne ce nom à des organes annexés aux extrémités des déférents, communiquant avec eux et contenant du sperme, nous n'hésitons pas à affirmer qu'elles existent chez un certain nombre d'animaux de cet ordre. Nous en avons disséqué, et tout le monde peut en voir dans les galeries d'anatomie comparée du Muséum.
Les ruminants comprennent les familles suivantes :
a. Girafidés. — Galeries du Muséum, n» 70. Organes génitaux d'une Girafe. Vésicules séminales formant une poche peu bosselée, de 70/35 m. m., se réunissant au déférent à 1 centimètre de la prostate.
h. Cervidés. — Cerf hippelaphe, — Galeries, n^ 30. Vésicules sem. lisses, de 4 cent, environ de longueur.
Cerfinontjac. — Galeries, n°173. Vésicules bosselées, 15 m. m.
Cerf naja. — Nous avons disséqué un individu jeune, le 31 janvierl882 et nous avons noté les particularités suivantes :
Pas de prostate ;
Déférents très minces, accolés et légèrement renflés à leur extrémité terminale ;
Vésicules allongées, antéro-postérieures, peu lobulées, à parois épaisses ; i6/4 m. m. Elles contiennent des speirma-
tozoïdes à tête ovalaire, un peu plus gros que ceux de l'homme; des sympexions nombreux; quelques lencocytes ; des globules granuleux; des cellules épithéliales cylindriques ou plates, à noyau; des corps allongés rectangulaires ou aciculaires, paraissant être des cristaux.
Daim. — Deux petites capsules membraneuses qui sont peut-être des vésicules (Cuvier).
c. Bovidés. — Antilope (galeries, n° 1209]. Grosses vésicules bosselées, mesurant près de 10 centim., et ayant absolument l'aspect ie celles de l'homme.
Taureau. — Chaptal décrit des vésicules (?) qui s'ouvrent par un canal spécial dans l'urèthre. Ce sont probablement des prostates. Hunter a représenté également des vésicules de Frée-Martin, hermaphrodite né d'une vache {Œuvres, atlas, planches 31, 32 et 33).
Buffle. — Nous avons pu examiner les organes génitaux d'un bœuf brachycère, mort à la ménagerie en février dernier. Les vésicules avaient 25/10 m. m.; elles étaient donc relativement petites. Leurs parois étaient épaisses; leur contenu laiteux renfermait des spermatozoïdes à tête fine, des globules blancs et des cristaux pyramidaux. Entre les deux, une masse glandulaire plate et deux lobes de quelques millimètres de largeur étaient probablement des rudiments de prostate. Utricule prostatique de 25 m. m. Déférents et vésicules s'ouvrant par un orifice commun, allongé. Aponévrose prostato-péritonéale à fibres musculaires longitudinales apparentes.
Bélier. — Hunter a représenté (Atlas, pi. 26 bis) les vésicules séminales d'un jeune bélier (/).
d. Moschidés. — Pas de documents.
e. Camélidés. — Deux prostates voiiimineu^es, à cavité
centrale, qu'on a prises à tort pour des vésicules, d'après Cuvier.
Les Pachydermes paraissent posséder à peu près tous cet organe.
a. Prohoscidiens. — Les vésicules de VEléphant constituent deux poches volumineuses, à parois musculaires puissantes, qui communiquent avec le déférent au point de son abouchement dans l'urèthre. Elles ont été décrites par Cuvier, Flourens, Milne-Edwards. Le Tapir, d'après Huxley, aurait des vésicules, mais pas de glandes de Cooper.
h. Porcins (Suidés). — Chez le Verrat, on voit de grosses masses, composées d'un très grand nombre de cellules, et dont l'aspect rappelle celui du thymus (Cuvier et Duvernoy). Ce sont des vésicules pour Hunter, Cuvier et Tyson ; des prostates pour Brugnone.
Nous croyons aussi que ce sont des prostates, car nous n'y avons pas trouvé de spermatozoïdes ; mais, chez un Phacochère, nous avons vu, en dedans de ces deux masses, au-dessous de la terminaison des déférents, une saillie médiane, ayant à peu près la même structure, et contenant des granulations et quelques spermatozoïdes. Ce sont peut-être des vésicules accolées. L'utérus mâle était très développé et se prolongeait entre les déférents et la vessie.
c. Fissipèdes. — Les vésicules forment deux sacs volumineux chez le rhinocéros. (Dessin de Vicq d'Azyr à la bibliothèque du Muséum.)
d. — Solipèdes. — Les vésicules du Cheval sont situées en dehors du canal spermatique et de l'uretère, au-dessous du rectum, en avant de la prostate; elles sont uni-
cellulaires, et s'ouvrent dans l'urèthre avec les déférents ; mais une injection poussée dans ceux-ci pénètre d'abord dans l'intérieur des réservoirs. La tunique musculeuse est formée de deux couches de fibres lisses ; la muqueuse est hérissée de saillies entrecroisées. Elle reçoit son sang de la honteuse interne, par l'intermédiaire de l'hémorrhoïdale interne ou vésico-prostatique, appelée aussi rectale interne. Même disposition chez l'âne (Leuckart).
Nous ne ferons que signaler la vésicule mitoyenne découverte par Bourgelat, vesicula seminalis tertia seu média de Gurlt, et qui n'est autre que l'utérus mâle. Il peut, du reste, présenter les mêmes anomalies que chez l'homme (Goubaux).
Les Hyracoïdes, dont on fait maintenant un ordre spécial intermédiaire aux pachydermes et aux rongeurs, ont des vésicules grandes et ramifiées (Cuvier), des prostates et des glandes de Cooper.
Ce que les auteurs ont décrit comme les réservoirs spermatiques des Rongeurs^ est presque toujours l'utérus mâle. Celui-ci se développe beaucoup chez le Lièvre^ le Lapin, et, chose remarquable, les déférents viennent s'aboucher dans sa cavité, près de son orifice, de sorte que l'on y trouve des spermatozoïdes : utricule prostatique, quant a sa structure et à sa position, c'est donc une vésicule séminale, quant à sa fonction. Il mériterait le nom de pseudovésicule.
Les vésicules, allongées en forme de tube flottant dans l'abdomen, des iîats, des Agoutis^ des Cochons d'Inde ne sont que les tubes de Weber, c'est-à-dire les restes du canal de Mûller. Ils jouiraient de mouvements vermiculaires d'après Andral et Lampferhoff. Nous croyons que les véritables vésicules séminales du Cochon d'Inde sont ces
d-eux petits sacs qu'on trouve à la base de la prostate.
Les vésicules du Castor^ décrites par Wepfer en 1671, sont constituées par une masse de tubes ramifiés. On peut se demander si ce sont bien des vésicules.
Elles ont été peu étudiées chez les Insectivores. Cependant, Huxley les a disséquées avec soin chez le Hérisson (p. 46d). Dans l'urèthre viennent s'ouvrir trois paires d'appendices (nous croyons qu'il en existe quatre paires ramifiées), dont les supérieurs contiennent des spermatozoïdes et sont considérés comme des vésicules. Les autres représenteraient la prostate et les glandes de Cooper (1).
Les vésiculessont peu développées pendant l'hiver chez le mulot et la taupe (Hunter). Mais, à la fin de la saison froide, on les trouve gonflées de sperme chez les animaux hibernants, d'après Flourens.
Les Carnassiers n'ont pas de réservoirs spermatiques. Ici l'unanimité des auteurs est d'autant plus remarquable qu'elle est plus rare.
Stannius et Cuvier en donnent aux Chéiroptères, ce que nie Huxley. Toujours est-il que la chauve-souris possède deux sacs uniloculaires qui y ressemblent beaucoup.
Elles paraissent exister chez tous les Primates. Les singes seraient même, d'après Haller, avec quelques rares animaux, les seuls chez lesquels les vésicules communi- (pient avec les déférents: « Soli autem homini, pigmœo, s)mi8e, erinaceo, apro, vesiculae séminales et ductus déférentes communi ostio aperiuntur. » Opinion erronée qu'il n'est plus besoin de réfuter.
A,Lem,uriens. — Maki. Deux vésicules à peine lobulées
(1) Liôgcois n'y a pas trouvé de spermatozoïdes à l'époque du rut; il en conclut que'ce soiit des g'andes.
(Galeries du Muséum). La cavité serait simple d'après Cuvier.
Galeopitheque . — Prostate volumineuse, vésicule très petite (Cuvier).
h. Céhiens. — Macaque (Macacus pileatus). Y és]C[i\es allongées (25 mm), très bombées, ressemblant à une grappe de raisin, formées d'un tube fin. Col allongé. Prostate diviséti en deux parties par un sillon transversal. La partie antérieure est lobulée et forme une manchette qui recouvre l'extrémité des déférents et des vésicules (O. G.).
c. Pithéciens. — Cynocéphale. Vésicules presque lisses, couvertes de nombreuses ramifications vasculaires (Galeries n^ 218).
Guenon. — Déférents flexueux ; vésicules bosselées, longues (20 m. m.), presque horizontales. Parois épaisses. Spermatozoïdes, globules de mucus et sympexions, dont quelques-uns englobent de petits blocs jaunes de matière colorante du sang. Prostate triangulaire. Utricule prostatique (O. G.).
Nous n'avons que peu de renseignements sur les vésicules des A?if/iropoide,y: il est probable qu'elles se rapprochent beaucoup de celles de l'homme. Celles de YOrang^ déjà disséquées par Sandifordt en 1837, seraient très ramifiées d'après Milne Edwards.
Ainsi les vésicules séminales manquent chez les Monotrèmes, les Marsupiaux, les Cétacés, les Edentés, les Phoques, la plupart des Rongeurs, les Carnassiers et peut-être les Chéiroptères.
Chez quelques-uns, elles 'sont suppléées par Vutérus mâle qui communique avec le déférent. (Lapin etc.)
Il est inexact de décrire, comme vésicules accessoires, des
organes qui débouchent dans Turèthre sans communiquer avec le déférent (Cuvier).
D'un autre côté on ne confondra pas avec les véritables vésicules l'utricule prostatique très développé, ou les appendices Wébériens des rongeurs, si l'on prend pour critérium ces trois caractères -qui nous paraissent suffire pour éloigner toute confusion : Sièqe toujours externe par rapport aux déférents; communication directe avec ceux-ci; éléments propres du liquide séminal, c est- à-dire spermatozoïdes, dans leur cavité.
Quant à déterminer la loi de leur existence^ la chose est impossible, et nous ne pouvons mieux faire, que de terminer cette courte étude d'Anatomie comparée par ces quelques lignes de Flourens :
«... Les réservoirs membraneux éprouvent tant de variations, même dans la classe des Mammifères, qu'il est bien difficile de tracer la nécessité d'existence de ces vésicules. Le problème organique off"rirait peut-être moins d'entraves si un ordre tout entier d'animaux possédait des vésicules séminales; mais que de variétés!! L'analogie si frappante, que l'on trouve entre l'appareil sécréteur et excréteur du sperme et l'appareil sécrétoire et excrétoire de la bile, est de nouveau corroborée par l'impossibilité où l'on est de déterminer pour le foie comme pour le testicule la nécessité d'un réservoir. Là, sans sortir d'une même famille, celle des ruminants, on voit que le bœuf a un réceptacle spécial pour la bile, tandis que le cerf en est totalement dépourvu : ici, des plantigrades possèdent des vésicules séminales, et l'ours, qui appartient à cette famille, possède à peine une dilatation du conduit défèrent. Cette loi naturelle est donc totalement inconnue et nécessite de sérieuses recherchée. »