CHAPITRE PREMIER
HISTORIQ.UE.
Si l'anatomie et la physiologie des vésicules séminales présentent encore bien des points obscurs, que dire de leur pathologie à laquelle nos classiques daignent à peine accorder quelques lignes dans leurs ouvrages ?
Jusqu'au commencement dexe siècle/à part quelques courtes observations disséminées dans les Ephémérides des Curieux de la Nature ou dans l'immortel livre de Morgagni, les lésions de ces organes restent lettres closes pour les pathologistes. Le premier, Baillie essaye de réunir les quelques documents épars, et, dans son Anatomie pathologique, dont l'édition française paraît en 1815, il mentionne leurs anomalies, leur inflammation, leur dégénérescence scrophideuse etsquirrheuse.
En 1833, Albers leur consacre un assez long article dans le Journal de Chirurgie de de Grâfe. Bien qu'il y règne encore quelque confusion, ce mémoire est le premier travail sérieux sur la matière, et est beaucoup plus complet que celui de Baillie. Nous en reproduisons les conclusions : Guelliot. ^
« I. Les maladies des vésicules séminales se manifestent par des symptômes propres, mais qui, habituellement, s'allient à des accidents dépendants d'autres maladies : ce qui explique pourquoi ces accidents n'ont pas été mieux étudiés jusqu'à ce jour.
« IL Les maladies des vésicules séminales sont rarement isolées : elles coïncident le plus souvent avec des affections du testicule, delà prostate ou du rectum.
« IIL L'apoplexie, le coma et la stupeur, surviennent dans les maladies des vésicules séminales, lorsque leur terminaison doit être mortelle.
« IV. Bien que chaque affection des vésicules ait des symptômes propres, le diagnostic n'en est pas encore sûr, parce que chaque symptôme, pris en particulier, peut se rapporter à des maladies diverses. »
Cinq ans à peine séparent le mémoire d'Albers du chapitre où Naumann étudie les maladies des vésicules séminales, dans son Manuel de clinique (1837). Aussi les deux travaux ont-ils bien des points de ressemblance ; cependant le professeur de Berlin connaît mieux que son devancier la partie symptomatologique, et signale entr'autres choses la spermatocystidorrhagie que nous appelons plus simplement Vhémospermie.
Signalons encore une Thèse de Scamitz, passée à Bonn en 1836, et nous arrivons à une étude beaucoup plus complète, que nous aurons plus d'une fois l'occasion de citer.
En 1840, unmédecin de rarméedeNorwège,F.-C. Faye, prenait, pour sujet de sa thèse de licence en médecine, l'anatomie et la pathologie des vésicules séminales. Après avoir fait en quelques pages leur histoire anatomique, il étudie avec plus de soin leur physiologie, puis leurs lésions. Il passe en revue ensuite, dans des paragraphes dis-
tincts, les différentes affections auxquelles elles sont sujettes; les titres seuls de ces chapitres montrent le soin que Faye a pris de rassembler tous les faits connus jusqu'à lui en y ajoutant quelques données nouvelles: il nous parle successivement de l'inflammation, de la suppuration, de l'induration, de la dégénérescence squirrheuse , de la tuberculose et de la scrofule, des hémorrhagies, des varicosités, des calculs, des fistules^ de l'atrophie et de l'hypertrophie.
L'année su ivante il publiait à Skeenune seconde Thèse qui n'est quela suite et le complément de la première ; mais elle ne la vautpas. C'est une étude d'ensemble sur l'étiologie, la symptomatologie, la marche, le diagnostic, le pronostic et la thérapeutique des maladies des vésicules : ce plan nuit beaucoup à la clarté de la description, et expose à des horsd'œuvre qui font tache dans le travail de Faye. Quoi qu'il en soit, les Thèses du médecin norwégien sont encore ce que nous possédons de plus complet sur la matière et les auteurs qui l'ont suivi restent bien loin derrière lui.
En France, du reste, son travail a été jusqu'ici complètement ignoré, et, à part des études sur quelques points spéciaux, comme la Thèse de Dufour sur la Tuherculisatîon des organes g énito^urinair es (1854), celledeRapin sur VInflammation des vésicules séminales (1859), les Recherches fératologique de Godart sur l'appareil séminal (1860), et la description plus récente de la Colique spermafigue donnée par M. Reliquet (1878-1880), à part, dis-je, ces études de détail, nous ne pouvons, pour la période de 1840 à 1880, que citer deux noms: Lallemand et Civiale.
Quel immense succès eut le Traité des pertes séminales involontaires y quelle influence il eut pendant quelques années sur une partie de la médecine, et surtout sur la pathologie nerveuse, il est inutile de le rappeler, et en
chercher les causes serait trop s'écarter de notre sujet. On peut faire de graves reproches au livre de Lallemand ; le plus sérieux est le manque de base scientifique solide. Voulant établir une relation entre la spermatorrhée et les lésions des vésicules séminales, l'auteur peut à peine réunir huit ou neuf autopsies, et encore l'existence de pollutions nocturnes pendant la vie n'est prouvée que pour deux ou trois des malades; on peut lui reprocher aussi de s'être laissé trop entraîner par sa brillante imagination, d'avoir fabriqué une sorte de petit roman, dont le spermatorrhéique est le malheureux héros, et surtout d'avoir par trop exagéré la fréquence et les effets de la maladie qu'il décrivait. Aussi bientôt la réaction vint-elle, aussi passionnée qu'avait été l'enthousiasme. Heureusement, à côté des dissertations plus on moins fantaisistes, on trouve un fonds d'observations nombreuses où il y a toujours à puiser.
Le long chapitre que Civiale intitule : Des maladies des vésicules séminales et des conduits éjaculateurs a tous les défauts de l'ouvrage de Lallemand sans en avoir les qualités. Rien de nouveau ni de clair dans sa description; la partie anatomique se borne à la relation tronquée de quelques autopsies empruntées à différents auteurs, et la symptomatologie se résume à peu près dans la spermatorrhée.
Puis des faits isolés sont publiés; Klebs les rassemble dans son Manuel d'anatomie pathologique (1868). Humphry, dans la Chirurgie de Holmes, ne donne qu'un très court chapitre aux affections des vésicules ; Kocher, chargé de traiter le même sujet dans le compendium de Pitha et Billroth, est plus explicite et étudie surtout avec plus de soin l'inflammation de ces organes (1871- 1875).
En France, nous n'avions qu'une courte étude de M. Delfau (d880). M. Le Dentu donne, dans le second volume du Traité des maladies des voies urinaires de Vaillemier^<^ un résumé des notions acquises relativement à leur pathologie spéciale (1881). » Ce résumé est fait surtout d'après les travaux de Klebs et de Kocher, et bien qu'incomplet, il est à peu près le s£ul que nous possédions en France : nous ne comptons guère, en effet, les quelques lignes des Traités de pathologie externe de Vidal et de Nélaton, ni le récent article de M. Daniel Mollière (1882), encore plus incomplet et surtout moins exact que le chapitre de M. Le Dentu.