Du rôle des vésicules séminales dans Véjaculation
Nous n'avons pas l'intention de traiter à fond l'histoire, d'ailleurs fort embrouillée, de réjaculation.
Après avoir rappelé en quelques lignes la physiologie de cette importante fonction, nous rechercherons le rôle qu'on peut attribuer à des organes qui manquent chez bon nombre d'animaux où cependant l'éjaculation présente à peu près les mêmes phases que dans l'espèce humaine.
Cet acte physiologique comprend deux temps bien distincts.
A. Premier temps. Le sperme passe des canaux excréteurs dans Vurèthre.
Celte expulsion est sous la dépendance des fibres lisses qui entrent dans la structure des déférents et des vésicules. La contraction est lente, progressive, mais énergique (con-
krysUdle. Centralblatt fur d. med. \Vissenscli.,n. 2, 1881, (analysé dans Lancet, 1881, 15 janvier p. 111, et Revue de Hayem, 1882, t. IX, p. 58).
traction dartoïde^ Mercier) ; et, si quelque chose résiste, si le canal excréteur est oblitéré, il se produit une douleur spéciale, la colique spermatique.
Accessoirement et secondairement, il y a contraction * du sphincter vésical, qui ferme Torifice du réservoir de l'urine, contraction du sphincter externe et du releveur de l'anus auquel on a voulu faire jouer un grand rôle et quine peut en tout cas agir que par ses fibres antérieures, les seules qui aient des connexions avec la partie inférieure des réservoirs spermatiques.
Ce premier temps suppose certaines conditions.
Il faut tout d'abord que les éjaculateurs soient perméables. Nous avons montré que ceux-ci n'ont pas de sphincter ; la pression du liquide qui cherche à s'échapper n'a donc qu'à vaincre le retrait élastique des parois.
Il faut ensuite que le sperme ne reflue pas dans le déférent. Vu l'embouchementtrès oblique de celui-ci, vu d'autre part la voie ouverte du côté des éjaculateurs, ce reflux n'a aucune raison d'être, d'autant plus qu'à ce moment la couche musculaire si épaisse des déférents et de son ampoule, agissant dans le même sens que celle des vésicules, tend à expulser son contenu qui passe alors directement dans l'éjaculateur. Ces contractions, véritablement péristaltiques, du canal excréteur et des réservoirs, qu'on est bien forcé d'admettre à priori, ont été constatées de visu par Kôlliker sur un supplicié, quelques minutes après la mort (1).
En troisième lieu, il est nécessaire que le canal de l'urèthre soit libre et même dilaté: c'est le fait même de l'é-
(1) Kolliker. Ueber einige an der Leiche eines Hitigerichteten angesteïte. Yersuche und Beobachiungen. Zeitsch. fur Wissensch. Zoologie, 1851. T. III, p. 41.
rection. Cependant, c'est une exagération, ce nous semble, d'admettre, avecBœckel, qua cette tendance au vide a pour effet d'aspirer pour ainsi dire le contenu des vésicules. On a voulu expliquer ainsi la production des chancres de l'urèthre, le liquide virulent pénétrant dans le canal pendant ce premier temps de l'éjaculation. Mais, s'il en était ainsi, l'air suivrait le même chemin, et le sperme expulsé serait spumeux, ce qui est une très rare exception (1).
Enfin, le libre accomplissement de cet acte suppose encore l'obturation de la vessie, à laquelle contribuent, d'une part la contraction du sphincter, et, d'autre part probablement, la congestion du verumontanum.
B. Second temps. Le sperme est expulsé de Vurèthre.
Cette fois, à une contraction lente et progressive, succède une contraction brusque, intermittente, rhythmique.
L'élasticité du canal et lesfibres circulaires qui l'entourent agissent tout d'abord, puis, lorsque le sperme est arrivé plus en avant, le bulbo-caverneux se contracte et justifie son nom d'accelerator seminis, qu'il agisse directement ou par l'intermédiaire du bulbe et des vaisseaux (A. Guérin).
(1) Les exemples de cette variété de Dysspermatisme sont tous anciens, et ne doivent être acceptés que sous bénéfice d'inventaire. Voici ceux que nous avons notés :
Zacïitus Lusitanus. Praxis med. admir. Lugd 1657. Lib. 2. obs. CXXI. p. 71. (Cum coibat,non semen per penem. sed loco ejusflatus emittere solebat).
G. Culdera de Heredia. Tribun, mag. med. (cité par Caillou).
Frederick Hoffmann (cité par Caillouj, aurait guéri un sujet atteint de cette infirmité.
Sauvages (Nosologie méthodique. Trad. Gouvion. Lyon in-12, 1772. T. VIII p. 450), lui donne le nom d'œdopsophie.
Caillou. Mémoire et observation sur wie éruption venteuse extraordinaire Annales cliniques du Journal des sciences médicales de Montpellier. T. XXIV 1811, p. 349. (Jeune homme de vingt ans expulsant, au lieu de sperme, des vents qui portent avec un certain bruit et vne sorte de titillation voluptueuse).
La théorie que nous venons d'exposer est généralement admise, au moin*? pour ce qui est du premier temps.
Pour le second, en effet, il y a des dissidents, et, parmi eux, Kûss, qui a émis une opinion séduisante dont voici le résumé :
Le liquide, lorsqu'il arrive dans le canal, se trouve occuper une cavité limitée en arrière par le verumontanum, en avant par le muscle de "Wilson qui étreint l'urèthre. Sous l'influence de la contraction des vésicules, il force ce muscle et une partie est expulsée ; puis le sphincter orbiculaire agit de nouveau et interrompt le jet. Ainsi, la puissance de celui-ci est due à la contraction des fibres lisses des canaux excréteurs, et le rhythme à des relâchements successifs du sphincter uréthral qui forme une sorte d'écluse et a de véritables contractions tétaniques.
Déjà Mercier avait fait jouer un rôle analogue aux releveurs de l'anus qui comprimeraient l'urèthre et agiraient exactement comme le muscle de Wilson dans la théorie de Kûss (1).
Nous n'avons pas qualité pour trancher le débat. En tout cas, on peut faire abstraction de l'hypothèse de Mercier qui ne repose pas sur des données anatomiques exactes.
Quant à celle de Kûss, rien ne répugne à l'admettre, d'autant plus qu'on tend actuellement à faire jouer un certain rôle au muscle de Wilson et à celui de Guthrie dans la production des rétrécissements spasmodiques si fréquents dans la portion menbraneuse du canal. Nous ferons simplement remarquer que la théorie vulgaire est peut-être
(1) Mercier. Recherches anatomiques ^ 2:)athologiques et thérapeutiques su?' le* maladies des organes géJiifo-urin'iirjs , considérés spécialement chez les hommes âgés, 1841, in-8. p. 96.
plus généralement applicable, les grands animaux étant pourvus d'un muscle constricteur de Vurèthre extrêmement puissant, épais chez quelques-uns de près d'un centimètre, et que quelques naturalistes appellent improprement muscle de Wilson.
Quelle que soit la théorie à laquelle on s'arrête, il fautadmettre une actio7i réflexe dont le point de départ est la muqueuse du gland et dont le point de réflexion est encore indéterminé.
Cette question se lie à celle du centre génital que nous ne pouvons qu'effleurer en passant.
Dès 1824. Segalas avait été amené par ses expériences à admettre « un rapport spécial entre Tappareil excréteur du sperme et certaines parties de la moelle de l'épine. »
Brachet ne put répéter ces expériences et en nia le résultat.
Puis Budge vint, en 1859, annoncer l'existence d'un centre g cnito^spinal qu'il plaçait sur le lapin au niveau de la 4® vertèbre lombaire. Ce centre médullaire, de même que l'ancien centre cérébelleux, fut vivement contesté. M. Vulpian le nie complètement, et M. M. Duval tend à le reporter vers le milieu et la moelle dorsale. Il rapporte l'expérience de Goltz quiapuproduire tous les phénomènes dont est ie siège l'appareil génital chez des animaux dont on avait sectionné la moelle immédiatement au-dessus de ce centre.
La question, comme on le voit, est loin d'être tranchée (1).
(1) Consulter les travaux suivants :
8egalus. Lettrées sur quelques points de physiologie» Archives de méd. 1824, T. YI. p. 301.
Du même. Des lésions traumatiqiies de la moelle, etc. Bulletin ac. méd. 1834-44. T. IX. p. 1101.
On ne peut même faire grand fond sur le fait de l'émission de sperme chez les pendus, car on l'a signalée dans la plupart des cas de mort violente et chez les animaux tués à l'abattoir (Godard) : elle serait donc probablement sous l'influence de Tasphyxie (Max Huppert).
Quant à la part qui revient à la vésicule dans cet acte, elle est plus minime qu'il ne paraît et qu'on ne le croit généralement ; l'éjaculation en effet se fait tout aussi bien chez les animaux qui en sont privés.
On lui a attribué un rôle dans la rapidité et la répétition de l'acte.
C'est une erreur généralement accréditée de croire que le coït est plus prolongé quand le réservoir spermatique fait défaut; on ne manque jamais de citer l'exemple du chien. Mais la cause en est, chez cet animal, comme chez quelques marsupiaux, a une conformation spéciale du gland . Le chat n'a pas de vésicule, et son coït est très rapide ; les oiseaux n'en ont pas davantage, cependant leur salacité est proverbiale et Grécourt fait dire à un moineau :
L'expression de mon amour Va plus vite que la parole.
Mêmes réflexions pour ce qui a trait à la répétition des rapprochements dans un espace de temps relativement court
Toutc€ que nous savons, c'est que les vésicules ne se
Brachet. Recherches expérimentales sUr les fondions dn système nerveux ffo.nglionnaire. Paris, 1839, p. 200.
Budge, Comptes rendus Ac. sciences. 1859. p. 437.
Vulpian. Art. Moelle du Dict. Encyclopéd. 2e série. T. VIII. 1874, p, 578.
Du même. Leçons sur Pappareil vaso-moteur. T. I. 1875. p. 402.
M. Duval. Art. Nerfs du Dict. de Jaccoud. T. XXIII. 1877. p. 581'
vident pas complètement après une première éjaculation grâce à leur conformation anfractueuse. Le fait a été constaté parBrachet sur un homme mort subitement après le coït.
Ainsi il reste encore à déterminer leur raisoii d'être^ leur but final ; nous savons seulement qu'elles sont à la fois organes de réception^ de sécrétion et d'expulsion.