HISTORIQUE
On n'a pas manqué de trouver dans Hippocrate une phrase qui puisse se rapporter aux vésicules séminales.
Il y est dit, en effet, que la semence se trouve de chaque côté de la vessie, comme dans un rayon de miel. S'agit-il des vésicules, de l'ampoule du déférent ou de la prostate ? La chose est difficile à décider.
Hérophile aussi a parlé de parastates variqueux (irapxOTATftç xipffoç^itç), qu'il oppose aux parastates glanduleux ou prostates.
Mais il faut avouer que ces données étaient fort vagues el. c'est réellement au commencement du xvi® siècle. qu'il faut en rapporter la découverte.
La plupart des auteurs qui ont effleuré cette question attribuent cet honneur à Rondelet et, depuis Gœlicke. {Historia m,edicina universalis, Halle, 1717), tous ont répété avec peu de variantes cette phrase que l'on retrouve dans la splanchnologie de Huschke : Rondelet a découvert
les vésicules séminales chez le dauphin^ et Fallope cheic V homme.
Il est difficile d'accumuler plus d'erreurs en deux lignes.
D'abord, les yésicules étaient décrites trente ans avant l'apparition du livre de Rondelet, et elles avaient été observées chez rhoxnntie.
En second lieu, Rondelet ne les a pas découvertes chez le dauphin, pour une raison toute simple : cet animal n'en possède pas plus que les autres cétacés. Si l'on veut bien se rapporter au traité de Piscibus^ à l'article consacré au dauphin, on constate que le médecin de Montpellier a attribué aux épididymes un rôle de réservoirs et qu'à l'autre extrémité des déférents il n'a parlé que de la prostate qu'il appelle glanduloaa corpora (1).
En 1523, Bérenger de Carpi avait constaté que les déférents, arrivés derrière la vessie, se dilatent en formant plusieurs alvéoles remplis de sperme ; il avait vu et décrit les vésicules qu'il appelle parastata cavemosa; il avait indiqué les moyens de les découvrir en séparant avec adresse le rectum de la vessie, et il avait fixé le nombre de leurs cellules à douze ou davantage : € ..videbis prœdicta € parastata cavernosa et lata et ea incidendo videbis sperma € ibidem contentum pro duobus vel pluribus coitibus >. Il y revient encore dans un dialogue entre Plutonu8 et Har^paguSf qui termine son livre :
« Seminis inde capax vax ferro aperitur utrumque > (2).
C'est donc bien à lui que revient l'honneur de cette découverte. Tout ce qu'on peut lui reprocher, c'est de n'avoir
^* \t) GalUelml Bondeletl. Libri de Piscibus mariniSi in quibus verse effigies expresse sunt, Lugdiiui, i5S4, in-fol. p. 74 et 461 . « (2) JlereBMr3<ie Carpl. Isagogx brèves, peliucide ae uberrime in Ana" iomiâ hurnani,. . BoaoniaB(1523), in-4, fol. 17, 20 et 73. L'exemplaire uniqoe de U Faculté e8HncomL)let(n. 5337).
pas montré la situation des vésicules par rapport auxdéfé'* rents dont elles ne semblent pas distinctes dans sa d«s-^ cription.
Vésale ne fait que les signaler (1); Fallôpe lui reproche même de ne pas les avoir vues, et il cite à ce propos le dicton : quandoqtie bonus dormUat Homerus,
Fallope» lui, les avait vues et disséquées. II les compare à des vaisdeattjt variqueux eit à uû chÀteaii d'eau d'où s*éconle le sperme au ifloment du coït, et il signale très bien leur confôf fflâticm anlfàdtueuse « In bas vesicas, tan- € quam in castelltim qtioâdam aquarium, exoneratur € semen contifluo, qUotieMûmque apértos ifteatua, quibus < in canalem inSitat, minime reperit » (2).
Sa description n'est guère plus complète que celle de Bérenger qui avait été faite trente-huit ans plus tôt.
Eustachi lés avait fait représenter dans ses Tabulœ anatomtcce, publiées seulement en 1714, mais qui ont été dessinées en 1552.
Les auteurs suivants ont peu ajouté aux descriptions de Bérenger de Carpi et de Fallope.
Leur rôle de réservoirs est nettement indiqué par Bauhin qui attribue à leur présence le privilège pour Thomme d*étre toujours apte à l'acte vénérien (3).
Ambroise Paré ne leur consacre que quelques lignes et prend pour Temboucbure commune des «conduits éjaculatoires », l'titricule pforfatiqué qui se dilate dans la •
(i> ¥«ttftl«. Or humemi êorporif fabrioa liMsêpien. Basilea^ |1543^'P. Wt et Anatomicarum Fallopii observ, examen. VeDetiis, 156^ iQ-4, p. 136.
(2) Fall«pe. Observationes anatomicx. Venetiis, 1581^ ia-8, ou Opei^ qmnia . FrtDOofiirtit 166d^ in-fol.^t. I, p. 419.
(3)Baalilii, Theatrum anatomlcum Francofurti, 1605^iu-fol., p. 100.
gonorrhée « jusqu'à recevoir la petite teste de mon espatule» (l).
Plus complète est la description de Habicot. Nous ne pouvons résister au plaisir de citer son vieux français naïf et pittoresque (2)-:
« Les vaisseaux esjaculatoires, parvenus proche le col de la vessie, entre elle et le rectum ou droit intestin, se dégé« nèrent en plusieurs cellules chacune de son côté, placée comme entre deux couvertures à mode de cretouches où se met la charge du pistolet, appelée parastates où est con* tenue la semence apportée du testicule et épididyme par ledict esjaculatoire. Les extrémités de ces deux vaisseaux esjaculatoires (un de chacun costé) se nomment parastates cyrsoïdes, et les glandes où ils passent et aboutissent entre la dite vessie et Térectum, s'appellent parastates adénoïdes, qui affermissent la dernière élisse de chacun parastate, qui se termine en un conduit commun par où la semence qui estoit contenue dedans les chambrettes desdits parastates est évacuée par le verum-montanum ou bouton charneux qui est dedans Turetère (urèthre) ou conduit commun de la verge. Geste voye séminale à été ignorée de nos devanciers anatomistes; du moins je n'en trouve aucun qui en ait fait mention, sinon que la semence sortait de ces glandes comme fait le laict hors des mammelles. Ce qui est au contraire, ainsi qu'il ser^ prouvé dans la théorie anathomique.>
Ainsi, c'était encore chose peu connue à cette époque que l'existence des vésicules, puisque Habicot pense les avoir vues le premier.
'Quelques auteurs ont encore attribué cette découverte au
■ (1) A. Paré. Œuvres. Lyon, 1652, in-fol., livre III, ch. XXIX, p. 82.
(^) Nie. Hableot. Semaine ou practique anatomique. Paris, MDCX^ in-^, p. 74.
florentin Vidus Vidius, médecin de François P', qui professait à Paris en 1542. Mais il connaissait probablement le livre de Bérenger de Carpi ; en tout cas son anatomie {De anatomia. Venetiis, in-foL, 1611) ne fut publiée que beaucoup plus tard.
Il nous faut encore citer Fr. Plazzoni qui, dans un chapitre intitulé De vesicuUs seminariis, étudie avec soin ces organes. Il pense que c'est grâce à eux que la répétition du coït est possible < Et nisi hae vesiculae datse essent, non « posset vir una nocte pluribus vicibus congredi, et in « Veneris palœstra luctari. > Les vésicules, dit-il encore, sont caves et rondes pour contenir le plus de semence possible, membraneuses pour s'étendre et se contracter, an fractueuses et variqueuses pour que le sperme ne s'en écoule pas spontanément et soit réservé pour les coïts futurs (1).
Quelques années plus tard, Wharton, exagérant uneidée vraie, les décrit comme des organes glanduleux qui n'ont aucune communication avec le déférent (2).
Avec de Graaf s'ouvre une nouvelle ère pour l'histoire de ces organes, celle des études exactes et des dissections minutieuses. L'illustre anatomiste les dissèque, les injecte, les déroule en partie ; il montre l'indépendance des voies séminales droite et gauche et prouve, contrairement à de Home et à Swammerdam, que le liquide, poussé par le déférent, les remplit et les gonfle avant de s'écouler par Turèthre (3)r (Voyez Physiologie.)
(i) Fr. Plazzoni PatAviai. De partibus generationi inservîentibtts Lxbrî dm. Patavii, 1621, ia-l, p. 48.
(2) Wluitroii. il(/e;ic^rapAta.Lon(iini, 1656, ia-|»
(3) R# 4e GraAff. De mrorwn organis gûneratUmi inservieniibus» Lugd« B«^ tavorum, 1668, in-S,
Leal Lealis les compare aux intestins de^oiséatlitet il \ft^ représcfnte déroulées (Fig. II). Il à Je tort de figurer un éjaculateur commun (i)^
Haller reprend au ixiilleu du jlviii^ sièeltf lai teékercbêft de de Graaf et dissèque les organes géàitaujÊ iateroe» de buit aduMes (2)^ Il a surtout bftn indiqué lesf ritiflenieiits ou appendices qui sont greffés eur le canal j^HiiaîfMtL
L'opinion de Wharton et dé Swainmerdafli éttit à peu près tombée dans Toublî lorsque Huntëif la rélkre (1786) et cherche à démontrer, ainsi Que Gbapial (1787)^ em s'ap-» pujant pour la première fois sur de* faite d'cndatoeaie eùûï^ parée, que les TéeicUles ne sont que de» glandes deetiiléee à sécréter ttne huiHeuf qui entre dans la eompmitioà ée la semence.
Un champion aurgit potir dâfedére de ftvaa^ e'est Bru-* gnone, à qui nous devons un long et consciencieux lâém^ire sur les vésicules séminales.
Ces débats eureat Tavautage d'attirer l'àtteàticrtt de ce côté et d'établir lé double rfrlè que jouent cet erganes comme réëënroirs eu aperme et cmnmé èihgë d'une Èécrétion^
Depuis^ le sujet a été àssea délaisséy et léi neuf dixièmes dea auteurs se tonteilteiïi de eopief plua ou moine servi*leÉnent leurs prédécesseurs, en conservant leà vieilles erreurs avec un sein jaloua. Noua en exceptoÀa Lamp* ferhoff qui, €fn 1836r# a soutenu une tbè^ à BerKn sur Jd nature et Vusage des vésiculeê sémMatêSi et Huschhe et Pittard qui leur ont consacré des articles importants,
(1) Leal LeaUs. i)e partibus semen con/icientibus iu virée Dî\f\né^ fl^G^ p. 39. #
(2) Pôtff riftdîcaâ'dn dfù ti'aVaîI Aé Èfrf'cY éï àa téwlt (ifn? sofrf cR*3 <frdrtteott ♦ se reporter à la Bibliographie.
— lY —
celui-ci dans VEncyclopédie anatomique de Toddj celui-là dans son Traité de splanchnologie (1).
Sauf ]e traité de M» Sappey, les livres classiques d'anatomie descriptive sont assez brefs sur ce sujet: quant aux histologistes, ils se contentent de dire que « la structure des vésicules séminales est la même que celle des déférents. > Nous espérons prouver que la chose est un peu plus compliquée et que ces organes méritent une description spéciale et détaillée.
(1) Pour les délsdls de Thistoire des vésicules, nous renvoyons aux chapitres d*anatoinie comparée^ de structure, de physiologie^ etc.
Ces organes ont reçu plusieurs noms qu'il est bon de connaître, ce sont : ParastaisB cave^motse. — IntesUnuia seminalia. — Vesiculœ séminales.
Parastates eyrsoîdes, — Vésicules séminaires» — Réservoirs spermatiques » Allemand : Samenblasen, — Samenblâschen.
Anglais : Séminal vesicle.
Italien : Vesdchetta séminale.
Onelliot.