SOS
sans doute> puisqu'elle aurait pour but d'échapper aux conséquences du contrat qui lie PEtat aux indemnitaires, sous la garantie de la loi. Mais engagé dans une fausse voie, peut-on arriver à autre chose qu'à des conséquences regrettables !
Nous n'avons fait voir jusqu'ici que le côté matériel de l'abandon du canal 9 et nous n'avons fait apprécier que ses résultats directs, ceux qui sont de nature à être traduits en chiffres ; et certes il serait impossible sous ce rapport d'imaginer une plus injustifiable proposition conduisant à des suites plus déplorables.
Mais dans une pareille question , il y a pourtant encore autre chose que des chiffres !
On ignore donc que le canal de la Marne au Rhin • préci- vai«ur d« sèment entre Nancy et Strasbourg, a un rôle important à rem- '^y «* ^*'*»^ plir dans la défense du territoire.
1814 nous avait laissé la Sarre, 1815 nous l''\ enlevée! Loin de nous toute récrimination sur les malheurs d'alors et tout ce qui pourrait être interprété comme un appel à de nouvelles luttes. Nous ne demandons pas mieux que de trouver dans les souvenirs d'une gloire qu'il ne sera donné à aucun peuple de surpasser, et dans Tascendant moral qui appartient à la France les moyens de calmer de profondes et cruelles blessures ; et personne plus que nous ne désire voir appliquer aux fécondes créations de la paix toutes les forces dont l'Europe dispose, au lieu de les voir employées à se détruire mutuellement en précipitant les peuples dans de nouvelles et irréparables catastrophes. Mais si nous faisons taire le sentiment national devant les grands intérêts delà civilisation et de l'humanité, que notre modération du moins n'ait rien d'imprévoyant ou d'aveugle, et qu'elle n'aille pas juscpi'à négliger de réparer les brèches que les traités de 1815 ont faites avec une intention qui n'a
pas besoin d*étre expliquée, à la fronti^e qu^ils nous ont laissée. Cest travailler pour la paix que de pourvoir i la défense de son propre sol et de rendre les opérations de la guerre plus inabordables et ses succès plus difficiles. La France Pa proclamé par la création , pacifique à ce point de vue, des forliflcations de Paris ; et elle ne le comprendra pas moins en assurant la défense de la partie la plus faible de sa frontière du nord-est.
Or, tandis que la Prusse a la Sarre contre nous, nous n'a* vous pas un fossé d'un mètre de largour contre elle. La Sarre perdue, notre première ligne de défense de ce côté^ c'est h Seille. Mais la Seille n'a d'eau que quand l'étang de Lindre en a , et il est à sec pendant une année au moins sur trois. Si une déclaration de guerre arrivait dans une année où Tétafig est en terrage, il n'y aurait pas d'inondation possible ni à Harsal ni à Metz, et d'ailleurs, même quand l'étang est plein, il ne suffit pas pour tendre ces inondations i la hauteur que les nécessités de la défense leur assignent. Le canal de la Marne aa Rhin exécuté, aa peut jeter dans la Seille les 6 millions de mètres cubes d'eau accumulés au bief de partage des Vosges, et on peut y verser de plus tout le produit des deux Sarres, de la Bièvre, et même celui de la Zom. Ainsi, en vain les tnSUs de 1815 nous auront-ils enlevé la ligne de la Sarre. A la Prusse le lit de la rivière, à nous l'eau ! et avec l'eau nous ferons de la Seille une barrière réelle, fermant précisément cette toouée de Sarrelouis laissée à dessein dans notre frontière. Le canal tracé derrière la Seille formera ensuite une seconde ligne, couvrant les positions si importantes de Nancy et de Lunéville. De tels services ne doivent-ils donc pas être acceptés sans les marchander, surtout quand il s'agit d'une communieatioii i I tout autre égard si largement justifiée ?
mes ruiiies. Et puis CCS travaux dont on propose si légèrement l'abas'
don 9 ne seraient donc qa^une immense raine ? Ce magnifique bief de partage des Vosges, Pu ne des plus belles conceptions d'un des plus célèbres ingénieurs qui aient honoré la FVance, de- Taitétre nn monument de prospérité et de grandeur; ne deviendrait-il donc qu'un monument d'impuissance et de la plus déplorable versatilité qui puisse ternir Phistoire d'un grand peuple ? Ces gigantesques ouvrages par lesquels le canal traverse la chaîne des Vosges^ n'auraient-ils donc été élevés à si grands frais que pour en faire de jeunes et colossales ruines, rivalisant avec celles que nous retrouvons encore ça et là debout sur notre territoire , et qui en témoignant d'une civilisation évanouie, attestent aussi le passage des barbares.
Dans les efforts que son génie lui inspirait contre la barba- commanin
ropéenne de
ne, Gharlemagne méditait la jonction du Rhin au Danube; et * i>Mer N»i à mille ans de là, le plus grand de ses successeurs, l'homme extraordinaire qui a jeté sur le commencement de ce siècle un éclat si glorieux pour la France, prescrivait l'étude de la même communication. C'est par de telles entreprises que Pempereur Napoléon voulait fertiliser la paix qu'il invoquait dans ses victoires plus encore que dans ses revers ; c'est par de semblables projets, conçus au milieu de ces guerres sans cesse renaissantes, qu'il voulait doter l'avenir, et fonder cette ère de prospérité calme et féconde, qu'il voyait au terme de ses travaux et dont il ne lui a pas été donné de jouir.
Ces grandes conceptions des plus grands hommes qui aient dominé l'Europe, il n'appartenait qu'à la paix de les réaliser^ et notre époque en aura rendu Pexécution facile, et d'une pratique presque journalière.
Le canal du Rhin au Danube touche à son terme. Cessera la gloire du roi de Bavière de l'avoir entrepris et achevé. Le canal de la Marne au Rhin complétera donc, au travers de la France une grande communication de POcéan à la Mer Noire ; la plus
belle ligne de navigation intérieure que FEurope puisse posséder, avec le Havre à Tune de ses extrémités, avec Odessa cl Gonstantinople à Tautre, et dans l'intervalle Paris et Vienne et les plus belles contrées de la France et de PAUemagne. Eh quoi , il n'y a qu'une seule lacune à cette grande ligne Européenne ; et l'Europe pourrait dire : » Cette lacune existe surle i> territoire français; la France a dépensé 62 millions pour la » combler ; mais il en fallait encore treize et la France n'a pas » pu aller jusques là ! » Non, c'estimpossible ! Un grandpeuple ne manque pas ainsi à lui-même et à son siècle !
Nous sommes au bout de notre tâche ! La Chambre des Députés a voulu avant.d'émettre un vote décisif^ qu'il fût procédé à une plus ample instruction. Nous lui soumettons avec confiance cet écrit; il est le fruit d'une étude que nous croyons complète, d'une conviction profonde et d'un dévouement qoi s'expliquerait amez par la grandeur de l'œuvre qu'il s'agit de défendre, quand il ne serait pas dans le devoir du fonctionnaire qui ressent vivement l'honneur d'être attaché à son exécution.
Nancy, janvier 1845.