‹ Des Vomissements Graves de la Grossesse Dans Leurs Rapports Avec Des Lésions du Système NerveuxChapitre 6 sur 20 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

C’est un fait d'observation banale que les femmes enceintes vomissent fréquemment. Hippocrate en fait déjà la remarque. Si l’on en juge d’après les statistiques des accoucheurs, environ 52 femmes sur 100, dès le début de leur grossesse, éprouvent après leur repas des malaises, ont des nausées et vomissent de la bile et des matières alimentaires. Ce symptôme se présente si souvent qu’on en a fait un des signes de probabilité de la grossesse. Mais, chez la plupart des femmes, ces vomissements ne présentent aucune gravité. Ils disparaissent d'eux-mêmes au bout de quelques mois ou cèdent au régime, à une hygiène rigoureuse ou sous l'influence d’un traitement suggestif.

Tant que les vomissements se bornent à cette symptomatologie, on ne s’en inquiète pas outre mesure. On les classe parmi les phénomènes sympathiques de la gestation. |

Mais, dans certains cas les vomissements prennent chez les femmes enceintes un caractère tout à fait spécial et alarmant. Ils deviennent incoercibles, et leur tenacité effrayante et décevante déroute souvent la sagacité des accoucheurs. Ces vomissements graves sont heureusement plutôt rares.

D'après les observations recueillies à la clinique ne

delocque, Perrilliat-Botonet dans sa thèse de Paris (1909), signale 20 cas de vomissements graves en l’espace de neuf ans.

Pick, ayant relevé les manifestations pathologiques présentées par plus de 30.000 femmes enceintes soignées à . la clinique de Schauta, nous déclare aussi qu’il n’a pu recueillir que 23 cas de vomissements incoercibles, ce qui donne une proportion de un pour 1300.

Enfin, à la Maternité de Nancy, de l’année 1878 à l’année 1890, on n’en observe aucun cas, et pendant ces 20 dernières années, de 1890 à 1909, sur plus de 12.000 femmes hospitalisées, 8 seulement ont présenté des vomissements méritant d'être qualifiés d’incoercibles. La proportion serait donc ici voisine de celle de Pick, bien que moins élevée, puisqu'elle n'est que de un pour 1.500 (1).

Nous voyons donc, d’après ces statistiques, que tout le monde est d'accord sur l’extrème rareté de ces vomissements graves. ;

En quoi ces vomissements graves diffèrent-ils donc des autres, car il est de toute importance de bien les distinguer, puisque les uns sont presque inoffensifs, tandis que les autres peuvent amener la mort, si un traitement radical n’est pas institué.

Au début, ces vomissements graves onttoute l'apparence des vomissements simples auxquels ils succèdent la plupart du temps. Mais déjà on peut remarquer leur répétition tenace. Rien ne les arrête, ni le régime, ni le traite-

ment ordinaire employé en pareil cas. C’est alors que l’état

(1) Thèse de Saussure, Nancy, novembre 1909.

le —

général commence à devenirinquiétant. La femme maigrit d'une façon effrayante, sa peau prend un aspect terreux et ridé, elle souffre d’une céphalagie presque continuelle,une soif ardente la dévore, car les vomissements amènent la déshydratation rapide des tissus de l'organisme. Si l’on prend sa température, celle-cine présente aucune élévation et se maintient entre 37° et 37°5, mais par contre le pouls s'accélère, d’abord à 90, il peut monter à 100 et 150 pulsations. Non seulement il est rapide, mais dépressible et semble fuir sousle doigt. Puis les vomissements continuant, lesurinesdeviennentrares etse foncent, et toutesles sécrétions et excrétions diminuent. La femme confinée au lit et prostrée, éprouve une lassitude extrême à faire le moindre mouvement. Presquetoujoursdes manifestationsnerveuses apparaissent, consistant en céphalée, hallucinations, troubles de la vue, paralysies diverses (monoplégie, paraplégie), etc... Peu à peu la femme affaiblie au dernier degré entre dans le coma et meurt. :

En présence desemblables faits, on comprend très bien que de tout temps on se soit inquiété, et que l’on ait cherché la cause de cet effrayant syndrôme pour y remé- ‘dier:

Il nous paraît intéressant et utile de passer en revue les différentes opinions émises depuis l'antiquité au sujet de vomissements incoercibles et nous verrons ainsi invoquer tour à tour comme cause de ces vomissements, soit des modifications survenues dans l’état général de la femme enceinte, soit des troubles stomacaux dépendant de l’appareil génital. |

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