PATHOGÉNIE
Si l’on remonte à l'antiquité grecque, la première expli-
cation des vomissements nous est donnée par Aristote dans son Traité de la génération des animaux. 1 les attribue à la rétention des menstrues d’où abondance d’humeurs accumulées dans l'estomac (1). ,
Les médecins grecs qui se sont occupés de cette question se sonttous rangés à son avis, et sa doctrine resta en honneur pendant tout le moyen-âge et jusqu'au xvi® siècle.
À cette époque nous trouvons dans un livre de Guillemeau (Œuvres de chirurgie), une explication un peu différente. Fout en ne rejetant pas l'hypothèse des humeurs accumulées dans l’estomac, il semble entrevoir dans le mécanisme du vomissement un acte réflexe: « La cause de tel accident ne vient que par trop grande abondance d’humeurs s’accumulant dans l’estomach, dont les nerfs ont intelligence et trafic avec l’estomach (2). »
Mauriceau reprend cette théorie, mais pour lui le point de départ du réflexe serait l'utérus. « Lesvomissements, ditil, viennent pour la sympathie qui est entre l'estomac et la matrice et aussi à cause de la similitude de leur subs-
(1) ARISTOTE, 4° livre. De la génération des animaux, chapitre VI.
(2) Jacques GuiLEeMEAU. Les Œuvres de Chirurgie, chap. de l’heureux accouchement, 1649, p. 278.
tance et de ce que les nerfs qui viennent s’insérer à l’orifice supérieur de, l'estomac, ont communication par une même continuité avec ceux qui vont à la matrice... de même que nous voyons ceux qui sont blessez à la teste ou aux intestins et ceux qui ont des coliques néphrétiques, avoir des nausées et des vomissements, sans pour cela qu'ils aient aucune humeur corrompue dans leur estomac (1). » |
Un siècle après, Dela Motte, dans son Traité des Accouchements, nous donne une explication anatomo-physiologique de ce réflexe utéro-stomacal. « Dès le moment que la conception s’est faite, la matrice souffre une contraction, qui est une action extraordinaire et sensible à cette partie, qui reçoit un rameau de la huitième paire des nerfs du cerveau, aussi bien que l’orifice supérieur de l'estomac et cause le vomissement par la correspondance que cette boucle du nerf entretient entre ces deux organes (2). »
Jusqu'au xix° siècle, les accoucheurs et les médecins partagent la doctrine de Mauriceau et voient uniquement dans les vomissements de la grossesse un phénomène sympathique.
Au xIx° siècle, nous renoncçcons à suivre l’ordre chronologique dans l'exposé des théories. Elles sont en effet trop nombreuses et trop diverses, et nous nous perdrions dans leur multiplicité. Nous croyons beaucoup plus rationnel de les grouper suivant leur mode d’action.
Un certain nombre d’accoucheurs ont invoqué comme
(1) Mauricrau. Maladies des femmes grosses, 1681, p. 122.
(2) De LA Morte. Traité complet des accouchements, 1765, t. 1, p. 150, »
cause des vomissements un réflexe à point de départ utérin, et provoqué soit par des positions vicieuses de l'utérus gravide soit par des inflammations des annexes ou des lésions du col. =
C’est ainsi que l’on a incriminé tour à tour la difficulté qu'éprouve la paroi utérine à se laisser distendre par l’œuf, ou l’antéflexion et la rétroflexion de la matrice.
Nous ne nous arrêterons pas à la première hypothèse. Quant à l’autre, l'expérience a démontré qu’elle n'avait pas plus de valeur.
Ayant constaté chez des femmes atteintes de vomissements incoercibles, ces positions vicieuses de l’utérus, on crut avoir trouvé la cause de leurs vomissements. On corrigea leur déviation, maiscesfemmes continuèrent à vomir longtemps encore après avoir été opérées.
Alors ce fut le tour des lésions du col (induration, rigidité, ulcération) et de l’inflammation des annexes, mais toutes ces lésions sont si fréquentes qu’on peut les rencontrer aussi bien chez des femmes enceintes atteintes de vomissements que chez celles qui ont une grossesse normale. Aussi ne devons-nous pas y attacher grande importance.
Signalons encore la compression des nerfs utérins par l’utérus devenu gravide. :
Toutes ces théories qui ont eu leur moment de vogue sont tombées dans l’oubli et n’ont plus cours à l'heure actuelle. Elles ont cependantleurintérêt, car elles peuvent contenir une part de vérité. Tant de choses nous échappent, dansles réactions de l’organisme, qu’ilest possible de croire à un réflexe à point de départ utérin aussi bien
nl
; 2 x : , qu'au réflexe à point de départ stomacal, comme nous le
montrent les théories que nous allons exposer maintenant.
Une première théorie attribuait aux lésions du tube digestif la principale cause des vomissements, elle s’appuyait sur quelques observations. On avait trouvé à l’autopsie de femmes mortes à la suite de vomissements incoercibles, desulcérations gastriques. Mais des recherches anatomo-pathologiques nouvelles et minutieuses démontrèrent le peu de fondement de cette hypothèse.
Alors on imagina des dyspepsies vagues, des troubles digestifs plus ou moins définis. Toutes ces différentes causes en somme d'origine nerveuse devaient exciter le centre du vomissement par voie réflexe.
Nous arrivons maintenant à une théorie extrêmement intéressante et séduisante, très discutée à l'heure actuelle et qui compte parmi ses plus ardents défenseurs le professeur Pinard. C’est la théorie de l'auto-intoxication.
Déjà Bailly parle des changements survenus dans la com-
position du sang des femmes enceintes et des modifications
‘qui en résultent pour le fonctionnement du système ner-
veux. ; Quelques médecins avaient émis l’idée que des troubles dans’ le fonctionnement de l’estomac favorisaient la pro-
duction de toxines.
Mais c’est surtout Bouchard qui développe et synthétise
cette idée d'intoxication. On sait comment « cette intoxication prend naissance dans l’organisme par le fait de la vie même des éléments cellulaires qui se nourrissent et se dénourrissent sans cesse, qui assimilent et désassimilent,
qui sécrètent etexcrètent, qui font des toxines et des anti-