‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 1 sur 88 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

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E. SANSOT & C"

7, BUE DE l'ÉPBRON, 7

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En janvier 190^, la grande revue anglaise « The Nineteenth Century », me fit Vhonneur de publier un article de moi sur l'entente cordiale anglo-française.

Cet article provoqua, dans la presse française, une discussion dont je suis loin de me plaindre, car les idàs ont tout intérêt à être discutas. L'Eclair, notamment, me prit à parti dans quelques articles auxquels je ripostai ; et les choses en seraient peut-être restas là siy ma réponse ayant entraîné une réplique, cette réplique n avait eu pour effet de faire dévier la discussion.

Au lieu d'examiner les arguments que j'invoquais en faveur de l'alliance anglaise, mon principal contradicteur y M. Ernest Judet, a préféré les écarter par une fin de non-recevoir. J^avais, en 1904, publié dans le journal de Marseille d'abord, puis dans les Annales

de la Jeunesse laïque, des articles en faveur du désarmement même unilatéral de la France. Ces articks m'avaient valu en ipoj de véhémentes attaques de Clemenceau et de plusieurs feuilles y telles que le Petit Méridional et la Presse. Je m'étais efforcé de les réfuter dans La Dépêche de Toulouse. M. Clemenceau et mon ami Edouard Lockroy m'^ avaient répondu dans le même périodique, et depuis lors personne n'était revenu sur ce sujet. Les idées que j'avais exprimées avaient sans doute perdu de leur intérêt aux yeux du public en présence de la polémique suscita par la campagne antimilitariste de M. Hervé et de ses amis. L'Eclair a cru cependant pouvoir les faire intervenir pour combattre l'alliance anglaise.

Après m'avoir appelé « anarchiste de Cabinet » et avoir de nouveau cité un passage de mes articles sur h désarmement qui, depuis trois ans, sert de tarte à la crème à tous mes antagonistes, le rédacteur en chef du journal nationaliste poursuivait ainsi :

Il ne me déplaît pas de savoir, par un exemple authentique, qu'un cerveau nourri de ces fausses lumières, éminemment anarchique, arrive par le poids même de ses réflexions, par la nature de ses visions, à Ventente Anglo-Française. Elle est ainsi disqualifiée dans ses racines, et à moins de perversion, nous supposons que tout patriote sain de corps et d'dme, averti de Vunion d'une philosophie délétère avec une politique néfaste, sera fixé. Tout partisan de Ventente ^Anglaise n'est pas anarchiste, mais tout anarchiste en est le propagandiste. Cela seul la met au point.

Bien que ches^ un homme d'esprit sain tout se tienne, que dès lors il puisse exister un certain lien entre les idées que je professe sur le désarmement et celles que j'ai développées sur l'entente anglo-française^ cette discussion n'est pas sérieuse. Il est certain que si fêtais monarchtzte, clérical, réactionnaire, je serais plus enclin à une alliance avec la Russie qu'à une entente avec l'Angleterre, et que je serais en mime temps hostile à toite idée de désarmement. Mais là est le seul lien qui existe entre ces deux ordres de concepts.

De nombretx républicains — des socialistes, même — repoussent le p:ojet de désarmement unilatéral que j'ai défendu et n'ei sont pas moins favorables à l'entente cordiale de la îrance et du Royaume uni. Cela suffirait à faire écater la corrélation que l'on s'est efforcée Rétablir.

Moi-même, d'iilleurs, je n'ai jamais considéré les deux opinions conme connexes l'une de Vautre. Mes sentiments répubkains, socialistes, internationalistes, me poussent vers l désarmement qui rendrait inutiles toutes les combinatons diplomatiques de la nature de celle qui fait le foti du débat, fe n'ai considéré l'entente cordiale que cmme un subsidiaire, un moindre mal, comme la seulesolution logique à laquelle puissent s'arrêter des françaù des démocrates, des républicains, et surtout des patriots, s'ils s'obstinent à ne pas vouloir désarmer.

Puisque cependant les adversaires de la politiqite dont je demeure le partisan résolu tiennent à établir, entre ma proposition de désarmement et ma manière de voir sur les alliances les plus profitables à notre pays s'il ne désarme pas, une liaison plus étrdte que ne le comportait ma pensa, f accepte le déht sur ce terrain. Mais je suis alors obligé de lui dcnner une certaine ampleur à laquelle les cadres de la presse périodique ne suffiraient pas.

Je me suis, par suite, décidé à écrire o livre dans lequel je me propose d'exposer dans leur (rdre naturel tel que je les comprends : la question du iésarmement, et celle des alliances qui, pour moi, est subsidiaire.

Au surplus, il m'a semblé qu'au noment où la propagande de M. Hervé est arriva ac degré d'acuité qu'elle a à cette heure, le moment seraitpeut-étre opportun pour opposer mon système au sien.

Je veux, cependant, avant de cite cette préface, m'arrêter un instant sur l'épithète l'anarchiste dont on m'a gratifié.

Non qu'elle me blesse !

fai d'excellents amis parmi Is anarchistes, et j'éprouve les plus vives sympathie^ pour l'idéal dont ils poursuivent la réalisation ; mis je ne crois pas œtte réalisation actuellement possH^. L'anarchie ne m' apparaît guère que comme un deks buts limites vers lesquels, selon l'expression du poètj « on avance tou-

jours », mais auxquels « on n'arrive jamais ». La ligne qui nous y mine esLà mes yeux une sorte d'asymptote sociale.

Je ne suis donc pas anarchiste, et si ceux qui me proclament tel m^ avaient fait l'honneur de lire mon ouvrage « l'Anarchie et le Collectivisme », comme ils m'ont fait celui de lire mon article de la « Nineteenth Century », ils se seraient épargné l'erreur de m'affubler d'une étiquette. Je répugne essentiellement aux groupes fermés y aux coteries, aux chapelles y et je prie ceux qui me font l'honneur de me discuter, d'examiner mes idées en dehors de toute assimilation avec celles de telle ou telle école y avec lesquelles je puis avoir de nombreux points de contact sans me confondre avec elles.

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