‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 22 sur 88 · CHAPITRE PREMIER 5I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER 5I

humain est partout semblable à lui-même. Les masses apprécient et par cela même approuvent tous les changements antérieurs. Mais elles sont portées à considérer l'évolution comme terminée à Tinstant présent. L'instant présent représente pour elles le but final, le point d'arrêt. Tout a été pour le mieux qui y conduisait ; mais ne leur demandez pas d'aller au delà. On peut s'expliquer ce phénomène mental. L'évolution des sociétés est fort lente. Dans le passé cependant on l'aperçoit parce qu'on la juge sur une longue série de siècles. Mais comme ses effets, pour devenir appréciables, exigent un temps très supérieur à celui d'une génération, l'homme qui passe n'aperçoit pas ceux qui se produisent de son vivant. Ne les apercevant pas il les nie, et n'y croyant pas il se défie de qui les lui signale.

Il sait cependant que les aiguilles d'une montre tournent et qu'une plante pousse quoiqu'il ne voie ni avancer les unes ni progresser l'autre. C'est que les aiguilles opèrent leur double révolution en une et en douze heures et que les plantes croissent dans le cours d'une saison. L'évolution sociale exige une trop longue période. Mais la durée de cette période n'existe plus pour qui a fait une étude sérieuse des faits historiques et préhistoriques, pour qui lit dans le passé du genre humain

comme nous lisons sur le cadran de notre horloge. Ici, Tillusion devient inexplicable, et cependant elle existe. Judet, Lockroy, Clemenceau connaissent l'histoire et ne s'enlisent pas moins dans cet esprit de conservation bête — qu'ils me pardonnent le mot — qui conduit vers l'immobilité.

La patrie actuelle, je la détendrais contre toute tentative de l'intérieur ou de l'extérieur pour nous ramener au passé. En présence d'une armée étrangère qui s'efforcerait de démembrer mon pays, tout comme en présence d'une armée intérieure, d'une nouvelle Vendée qui essaierait de rétablir cléricalisme et monarchie, je serais patriote.

Mais s^il s'agit en la détruisant de créer une unité plus haute, s'il s'agit de supprimer la France pour créer l'Europe, mon patriotisme s'éteint.

Il convient en outre de faire une remarque d'une haute importance en cette matière. Les groupes territoriaux et ethniques perdent tous lesjours du terrain au profit des groupes intellectuels et professionnels.

Les groupes territoriaux ne disparaîtront jamais complètement, car il existe des intérêts locaux ; mais ils sont appelés à être de plus en plus dominés par les autres.

La grande patrie de l'Avenir sera d'ordre fédératif, et la fédération n'existera pas seulement

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