‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 21 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

sensibles aux individus, et Thumanité y trouve toujours son profit. Si c'est ainsi que les choses se passent, ce que je puis prédire avec certitude c'est qu'il ne se trouvera pas un seul homme pour réclamer le retour au passé.

Le sentiment de conservation, qui est pour ITiumanité tantôt un adjuvant, tantôt un obstacle, répugne à tout changement. Ne lui demandez pas d'anéantir la demeure présente pour en construire une plus grande et plus belle. Il sait ce qu'il a, il ignore ce qu'il aura, et il proteste avec une indignation douloureuse.

Mais une fois la transformation opérée, si malgré ses protestations elle s'opère, ne lui demandez pas davantage de revenir en arrière. Il se montrerait aussi intraitable vis-à-vis du mouvement de recul qu'il l'était la veille vis-à-vis du mouvement de propulsion en avant.

En 1789 un grand souffle révolutionnaire soulevait les masses, animait les cœurs, et brisait toutes les résistances. Ces merveilleuses époques sont exceptionnelles et n'obéissent pas aux lois ordinaires. Mais supposez que cette envolée de la pensée humaine ne se fût pas produite et que, dans un calme relatif analogue à celui d'aujourd'hui, on eût demandé aux diverses provinces de se briser et de perdre jusqu'à la plus petite parcelle

de leur autonomie administrative, quel provincial n'aurait pas protesté ? Et quel est cependant, je ne dirai pas le conservateur mais le réactionnaire le plus endurci, qui aujourd'hui^ désirerait cesser d'être citoyen français pour redevenir bourguignon, breton, gascon, navarrais ou normand ?

De même en Italie où le phénomène prend un aspect bien plus manifeste encore.

En France, nous avons des cléricaux et des monarchistes.

En Italie il existe également des cléricauxmonarchistes, et avant la révolution dont est sortie l'Italie contemporaine, ces cléricaux étaient foncièrement attachés aux dynasties régnantes.

Et cependant, contrairement à ce qui se passe en France où les monarchistes aspirent au retour de la dynastie préférée, en Italie on ne trouverait personne pour demander le retour du roi de Naples, du grand duc de Toscane, des ducs de Parme et de Modène, voire même du Pape-Roi.

Pourquoi cette différence ?

Parce qu'en France le retour d'un d'Orléans ou d'un Bonaparte ne ferait pas obstacle à l'unité française, tandis que chez nos voisins de l'autre côté des Alpes le rappel des anciennes familles régnantes présuppose la destruction de l'Italie.

En dehors de quelques penseurs hardis, l'esprit

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