CHAPITRE DEUXIÈME
chez un peuple alors qu'elle ne serait pas prête chez les autres. On est menacé d'une coalition analogue à la sainte alliance qui se noua de 1789 i 1 8 1 5 contre la Révolution française ; et le peuple 9ïii part en avant-garde s'expose à être précipité dans l'abîme, entraînant dans sa chute, pour un terrxps fort long, la révolution elle-même.
I^our les patriotes français qui craignent la ruine d^ leur pays, aussi bien que pour les révolutionnaires assoiffés de justice qui aspirent au triomphe prochain de leurs idées, il serait donc, tout compte ^t, à désirer que la bourgeoisie française se péné- ^t de ce qui constitue la période historique où °c>vis sommes et s'efforçât, en donnant la main au P**olétariat, d'opérer pacifiquement le passage de la société qui se meurt à celle qui est, non seulement ^^ germe, mais déjà en évolution parmi nous.
B y a là un intérêt général d'une telle évidence ^'U.ç tout le monde s'en rend compte. On en trouve I3. preuve dans les projets et propositions de lois <lvie discutent sans cesse les Parlements, et en Êaveur desquelles si souvent les bulletins de la S^tiche et de la droite se rencontrent. Ges lois, la plupart du temps, ont encore plus pour but d'éluder l'échéance que d'y faire face et, dès qu'elles Menacent d'être efficaces, les détenteurs du capital ^^ de la puissance publique s'efforcent de les faire
avorter par des dispositions qui en paralysent l'effet. Mais on calomnierait Thumanité si Ton attribuait dans tous les cas ces résistances à des calculs de froid égoïsme. Les uns sont sceptiques, ne croient pas possible de transformer la société, et craignent de sacrifier leurs situations privilégiées sans aucun profit pour la généralité des hommes ; d'autres agissent par timidité de pensée, parce qu'ils n'osent pas aborder les grands problèmes, et qu'ils redoutent, en voulant sortir du mal, de tomber dans le pire. Aussi, malgré la vieille devise toujours vraie : « Donner et retenir ne vaut », les Chambres donnent-elles en retenant, et chaque jour le conflit se fait-il plus menaçant, la solution pacifique plus difficile.
Et s'il est vrai qu'en tout ceci l'égoïsme joue un rôle inférieur à celui de l'incrédulité, faire cesser celle-ci, ce serait vaincre celui-là. Malheureusement cette incrédulité subsiste chez beaucoup d'esprits par ailleurs généreux et honnêtes, et l'une des causes — la principale peut-être — en est dans l'antagonisme qui existe entre les vraies réformes sociales et le maintien des armées dont la majorité de nos contemporains ne croit pas la suppression possible.
Non que les armées opposent un insurmontable obstacle à la révolution ! Elles ne le lui opposent