CHAPITRE TROISIÈME 8l
n*ètre pas conforme à la réalité des faits; que la force de résistance du peuple allemand peut avoir été exagérée par moi ; en un mot que, contrairement à tout ce qui m'apparaît sous l'aspect d'une vérité incontestable, nous pourrions avoir la guerre et Tinvasion même 6 mois, même un an, après que nous aurions désarmé. Mais tandis que Clemenceau croit que les choses se passeraient ^nsi, moi, je suis profondément convaincu du contraire.
Si les germains étaient un peuple barbare, exclusivement enclin au meurtre et au pillage; s'ils étaient semblables à ces arabes des goums, à ces laïques goumiers, qui n'hésitent pas à massacrer leurs propres frères dans l'espérance d'un butin, il ^t évident qu'au lieu de leur inspirer des idées ^^ paix, notre désarmement leur inspirerait plutôt des idées de guerre. Notre faiblesse volontaire ^querait de devenir une cause d'attaque de leur P^rt. Je serais alors du même avis que Clemen- ^au.
Mais tout tend à prouver que nos voisins
^ ^Utre-Rhin ont dépassé depuis longtemps ce
^^^de primitif des agglomérations humaines. Ne
Pouvant pas, toutefois, opposer de démonstration
Mathématique à ceux dont l'opinion sur ce point
^^ contraire à la mienne, je veux bien admettre
contre ma conviction, pour la facilité du débat, que l'adoption de la politique qui m'est chère, en faisant disparaitre les dangers qui actuellement nous menacent, en engendrerait d'autres éventuels. Mais mes adversaires seront, je suppose, assez sincères pour ne pas nier les périls inhérents à la paix armée que le désarmement supprime. Us reconnaîtront sans doute, s'ils sont de bonne foi, qu'il en est des nations comme des individus ; et que, semblables aux particuliers auxquels il arrive de se blesser avec des armes achetées par eux dans la pensée de se protéger, elles subissent parfois des désastres dus aux armées organisées pour leur défense. Gambetta ne serait pas mort s'il n'avait pas eu de revolver; et peut-être si la France de 1870 n'avait pas été une nation militaire n'auraitelle pas subie l'amputation que la guerre lui a value.
Si le désarmement fait naître des périls et en supprime d'autres, comment établirons-nous une comparaison entre l'importance de ceux-ci et de ceux-là. Clemenceau, Lockroy, Goblet — et dans un autre camp Judet — me diront que je supprime un pour engendrer dix, et je soutiendrai avec une conviction égale que c'est absolument l'inverse. Qui nous départagera? Nous ne possédons aucune balance de précision en cette matière