‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 36 sur 88 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

sans cesse menacés sous le régime actuel, le désarmement les amoindrirait donc au contraire dans une très large mesure, à supposer qu'il n'eût pas pour résultat de les faire complètement disparaître.

Il me semble que ces explications sont de nature à être comprises, et que même ceux qui croient que je me trompe en doivent reconnaître la clarté.

C'est cependant là, paraît-il, une lourde erreur de ma part, car malgré sa vive intelligence, Clemenceau ne m'a pas compris.

Ici, dit-il, c'est moi qui suis désarmé, car je commence à me demander si je ne suis pas bien simple de répondre à un homme qui se moque de moi. Faut- il se battre oui ou non ? S'il ne faut pas se battre, pourquoi Naquet consent-il qu'on se batte ? Et s*il faut se battre, pourquoi nous refuse-t-il les avantages de la préparation, en nous condamnant à la résistance dès qu'elle est impossible, puisque nous n'avons plus ni armes, ni chefs, ni organisation ?

Or, avant d'écrire ces lignes, Clemenceau les avait fait précéder de celles-ci écrites par moi : « Les effets du désarmement ne s'étant point encore fait sentir, la défense serait possible ». Elles étaient la réponse anticipée à son acte d'accusation.

Qu'on parcourre de nouveau, pour en juger, les quelques pages qu'on vient de lire ! J'ai supposé deux éventualités : celle où l'on nous attaquerait au moment même du désarmement et celle où

Ton remettrait Tattaque à plus tard. Envisageant ensuite la première, j'ai dit que si elle se produisait, le désarmement étant décrété mais non encore effectué, nous aurions tous nos moyens de défense accrus de la force morale que nous donnerait une invasion aussi injustifiée. Il n'y avait pas à se méprendre là-dessus. Lorsque Clemenceau me demande si je me moque de lui, il me donne le droit de lui demander si ce ne serait pas lui, par hasard, qui se moquerait de moi en répondant à ma seconde hypothèse^ alors que c'est de la première qu'il s'agissait.

Dans la seconde hypothèse, je n'avais plus parlé de combat. Je m'étais borné à montrer les difficultés d'une invasion, étant donné l'obstacle insurmontable qu'elle rencontrerait dans la résistance des peuples. Je reconnais mon impuissance à faire la preuve absolue de cette résistance des peuples. Mon raisonnement laisse certainement place à la discussion. Mais si mon raisonnement ne présente pas la rigueur d'une équation algébrique, c'est la faute à la politique qui n'est pas une science exacte; ce n'est pas la mienne. Aucun des arguments sur lesquels s'appuient les hommes d'Etat n'a une valeur supérieure.

J'admets cependant que je puis faire erreur; que mon appréciation de l'état d'esprit teuton peut

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