CHAPITRE m
l'alliance anglaise est un gage de paix
La première garantie que nous oflre Talliance avec la Grande-Bretagne gît dans l'opinion de la bourgeoisie anglaise qui, à l'exception peut-être de quelques ploutocrates, ne désire la guerre ni avec TAllemagne ni avec aucune autre grande nation. Elle a le sentiment bien net que les bénéfices qui en résulteraient seraient lointains et ne profiteraient qu'aux gros bonnets de la finance, tandis que les commerçants petits ou moyens qui n'auraient pas le temps d'attendre seraient ruinés ou profondément atteints dès le début des hostilités. A supposer qu'il y eût à espérer de l'avenir des résultats largement compensateurs, ce sont là jeux de milliardaires, qu'ils n'ont nulle envie de
jouer. Si quelques-uns ont eu jadis des idées différentes, la guerre sud-africaine les a corrigés.
D'autre part le parti libéral, actuellement aux affaires, est éminemment pacifique; et, bien que ne possédant ici que des éléments d'appréciation tout-à-fait insuffisants, je suis porté à croire le roi Edouard opposé à une conflagration européenne. Ses diverses rencontres avec Guillaume H, ses entrevues avec l'empereur d'Autriche et Clemenceau, enfin la détente survenue à leur suite entre l'Allemagne et la France me paraissent en fournir la preuve.
Je me hâte d'ailleurs de reconnaître que croyance n'est pas raison, et que pour si probables que soient les sentiments pacifiques du roi d'Angleterre, ils ne sont pas rigoureusement démontrés.
Mais comme le fait fort judicieusement observer M. Judet : — La guerre n'est pas de nos jours, et a bien rarement été, un simple jeu de princes, une espèce de sport analogue à la chasse, un de ces exercices auxquels on se livre par amour de l'art. Quoiqu'il semble me supposer sur ce point une opinion contraire à la sienne, je le prie de me croire assez renseigné en matière historique pour savoir que les conflits entre peuples répondent le plus souvent à des causes plus profondes que les caprices d'un homme d'état.