‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 62 sur 88 · CHAPITRE TROISIÈME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME I

J'appelle son attention sur le passage d'une préface que j'ai consacrée en 1900 au livré de M. J.-C. Spence, V Aurore de la Civilisation (the Dawn of the Civilisation), dont mon ami M. Georges Mossé et moi avons publié une traduction française.

Elle lui prouvera que, sur ce point spécial, ma manière de voir ne s'éloigne pas de la sienne.

Ces points sont trop rares pour que je ne me &sse pas un plaisir de lui signaler celui là :

Distinguant les guerres actuelles de celles que se faisaient les cannibales, il (M. Spence) considère ces dernières comme relativement plus excusables ; au moins les cannibales avaient un objectif : ils faisaient des cadavres pour les manger. L'état social était plus sauvage, mais les batailles visaient un but ; nos guerres actuelles, au contraire, vrai sport de meurtre pour le meurtre, n'en auraient plus et nous placeraient de ce chef à un échelon moral inférieur à celui des anthropophages.

C'est là une erreur manifeste. Les guerres actuelles visent le même objet que celles des cannibales ; les nations se combattent encore pour se manger, sinon par voie directe, du moins par voie indirecte. Les peuples vaincus perdent leur prestige et leurs débouchés ; leur industrie s'étiole tandis que les vainqueurs gagnent sous ce rapport ce que les autres ont perdu. Leur population s'accroît là où celle des vaincus diminue, et le résultat est le même que si, dans l'acception propre de ce mot, les uns avaient été mangés par les autres.

Aussi y a-t-il peu d'espoir, malgré tous les rescrits des rois et des empereurs, et malgré tous les congrès de la paix.

de voir les guerres disparaître, tant que les sociétés capitalistes seront condamnées par la logique de leur principe à accroître leurs débouchés ou à périr (i).

Les hommes, aujourd'hui comme dans l'antiquité, se battent donc pour se manger, et s'ils oût renoncé à la forme lugubre du repas des cannibales, c'est uniquement pour lui substituer un cannibalisme indirect. Les vainqueurs ne font plus rôtir les vaincus et ne les dévorent plus à belles dents ; mais ils les massacrent ou les mettent dans l'impossibilité de vivre tandis qu'ils prennent leur place et leur couvert au banquet de la vie. La manière de procéder est différente; le résultat n'a pas varié.

Ce que nous avons dès lors à envisager c'est moins ce que peuvent être les désirs sentimentaux du roi Edouard ou de l'empereur Guillaume, de Monsieur le premier ou du chancelier de TEmpire, du peuple anglais ou du peuple allemand^ que ce que sont les intérêts de la Grande-Bretagne et de la Germanie sous le régime de la concurrence capitaliste actuelle.

La Grande-Bretagne a peuplé le monde de ses colonies. Les États-Unis, quoique jouissant d'un gouvernement propre, et quoiqu'étant peuplés par

(i) J.-C. Spence, VAurore de la Civilisation, traduction d'Alfred Naquet et Georges Mossé. Stock, éditeur. Paris, 1900. Préface, p. 14.

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