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versellé, qui est retendue. Et maintenant, qu'est-ce qu'un « accident » inhérent à la chcxse ? L'odeur, la saveur sont en nous, non dans le corps odorant ou sapide. Quant au mouvement, il n'est pas un « accident » de la masse, car la masse elle-même n'est rien, sinon l'expression d'une certaine quantité de mouvement; et, d'autre part, dira-t-on qu'un mouvement soit r « accident » d'un autre mouvement, auquel il serait « inhérent » ? Imaginations. Il n'y a donc point « d'accidents » ; il n'y a qu'une étendue essentiellement mobile et où le mouvement, par des lois nécessaires, détermine des figures de toutes sortes. Ces figures mêmes, encore une fois, sont des résultats, non des principes. Un mouvement est rectiligne ou curviligne en vertu des liaisons de ses partiel" : il n'est pas dépendant de la ligne droite ou de la ligne courbe, qui ne lui importent guère. C'est nous qui trouvons, après coup, que tel mouvement a décrit une ligne droite ou une courbe, et nous nous extasions devant des haj^aonies qui n'existent que /^pour nous et par nou><Tjes noms et les qualités que ^nous donnons aux Choses, nos substantifs et nos I adjectifs, tout cela n'est que de la langue humaine : / la mKure ne connaît que l'alphabet mathématique, yxiomme les genres et les espèces, l'ordre, la symétrie, la beauté n'existent pas dans les choses, mais en nous. Sans doute Descartes admet un ordre universel, mais purement logique; une symétrie, mais !, résultant des lois du nombre et de L'étendue, non •Ji antérieure et supérieure à ces lois;|il admet une
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l3eauté, mais identique à la vérité même, parfaitement indépei)!^ante de ce qui peut plaire ou déplaire à nos sensylia beauté d'un paysage, en tant qu'elle résulte dérouleurs, de sons, d'apparences sensibles qui nous charment, est nécessairement en nous, puisque tout ce qui la compose n'est qu'en nous. Le fond réel '' de la beauté est mathématique : les sons qui nous h' ravissent sont ceux qui ont entre eux des a rapports simples » ; le plaisir n'est qu'une idée « confuse » où^ nous percevons vaguement une géométrie cachég^^ Restent ces fameuses causes efficientes e^ces causes finales qui, sous diverses formes, faisaient l'objet de la spéculation antique et scolastique. Ici, Descartes est impitoyable. 11 bannit d'abord du monde extérieur toutes les forces, même les forces motrices, qui ne sont pour lui que des mouvements actuels. La force, c'est le mouvement intestin et invisible d'où le mouvement visible de masse peut sortir, sous certaines conditions mathématiques. Descartes ne se contente pas de proscrire du monde physique la « force » ; c'est encore la « cause » même qu'il remplace par des rapports mathématiques. Faisons-y attention, le principe de causalité a deux sens possibles : ou il désigne la cause efficiente, c'est-à-dire une puissance active, une « efficace », d'où l'effet sortirait comme par génération, ainsi que l'enfant du ventre de sa mère vMH 'est là ce que chacun croit apercevoir en soi-même quand il fait effort pour atteindre un but. Mais y a-t-il, aux yeux de la science, rien de semblable dans le monde exté'-
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rieur'> Non, répond Descartes, et il rejette de la nature visible tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une volonté, à une activité. Sur ce point encore, il inaugure la science moderne de la nature, qui ignore entièrement ou devrait ignorer les causes efficientes, leur vrai domaine étant le monde psychique. Agir et pâtir ne sont, répète Descartes, que « différentes façons de considérer une même chose ». Ce qui est actif sous un rapport est passif sous un autre ; la flamme qui brûle le bois est active par rapport aux mouvements dont ses propres mouvements sont les principes; elle est passive par rapport aux mouvements dont ses propres mouvements sont les conséquences. D'une activité vraie, qui serait inhérente aux choses étendues comme telles, vous n'avez qu'une idée « confuse » et « obscure », ce qui prouve bien qu'alors vous ne concevez point « vraiment des choses hors de vous », mais simplement votre image dans les choses. La seule idée claire, ici, c'est celle de principe et de conséquence, et (puisqu'il s'agit de mouvements) de principe mathématique et de conséquence mathématique. L'activité, dans le monde des sciences de la nature, n'est donc qu'une métaphore humaine pour exprimer des relations toutes logiques, des rapports de dépendance mathématique entre les termes d'une équation.
Reste le second sens du principe de causalité, qui ne désigne plus alors qu'un rapport de succession constante entre des phénomènes. C'est le sens empirique, sur lequel Bacon et plus tard Stuart Mill
ont tant insisté. Je frotte deux morceaux de bois l'un contre l'autre, et ils s'échauffent; Bacon dit : le frottement et la chaleur sont dans un rapport de succession constante, et il croit avoir ainsi trouvé une loi de la nature. Descartes, dédaigneux, ne voit là qu'un fait brut généralisé, et il demande : Pourquoi? Nous apprendre que la chose se passe toujours ainsi, c'est nous poser le problème à résoudre , ce n'est pas nous donner la solution. On ressemble alors aux hommes primitifs qui, mesurant les angles d'un premier triangle, puis d'un second, puis d'un troisième , trouvaient sensiblement la même somme et se contentaient de dire, en généralisant : la somme des angles est la même dans les divers triangles. Mais pourquoi?,,. Une loi de succession constante , ou de simultanéité constante , n'est pas une raison. Quand Galilée avait trouvé par la mesure son rapport d'aires, il ne pouvait pas en démontrer la nécessité. La causalité ainsi , entendue n'est qu'une approximation pratique des vraies raisons explicatives. Aussi Descartes ne s'en contente-t-il pas : entre le frottement et la chaleur consécutive, il cherche un rapport de continuité mathématique, réductible logiquement, tout comme les rapports d'aires, à une déduction ayant pour loi l'axiome d'identité. La chaleur n'est qu'un mouvement, comme le frottement du bois; c'est le même mouvement qui se continue sous des formes diverses, d'abord comme va-et-vient des morceaux de bois, puis comme ébranlement de leurs particules sub-
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tiles. L* « effet » se réduit à la solution d'un théorème de mécanique dans la réalité ; la « cause » se réduit aux données réelles de Téquation. La causalité empirique ou succession constante n'est donc que le masque de la nécessité rationnelle et de l'identité; l'induction n'est qu'une déduction retournée et incomplète : elle est utile, elle est nécessaire, mais elle n'est pas le terme de la science.
Quant aux causes finales, Descartes les chasse pour jamais du temple de la physique et de l'histoire naturelle. Entendez-le se moquer de ceux qui « croient assister au conseil de Dieu ». C'est, dit-il, une chose « puérile et absurde » de s'imaginer que Dieu, « à la façon d'un homme superbe, n'aurait point eu d'autre fin, en bâtissant le monde, que celle d'être loué par les hommes. Il n'aurait créé le soleil , qui est plusieurs fois plus grand que la terre, à autre fin que d'éclairer l'homme, qui n'en occupe qu'une petite partie !» — ^^ « Que de choses, ajoute-t-il, sont maintenant dans le monde, ou y ont été autrefois et ont cessé d'être, sans qu'aucun homme les a^ jamais vues ou connues, et sans qu'elles aienr jamais été d'aucun usage pour l'humanité! »^lême en physiologie. Descartes rejette les causes finales au profit des raisons mécaniques^ L' « usage admirable de chaque partie dans les plantes et dans les animaux » ne nous permet pas , dit-il, « de deviner pour quelle fin » chaque partie existe. En un mot, dans les sciences de la nature, « où toutes choses doivent être appuyées de solides
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raisons », la recherche des fins est « inepte ». Bacon avait énuméré les erreurs et « idoles » , mais le gygjid iconoclaste qui les a brisées, c'est Desc^Ftes.
^^Comme il n'y a qu'une intelligence « qui est toujours la même » et une vérité qui ne change pas, il ne peut y avoir, selon Descartes, qu'une méthode. Laquelle? Pour le savoir. Descartes se demande, comme fera Kant, dans quel ordre de connaissances on trouve ces deux signes : clarté de l'évidence et progrès incessant des découvertes. Même réponse pour Descartes et pour Kant : ce sont les mathématiques. Donc la méthode mathématique doit « envelopper » la vraie méthode, non parce qu'elle est mathématique (ce qui importe peu) , mais parce qu'elle est rintelligence procédant selon ses vraies lois. Raisonnez sur toutes choses avec le même souci des règles que le mathématicien, et vous raisonnerez juste. La méthode se ramène à chercher en tout , par l'analyse , l'élément irréductible et « simple », ou, au sens tout scientifique, 1' « absolu ». Cet élément « clair » en lui-même et « distinct » du reste entraîne 1' « évidence ». Après quoi, il faut recomposer la réalité par synthèse, « en supposant de l'ordre là même où nous n'en apercevons pas » . « Le secret de la méthode consiste à chercher en tout ce qu'il y a de plus absolu », puis à faire voir comment les éléments irréductibles, en se combinant, composent les autres choses. La caractéristique de la méthode cartésienne, qui est la méthode moderne,
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c'est d'expliquer toujours un tout par ses parties, jamais les parties par le tout ou par l'idée du tout qu'elles tendraient à réaliser. Qui aura bien compris ce changement radical introduit par Descartes ne se demandera plus ce que le Biscjfirs de la méthode apportait de vraiment nouveau^
a Celui qui suit attentivem^t ma pensée, conclut Descartes, verra que je n'embrasse rien ici moins que les mathématiques ordinaires, mais que j'expose une autre méthode^ dont elles sont plutôt V enveloppe que le fond. En effet, elle doit contenir les premiers rudiments de la raison humaine et aider à faire 'v^ sortir de tout sujet les vérités qu'il renferme. î/La ^
méthode mathématique ne donne, pour Descartes, /
qu'une application, plus frappante et plus sûre, de la méthode universelle, qui est la raison se retrouvant ""^ — , en toutes choses. La méthode des sciences physiques n'en est aussi qu'une application, et Descartes la / conçoit comme d'autant plus parfaite qu'elle se^p- / proche davantage des procédés mathématiques. Pour \ lui, l'expérience sensible n'est qu'une connaissance 1 confuse, qui a besoin d'être ramenée à ses éléments ) intelligibles; l'induction est une déduction provi- / soire, qui a besoin d'être complétée et confirmée par^«^ l'expérimentation. Cependant Descartes ne rejette nullement l'expérience, qui va, dit-il, « au-devant des causes par les effets ». Il était lui-même un observateur et expérimentateur de génie. Il pratiqua, un des premiers, la vivisection. Ses expériences sur l'arc-en-ciel sont un modèle. « Je tâche, dit-il à Mer-
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senne, d'ouvrir le chemin pour faire que, par succession de temps, on puisse connaître toutes les formes des choses, en ajoutant l'expérience à la ratiocinatîon. » Il se (latte qu'il pourrait lui-même achever en ses parties essentielles l'explication « selon ses souhaits », pourvu qu'il eût du loisir « et la cornmodité de faire quelques expériences ». Mais il se passera plusieurs siècles, dit-il, « avant qu'on ait déduit de ces principes toutes les vérités qu'on en peut déduire ». Et pourquoi? « Parce que la plupart des vérités qui restent à trouver dépendent de quelques expériences particulières, qui ne se rencontrent jamais par hasard, mais qui doivent être cherchées avec soin et dépense par des hommes fort intelligents. » Sa fierté se refuserait à accepter l'argent nécessaire aux expérimentations, sinon de la part de l'Et^^^^ais l'Etat ne s'en occupe guère.
L'expérience a, pour Descartes, une double utilité. La première, c'est de fournir les problèmes à résoudre; la seconde, de « vérifier » les solutions. La nature est le sphinx qui propose des énigmes. Le nombre des problèmiBs est illimité, mais il en est dont la solution s^ manifeste actuellement à nos yeux dans la nature-.' Une pierre lancée par la fronde tombe après avoir décrit une courbe ; pourquoi tombe-t-elle et pourquoi décrit-elle cette ligne? L'arc-en-ciel brille après l'orage; pourquoi? Il faut, dit Descartes, a que nous puissions choisir, entre une infinité d'effets qui peuvent être déduits des mêmes causes, ceux que nous devons principalement
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tâcher d'en déduire ». Et ceux-là, ce sont ceux qui se présentent à nous. Les expériences a sont d'autant plus nécessaires qu'on est plus avancé en connaissance ». En effet, au commencement, ce ne sont que les phénomènes les plus généraux et les plus familiers qu'il s'agit d'exj3liquer ; mais, quand on pénètre dans les subtiles complications du réel, par cela même du possible, les problèmes deviennent tellement spéciaux qu'ils exigent des expériences de plus eja-^plus spéciales et nombreuses.
-''^A l'inverse de Bacon, Descartes comprend l'importance de l'hypothèse ou construction idéale dans les sciences de la nature ; il marque aussi avec précision le degré de probabilité qui appartient aux hypothèses selon leur conformité à l'expérience. Le monde, dit-il avec profondeur, est comme une écriture secrète, un « chiffre » qu'il s'agit de lire et d'interpréter. On attribue, par hypothèse, un sens à chaque lettre et une règle au tou^-if par exemple, on suppose que chaque lettre du chiffre est mise à la place de la lettre suivante, OQHR à la place de PARIS; et si, en lisant de cette façon, « on trouve des paroles qui aient du sens », on ne doutera point que ce ne soit le vrai sens du chiffre. Le contraire, quoique possible, n'est pas « moralement croyable ». De même, si l'alphabet mathématique nous fournit une règle pour interpréter les « propriétés de l'aimant, du fer et des autres choses qui sont au monde », nous aurons acquis pour notre science une « certitude morale ». Or c'est à l'expérience d'établir cette
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certitude morale en confirmant nos hypothèse&^Iais il y a une seconde sorte de certitude supérieure à la certitude morale : c'est « lorsque nous pensons qu'il n'est au^nement possible que la chose soit autreraent/T Et il y a dans la nature des lois qui offrent cette certitude : ce sont les lois générales du mouvement; il faut donc s'efforcer d'y tout réduire.
Descartes se formait, on le voit, une idée très exacte des conditions de la science; beaucoup de nos contemporains s'en font une bien moins parfaite. Son tort est d'avoir préféré trop exclusivement l'ordre déductif à l'ordre inductif. Il va, comme on l'a dit, du centre à la circonférence, du principe aux faits, au lieu d'aller de la circonférence au centre, des faits au principe. D'un seul coup, il se place à la source de toutes choses et prétend en voir sortir, pour le suivre en ses détours, le torrent sans fin des phénomènes. Mais qu'une notion manque au point de départ, qu'une donnée fasse défaut, et voilà toute la synthèse viciée, d'abord dans ses principes, puis dans ses conséquences. La méthode de construction synthétique, à elle seule, n'est qu'une vaste hypothèse qui part de telles données considérées exclusivement et nous apprend ce qui aurait lieu si ces données étaient seules. A l'expérience de nous dire si nous n'avons point laissé échapper quelque facteur du problème. Quelque synthétiques qu'elles soient, nos conceptions peuvent bien toucher le réel, non l'embrasser ni le pénétrer.