Il y a une grande différence entre les idoles de
l'esprit humain et les idées de Tintelligence divine ; c'est-à-dire entre certaines imaginations vaines , et les vraies marques et sceaux imprimés sur les créatures, tels qu'on les peut découvrir.
24. Il est absolument impossible que les principes établis par l'argumentation puissent étendre le ohatap de notns industrie , parce que la subtilité de la nature surpasse de mille manières la subtilité de nos raisonnements. Mais les principes tirés dés ftiits légitimement et avec mesure dévoilent et indiquent facilement à leur tour des faits nouveaux , et rendent ainsi les sciences fécondes.
^. Les principes répandus maintenant ont prid leur source dans une expérience superficielle et vulgaire, et dans le petit nombre de faits qui d'eux-mêmes s'offrent eux regards; ils n'ont guère d'autre profondeur et d'autre étendue que celle de cette expérience ; ce n'est donc pas merveille slls n'ont point de vertu créatrice. 8i par hasard un fait se présente , qu'on n'a encore ni remarqué ni connu , on sauve le principe par quelque distinction frivole , tandis qu'il serait plus conforme à la vérité de le modifiet*.
M. Pour bien feire entendre notre pensée, nous donnons à ces notions rationnelles , que Ton transporte danô l'étude de la nature , le nom de Prénotions de la nature (parce que ce sont des façons d'entendre téméraires et prématurées), et à cette science qui vient de l'expérience par une voie légitime, le nom d'Interprétation de la nature.
27. Les prénotions sont assez puissantes pour entraîner notre assentiment ; n'est-ïïi pas certain que si
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tous les hommes avaient une même et uniforme folie , ils pourraient tous assez bien s'entendre?
28. Biep plus, les prénotions subjuguent notre a»* sentiment avec plus d'empire que les interprétations, p^ce que, recueillies sur un petit nombre de foits , et sur ceux qui nous sont le plus fiuniliers , elles frs^pent incontinent Tesprit et remplissent l'imagination ^ lan^ dis que les interprétations, recueillies ça et là sur des faits très-variés et épars, ne peuvent irapper^ubite^ ment Fesprit, et doivent nécessairement paraître à notre créance fort dures et étranges à recevoir , presque à régal des mystères de la foi<
29. Dans les sciences, où les opinions et len maximes sont seules en jeu, les prénotions et ki dialectique sont de grand usage , parce que o^ést Teiprit dont il faut triompher, et non la nature.
30. Quand bien même tous les esprits de tous les âges réuniraient leurs efforts et feraient concourir leurs travaux dans la suite des temps, les sciences ne pourraient cependant avancer beaucoup à l'aide des prénotipns, parce que les meilleurs exercices , et toute Texoellence des remèdes employés ne peuvent détruire des erreurs radicales et qui ont pris place dans la oonstitution même de l'esprit.
31. C'est en vain qu'on espère un grand profit dans les scienoes, en greffant toujoQrs sur le vieux tronc que l'on surcharge ; mais il faut tout renouveler, jusqu'aux plus profondes racines, à moins que Ton ne veuille perpétuellement tournar dans le même cercle, avec un progrès sans importance et presque digne de mépris.