‹ Descartes considéré comme physiologiste et comme médecinChapitre 14 sur 46 · FONCTIONS NUTRITIVES. — DE LA DIGESTION ET DE L’ABSORPTION · texte numérisé non relu

FONCTIONS NUTRITIVES. — DE LA DIGESTION ET DE L’ABSORPTION

L’homme, ainsi que tous les êtres organisés, est constitué de manière à ne pouvoir subsister sans des échanges perpétuels et une communication incessante avec la nature; il reçoit et donne sans cesse; il s’approprie momentanément les éléments des corps qui l’entourent, pour les rendre bientôt, transformés, au monde extérieur, et lui en emprunter d’autres; il n’a en propre que sa forme et le principe qui la détermine.

Cette communication non interrompue de l’être organisé avec les corps environnants, est précisément ce qui caractérise la vie.

Les instruments d’échange sont : l’appareil digestif, l’appareil respiratoire, celui de la circulation, et les organes sécréteurs et excréteurs.

Les fonctions par lesquelles s’opère l’échange sont : la digestion, la respiration, la circulation, les sécrétions et les excrétions ; la nutrition en est le résultat.

Dans la physiologie des anciens, et jusqu’à la fin

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du moyen âge, la digestion était envisagée comme une trituration suivie de coction (Hippocrate), et 1 on pensait que la trituration et la coction s’accomplissaient sous l’empire des forces attractives , rètentives , modifiantes et expulsives de ï estomac et des intestins (Galien).

A la fin du quinzième siècle, et dans le seizième, l’école vitaliste et chimique, dont Paracelse et Yan Helmonl sont les plus illustres représentants, introduisit dans la physiologie l’idée de la fermentation et des réactions chimiques.

Nous devons nous souvenir que Van Helmont constata l’existence du suc gastrique, son acidité, son action dissolvante sur les aliments, et qu’il reconnut en même temps, ce qui lui fait le plus grand honneur, la neutralisation de cet acide par la bile au sortir de l’estomac.

Il admettait six temps dans la digestion, ou plutôt six espèces de digestion : une première digestion opérée par /’ Archée dans l'estomac à l'aicle du suc gastrique ; une seconde, dans le duodénum, où la bile convertit en sels alcalins les acides venus de l’estomac; une troisième, commençant dans les vaisseaux du mésentère et se terminant dans le foie par le mélange du chyle avec le sang veineux; une quatrième, qui a lieu dans le cœur, où le sang veineux, da noir qu’il était, passe au rouge et devient plus

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volatil; une cinquième, consistant dans la transmutation du sang artériel en esprit vital , transmutation qui s’opère principalement au cerveau; enfin, une sixième digestion qui s’accomplit dans l’officine de chaque membre pour sa nutrition ( Ortus medicinœ, sexlupl. digest.).

Telles étaient les notions physiologiques qui commençaient à s’accréditer, lorsque Descartes entreprit d’expliquer selon ses vues et d’après ses principes le mécanisme et les fonctions du corps humain. Il nous aurait sans doute laissé, s’il eût vécu plus longtemps, un traité complet de physiologie ; mais dans ce qui nous reste de lui, dans le Traité de l'homme et dans celui de la Formation du fœtus , dans le Discours de la Méthode et les Passions de l'âme , comme dans sa Correspondance , il se borne à donner ce qu’il croit nouveau et important pour l’explication du Mécanisme et des Fonctions du corps , et il passe le reste sous silence ; ou, s’il en fait mention, c’est d’une manière sommaire et purement commémorative. Ainsi, quand au début du Traité de l'homme il s’occupe de la digestion, il ne prend pas les aliments à leur entrée dans la bouche pour les suivre dans toutes leurs transformations; il ne parle ni de la mastication ni de Timbibition des aliments par la salive, mais il dit : « Les viandes se digèrent dans l’estomac par la force de certaines li~

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queurs qui, se glissant entre leurs parties, les séparent, les agitent et les échauffent, ainsi que l’eau commune fait celles de la chaux vive, ou l’eau-forte

celles des métaux Et sachez que Y agitation que

reçoivent les petites parties de ces viandes en s’échauffant, jointe à celle de l'estomac et des boyaux qui les contiennent, et à la disposition des petits filets dont ces boyaux sont composés, fait qu’à mesure qu’elles se digèrent elles descendent peu à peu vers le conduit par où les plus grossières d’entre elles doivent sortir; et que cependant les plus subtiles et les plus agitées rencontrent çà et là une infinité de petits trous par où elles s’écoulent dans les rameaux d’une grande veine qui les porte vers le foie, et en d’autres qui les portent ailleurs, sans qu’il y ait rien que la petitesse de ces trous qui les sépare des plus grossières; ainsi que, quand on agite de la farine dans un sac, toute la plus pure s’écoule, et il n’y a rien que la petitesse des trous par où elle passe qui empêche que le son ne la suive (tome IY des OEuvres p. 337). »

Cette explication de la digestion laisse assurément beaucoup à désirer, mais il nous semble pourtant qu’elle marque un progrès sur l’ancienne physiologie, sur la physiologie de Fernel, par exemple. Il n’est plus question ici de la faculté concoctrice de l’estomac, facultas concoq tiens, envisagée comme

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une propriété abstraite. Descartes admet bien que les aliments subissent une sorte de coction, mais il attribue cette coction non pas à la force vitale, mais à des causes toutes physiques, à la chaleur du sang et à l’élévation de température produite par la fermentation des aliments au contact du suc gastrique. C’est au suc gastrique qu’il assigne le principal rôle dans la digestion; et, s’il ne dit pas, comme Yan Helmont, que cette liqueur est acide, il le donne assez à entendre par la comparaison qu’il en fait à diverses reprises avec Veau-forte. 11 n’a point eu en cela, je l’avoue, pas plus que pour la doctrine de la circulation, le mérite de l’initiative, mais il a eu celui de reconnaître et de proclamer un des premiers la vérité.

Quant à l’absorption, il l’explique aussi bien qu’il était possible de le faire avant que l’on eût découvert la perméabilité des tissus organiques et les lois de V endosmose. Nous savons que les aliments, pour être absorbés, ont besoin d’être liquéfiés, et que ceux qui ne peuvent pas l’être sont rejetés; or, Descartes dit que les aliments étant ballottés dans le tube intestinal, comme clans un sac, leurs parties les plus ténues s’infiltrent à travers les pores que leur présente la surface des intestins, tandis que les plus grossières trouvent une issue plus facile, et, en réalité, les choses ne se passentguère autrement.

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