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L’être parvenu à son complet développement tend à l’expansion.
« La nutrition parfaite, dit Descartes, ou l'accroissement parfait implique en même temps génération ou production de semence: cela arrive lorsque la matière qui remplit les canaux, matériel rivos replens , est de nature à pouvoir s’assimiler une autre portion de matière fournie par un autre sujet, mais qui a des rapports avec elle (6). »
(1) Les Passions., IIe pari., art. lxxiv.
(2) Ibid., lre part., art. xl.
(3) Ibid., IIe part., art. cxxxvn, art. cxxxix.
(4) Ibid., IIIe part., arl. ccxi.
(o) Ibid., Ire part., art. xlv et suiv., IIIe pari., arl. ccxi.
(6) Supplément aux Œuvres de Descartes par M. Toucher de Careil, Physiologica, p. H4.
520 RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
Le développement de l’être nouveau est le résultat de cette combinaison qui s’opère à la faveur de la conjonction des sexes : dans ce cas, un des éléments sertde ferment àl’autre, «en sortejque quelques-unes de leurs particules, acquérant la même agitation qu’a le feu, se dilatent et pressent les autres, et par ce moyen les disposent peu à peu en la façon qui est requise pour former les membres (1).
« Or, dit plus loin Descartes, d’autant que les petits filets dont les parties sont composées se détournent, se plient et s’entrelacent en diverses façons, suivant les divers cours des matières fluides et subtiles qui les environnent, et suivant la figure des lieux où ils se rencontrent, si on connaissait bien quelles sont toutes les parties de la semence cle quelque espèce d’animal en particulier, par exemple de l'homme , on pourrait déduire de cela seul , par des raisons entièrement mathématiques et certaines , toute la figure et conformation de chacun de ses membres , comme aussi , réciproquement , connaissant plusieurs particularités de cette conformation , on en peut déduire quelle est la semence (2). »
Voilà, j’espère, une hypothèse qui doit plaire, sinon en elle-même, du moins par les tendances qu’elle révèle, aux solidistes les plus déclarés.
(1) Œuvres compl., t. IV, De la formation du fœtus, p. 457.
(2) Ibid., p. 494.
RESUME ET CONCLUSIONS
L’explicalion que Descaries donne de la croissance, de la vieillesse et de la mort est dans le même ordre d’idées.
XVJII
La matière des corps qui se nourrissent et qui ont vie est dans un état manifeste d’instabilité. La seule différence qui existe, sous ce rapport, entre les parties de ces corps qu’on nomme fluides et celles qu’on nomme solides , est que pour ces dernières le mouvement est plus lent; mais, en définitive, elles se substituent les unes aux autres et se renouvellent toutes (1).
Les parties solides sont composées de petits filets diversement entrelacés, et, comme ils ne sont pas encore fort étroitement joints les uns aux autres dans la première période de la vie et qu’ils sont plus flexibles, ils permettent aux particules de matière qui se dégagent du sang de s’interposer entre eux. Par suite de leur flexibilité même, l’absorption l’emporte sur l’élimination : les particules de matière qui s’appliquent à l’extrémité de ces petits filets font que le corps croît et s'allonge, celles qui trouvent place dans leurs interstices font que le corps grossit et se fortifie (2).
(1) Œuvres compl., t. IV, De la formation du fœlws , p. 450.
(2) Ibid., p. 4G1 .
b 22 RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS.
« Et pour ce qu’à mesure qu’on vieillit, dit Descaries, les petits filets qui composent les parties solides se serrent et s’attachent de plus en plus les uns aux autres, ils parviennent enfin à tel degré de dureté que le corps cesse entièrement de croître , et même aussi qu'il ne peut plus se nourrir ; en sorte qu'il arrive tant de disproportion entre les parties solides et les fluides que la vieillesse seule ôte la vie (1). »
11 est certain que l’ossification prévaut dans la vieillesse et que le corps tend à se pétrifier, ce qui à la longue suffit pour causer la mort.
Si nous passons de la physiologie à la médecine proprement dite, nous trouvons que Descartes attribue constamment les maladies dont il parle à quelque altération des fluides vitaux. Pour lui, les troubles de la circulation, l’augmentation ou la diminution de la chaleur animale, le malaise qui accompagne la fièvre, l’exaltation de la sensibilité ou son affaiblissement, ne tiennent pas à d’autres causes (2).
Il se refuse à voir dans les maladies des entités
(1) Œuvres compl., t. IV, De la formation du fœtus, p. 463.
(2) Œuvres inédites, IIe part., p. 69. Ibid., p. 72-74. Œuvres compl., t. VII, p. 359; t. VIII, p. 553; t. IX, p. 332-333.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
subsistantes par elles-mêmes (1) ; il cherche partout et toujours la lésion matérielle (2).
En thérapeutique, il se montre peu favorable aux remèdes chimiques dont on faisait à cette époque, il faut l’avouer, un usage fort inconsidéré (3) ; et, tout en reconnaissant les avantages que l’on peut retirer de la saignée, soit pour régulariser la circulation, soit pour diminuer l'effervescence du sang, il signale avec beaucoup de précision les inconvénients qui résultent de la saignée trop souvent répétée ou trop abondante, et il recommande à cet endroit plus de réserve que l’on n’en observait encore (4).
Sa thérapeutique est toute renfermée dans ces mots : beaucoup de soins et peu de remèdes , de manière à aider la nature sans jamais la troubler (o).
Même simplicité pour l’hygiène. Le bon sens et l’expérience en dictent les règles : sobriété , activité , recherche des pensées agréables: tels sont les moyens les plus sûrs de maintenir la santé et de prévenir la maladie (6).
La médecine légale elle-même trouve sa place dans les œuvres de Descartes. L’étude approfondie du
(1) Œuvres compl., (. VIII, p. 532.
(2) Œuvres inédites, IIe pari., p. 74.
(3) Œuvres compl., t. IX, p. 404.
(4) Ibid., t. IX, p. 403.
(5) Ibid.., t. X, p. 57.
(6) Ibid., t. IX, p. 341, 202, 203.
RESUME ET CONCLUSIONS
physique et du moral de l’homme et de leur réciproque influence devait l’y conduire. Il prouve que nous rie sommes pas tous libres au même degré, ni chacun ('■gaiement en toutes circonstances; et que, même dans l’état de santé et sans qu’il y ait aliénation mentale proprement dite, la responsabilité de nos actes est souvent atténuée, quelquefois même abolie, par la fougue du tempérament et la violence des passions qui font taire la raison et qui emportent la volonté ; et, devançant l’esprit moderne, il appelle de ses vœux une jurisprudence pluscirconspecte et plus clémente que celle qu’il trouve en vigueur de son temps (1).
Telles sont les doctrines physiologiques et médicales de Descartes. Nous avons tâché d’en donner une idée aussi exacte que complète; et, si nous avons atteint notre but, il demeurera évident, à ne considérer que les faits :
1° Que ce grand homme a entrevu le rôle important delà cellule élémentaire dans la formation des êtres organisés ;
2° Qu’il a été un des premiers et des plus zélés propagateurs de la découverte de la circulation du sang ;
(I) Œuvres compl., CcnresponJ., t. VIII, p. i»9.
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS. 5"25
3° Qu’il a compris, autant que l’état de la science le permettait, la part qui revient au suc gastrique dans la digestion des aliments ;
4° Qu’il ne s’est point écarté de la vérité en faisant des vaisseaux capillaires, qu’il appelle les petites branches des artères , le siège des principaux phénomènes de la nutrition; pas plus qu’il ne s’est écarté de la vérité en faisant du cerveau le siège de toutes nos facultés intellectuelles et morales, l’organe suprême de la pensée et du sentiment ;
5° Et, enfin, que nul physiologiste avant lui n’a expliqué le phénomène de la vision d’une manière aussi saisissante et qui se rapproche davantage des données actuelles de la science.
Sans doute, Descartes n’a pas observé, dans l’interprétation de la nature, la sage réserve que les règles tracées dans sa méthode auraient dû lui imposer; il ne s’est pas borné, comme Galilée, à une déduction rigoureuse des faits. Entraîné par un insurmontable besoin d’explication, il a procédé à priori ; il a soumis tout à ses calculs et aux principes géométriques pour lesquels il avait une prédilection particulière; il a entassé hypothèse sur hypothèse; mais dans cet entraînement, s’il a pris trop souvent des idées nettes ou nettement exprimées pour des idées claires et démonstratives, il est à remarquer qu’il n’a jamais eu recours, pour sortir d’embarras , aux causes
RESUME ET CONCLUSIONS
occultes, aux causes premières, ni même à la cause des causes.
Non qu il méconnût les causes premières et la première de toutes les causes ; personne n’a proclamé plus hautement et plus constamment que lui l’existence d’une intelligence suprême dans l’univers, et celle d’une intelligence finie et distincte du corps dans l’homme. Aucune vérité mathématique ne lui paraissait plus évidente, plus solidement établie, plus facile à démontrer.
La pensée, si différente de tous les produits matériels et qui les domine, est pour lui la base de toute certitude, et le principe de la pensée, l’essence même de l’être ; mais, dans le monde physique, il 11e voit que des phénomènes soumis à des lois inhérentes à la matière; ou, plutôt, il ne voit que de la matière mise en mouvement, et produisant par des mouvements variés à l’infini toutes les combinaisons réalisables.
Bien loin de nier que l’impulsion première vienne d’une cause intelligente, il dit en propres termes que Dieu est le premier auteur du mouvement; mais, l’impulsion une fois donnée, il n’admet plus l’intervention divine; autrement, dit-il, y auraitil des monstres et tant de déviations dans l’ordre naturel?
Il cherche donc à expliquer la nature sans sortir
RESUME ET CONCLUSIONS-
de la nature, par des causes sensibles et immédiates ; et il faut bien reconnaître que cette direction imprimée à la science est la seule qui puisse favoriser ses progrès.
En physiologie, il s'efforce de prouver que toutes les fonctions vitales tiennent à des conditions physico-chimiques ; et, s’il se trompe souvent dans l’appréciation de ces conditions, il n’en est pas moins certain qu’il nous retient par là dans le champ de la véritable observation.
Nul n’a fixé mieux que lui, dans leurs généralités, les rapports du physique et du moral et leur réciproque influence, si bien que les matérialistes et les spiritualistes ont pu tour à tour s’appuyer de son autorité; et cela, parce qu’il a également évité l’exclusivisme étroit des premiers et les exagérations mystiques des seconds.
11 a mis dans tout son jour cette vérité que la conscience rend témoignage des réalités impalpables tout aussi sûrement que les sens externes rendent témoignage des réalités palpables ; mais jamais il n’a sacrifié les unes aux autres ; jamais il n’a confondu leurs domaines respectifs.
Il nous représente le bon sens français à sa plus haute puissance. Réformateur de la philosophie qu’il a ramenée à sa source, Descartes a rendu le même service à la physiologie en traçant les limites posi
RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
tives dans lesquelles ses recherches, pour être fructueuses, doivent se renfermer; et, sous ce rapport, il est incontestable que l’école moderne tout entière relève de lui et qu’elle lui doit reconnaissance et admiration.