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CHAPITRE XXVI

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Nous voici arrivés au terme de notre examen. Il nous suffira maintenant de rappeler les principaux dogmes de la physiologie de Descartes, pour nous faire une idée exacte de l’influence que ce grand esprit a exercée sur la marche des sciences médicales, et de la part qui lui revient dans les progrès accomplis.

Il envisage, comme point de départ de toute organisation, certaines particules de matière arrondies par la force de la chaleur : in eo convenit forma tio plant arum et animalium quod fiant à partibus materiœvi caloris in orbem convolutœ (t). C’est bien là évidemment une première idée de la cellule élémentaire.

Aux yeux de Descartes, la chaleur est la cause immédiate des phénomènes vitaux, le principe de toutes les fonctions du corps.

(I) Manuscrit inédit publié parM. Foucher de Careil, i re partie, p. 100.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

« Il y a, dit-il, une chaleur continuelle en notre cœur, qui est une espèce de feu que le sang des veines y entretient, et ce feu est le principe corporel de tous les mouvements de nos membres (1). »

« La vie ne consiste pas dans le mouvement des muscles, mais dans la chaleur qui est dans le cœur (2). »

Aussi est-il vrai de dire que le cœur est le premier vivant et le dernier mourant (3).

La matière de notre corps s'écoulant sans cesse ? ainsi que l'eau d'une rivière , il est besoin qu'il en revienne d’autre en sa place (4), aussi le corps est-il constitué de manière à s’approprier les substances qui l’environnent. Cette appropriation se fait à l’aide de la digestion, de l’absorption, de la circulation et de l’assimilation.

Pour les anciens, la digestion était le résultat d’une sorte de coction. Pour Descartes, c’est plutôt une dissolution.

(1) Œuvres compl., t. IV, p. 44;

(2) Ibid., t. IX, p. 347 .

(3) Ibid., t. IX, p. 353.

(4) Ibid., t. X, p. 8.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

« Les ■viandes, dit-il, se digèrent dans l’estomac par la force de certaines liqueurs qui, se glissant entre leurs parties, les séparent, les agitent et les échauffent, ainsi que l’eau commune fait celles delà chaux vive, ou l’eau-forte celles des métaux (1). »

Lorsque ces liqueurs ne trouvent rien à dissoudre dans l’estomac, elles en irritent les tissus et provoquent ce sentiment particulier que nous appelons la faim (2).

Demême que la soif est causée par une diminution de la sérosité du sang qui, ne venant plus comme à l’ordinaire humecter les parties, y produit une sécheresse qui nous sollicite à boire (3).

Le dernier effet de la dissolution des matières alimentaires par les liqueurs contenues dans les voies digestives est la formation du chyle, qui est destiné à passer dans le sang (4).

Mais comment se fait ce passage ? Le voici :

Les matières alimentaires, par suite de la dissolution qu’elles subissent, entrent, en mouvement, et ce mouvement, secondé par la disposition des petits filets, c’est-à-dire des fibres, dont les boyaux sont

(I) Œuvres compl., t. IV, p. 337. — (2) Ibid., t. IX, p. 338.

(3) Ibid., t. IX, p. 339.

(4) Ibid., t. IX, p. 338.

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composés , fait que les matières alimentaires, à mesure quelles se digèrent , descendent peu à peu vers le conduit par où les plus grossières d'entre elles doivent sortir , pendant que les plus subtiles et les plus agitées rencontrent çà et là une infinité de petits trous par où elles s'écoulent dans les rameaux dune grande veine qui les porte vers le foie , et en d'autres qui les portent ailleurs , sans quil y ait rien que la petitesse de ces trous qui les sépare des plus grossières , ainsi que , quand on agite de la farine dans un sac , toute la plus pure s’écoule , et il n'y a rien que la petitesse des trous par où elle passe qui empêche que le son ne la suive (1).

Le chyle est donc, en grande partie, porté vers le foie : il s'y élabore , y prend sa couleur , et y acquiert la forme du sang (2). En cela, Descartes suit la physiologie enseignée de son temps, mais il est aisé de voir, par ses descriptions, qu’il accorde une importance au moins égale pour la sanguification à ce qui se passe dans le cœur et dans les poumons.

Le mélange du chyle avec le sang n’est réellement complet que dans le cœur (3).

C’est dans ce foyer de chaleur seulement que le

(1) Œuvres compl., t. IV, l’Homme, p. 337.

(2) Ibid., t. IV, p. 338. — (3) ld., ibid.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS. r,ÜJ

sang acquiert ses qualités vitales et nutritives, et la température qu’il communique au corps.

«La différence qu’on remarque, dit Descartes, entre le sang qui sort des veines et celui qui sort des artères ne peut procéder que de ce qu’étant raréfié et comme distillé en passant par le cœur, il est plus subtil , et plus vif, et plus chaud incontinent après en être sorti , c’est-à-dire , étant dans les artères , qu’il n’est un peu devant que d’y entrer , cest-à-dire , étant dans les veines (1). » Ainsi vivifié et échauffé, il porte la chaleur et la vie partout où il se répand. « Encore que le cœur fût aussi ardent qu’un fer embrasé, il ne suffirait pas pour réchauffer les pieds et les mains tant qu’il fait, s’il n’y envoyait continuellement du nouveau sang (2). »

YII

Dans celte œuvre de distillation, le poumon où l’air pénètre remplit l’office d’un ventilateur, non pour activer directement le feu, mais pour rafraîchir le sang, et en le rafraîchissant, le condenser, le ramener de l’état de vapeur al état liquide et le rendre propre à alimenter encore le foyer cardiaque (3).

(1 ) Œuvres compl., t. b Disc, de la Méth., p. 181 .

(2) Ibid., p. 182.

(3) Ibid., p. 182. T. IV, V Somma, p. 339 ; t. IV, De la formation du fœlw, p. 446.

504 RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Telle était l’erreur du temps. On ne voyait pas autre chose dans la respiration.

Cependant Descartes , après avoir parlé sur ce point comme ses contemporains, Descartes, mieux inspiré, ne craint pas de se contredire lui-même dans le traité de l Homme , car il y déclare que « l’air de la respiration se mêlant aussi en quelque façon avec le sang, avant qu’il entre dans la concavité gauche du cœur, fait qu'il s'y embrase plus fort, et y produit des esprits plus vifs et plus agités (1). » Il ne s’explique point cela, mais il croit que cela est ainsi, et il me semble qu’il y a déjà quelque mérite à soupçonner le fait de la combustion.

Le sang dilaté par la chaleur « est le premier et le principal ressort de toute notre machine (2). » En se dilatant, en effet, il distend le cœur , et il en pousse les valvules : celles des artères qui ouvrent de dedans en dehors lui livrent passage, tandis que celles aes veines qui ouvrent de dehors en dedans lui résistent ; et, après sa sortie, le cœur revenant sur lui-même donne accès au sang veineux (3).

(1) Œuvres compl., t. IV, l’Homme , p. 389.

(2) Ibid., t. IV, De la formation du fœtus, p. 437.

(3) Œuvres compl., t. I, Disc, de laMéth., V* partie, p. 177 et suiv. ; t.IV, p. 44, p. 338, p. 437.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Ici, Descartes est en désaccord avec Harvey. Il n’admet pas, comme le grand physiologiste anglais, les contractions spontanées du cœur, et il veut que ce soit durant la diastole que le sang artériel s’échappe du ventricule gauche. Son goût pour les explications mécaniques ne lui permet pas d’entendre les choses autrement.

Quant à la circulation et à la nutrition, voici l’idée qu’il en donne :

Le sang, sortant du cœur avec effort , chasse devant soi celui qui l’a précédé, et, par cela même, il imprime aux parois des artères une secousse qui constitue le pouls ( I).

Parvenu rapidement jusqu’au petites branches par lesquelles les artères se terminent, il s’y trouve comprimé, et il est forcé, pour suivre son cours, de laisser échapper à travers les pores de ces petits vaisseaux distendus des particules de matière proportionnées à la grosseur des pores (2) .

Ces particules de matières vont s’appliquer à l’extrémité des fibres dont sont composés les os, les chairs, les peaux, les nerfs, le cerveau et tout le

(1) Œuvres compl., t. IV, l’Iiomme , p. 340 ; de la formation du fœtus, p. 441.

(2) Ibid., t. IV, p. 342 ; t. IV, De la formation du fœtus, p. 458.

RÉSUMÉ RT CONCLUSIONS

reste des membres, selon les diverses façons dont ces fibres se joignent et s’entrelacent (1).

L’arrivée de ces particules de matière en déplace d’autres, et ainsi s’opère de proche en proche le renouvellement des tissus (2).

« Au reste, dit Descartes, il n’y a que fort peu de parties du sang qui se puissent unir à chaque fois aux membres solides... mais la plupart retournent dans les veines par les extrémités des artères qui se trouvent... jointes à celles des veines; et des veines... elles passent dans le cœur, puis de là vont derechef dans les artères, en sorte que le mouvement du sang dans le corps n’est qu’une circulation perpétuelle (3). »

Pour expliquer, selon Descartes, comment les diverses parties du sang sont distribuées dans l’économie, et y prennent la place de quelques autres particules de matière qu’elles en chassent, il n’est pas besoin de dire autre chose, sinon que la cause en est dans la situation, ou la figure, ou la petitesse des pores qu elles rencontrent , en même façon que chacun peut avoir vu divers cribles , qui, étant diversement

(!) Œuvres compl., t. IV, p. 342-458.

(2) Ibid.

(3) Ibid.,\. IV, l’Homme, p. 343.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

percés , servent à séparer divers grains les uns des autres (1).

Il rend compte par le même procédé des sécrétions et des excrétions : tout cela est, à ses yeux, un effet du mécanisme animal (2).

«Car de supposer, dit-il, en chaque partie du corps des facultés qui choisissent qt qui attirent les particules de l’aliment qui lui sont propres, c’est feindre des chimères incompréhensibles , et attribuer plus d’intelligence à ces chimères que notre âme même n’en a, vu qu’elle ne connaît en aucune façon ce qu’il faudrait qu’elles connussent (8). »

Indépendamment de la grandeur et de la figure des pores, leur situation dans le réseau vasculaire est encore une des causes qui déterminent la distribution des éléments du sang. C’est à cette cause que Descartes rapporte plus particulièrement la production ou plutôt le dégagement des esprits animaux.

Les esprits animaux sont, pour lui, la partie la plus subtile et la plus vivante du sang. Ils tendent à se dégager à la faveur de la distillation que le sang

(I) Œuvres compl., t. I, Disc, de la Méth., p. 183; l'Homme , p. 344.

(}) T. IV, l'Homme, p, 344.

(3) T. IV, de la formation du fœtus, p. 464.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

subit dans le cœur; du cœur, le sang échauffé monte en ligne droite au cerveau par les carotides, et, comme il ne saurait s’engager facilement dans les subdivisions de ces artères, il s'y crible (1), « et celles de ses parties qui sont les plus agitées et les plus subtiles y passent seules, pendant que le reste se répand en tous les autres endroits du corps. Or, ces parties du sang très-subtiles composent les esprits animaux ; et n’ont besoin à cet effet de recevoir aucun autre changement dans le cerveau, sinon qu’elles y sont séparées des autres parties du sang moins subtiles; car ce que je nomme ici des esprits , ne sont que des corps , et ils n’ont point d’autre propriété, sinon que ce sont des corps très-petits et qui se meuvent très-vite, ainsi que les parties de la flamme qui sort d’un flambeau ; en sorte qu’ils ne s’arrêtent en aucun lieu ; et qu’à mesure qu’il en entre quelques-uns dans les cavités du cerveau, il en sort aussi quelques autres par les pores qui sont en sa substance, lesquels pores les conduisent dans les nerfs, et de là dans les muscles, au moyen de quoi ils meuvent le corps en toutes les diverses façons qu’il peut être mû (2). »

Le corps n’a donc que des mouvements commu-

(1) Œuvres compl., t. IV, De la formation du fœtus, p. 464-465.

(2) Ibid., t. IV, les Passions, lre part., art. x, p. 45.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

niqués : les uns lui sont communiqués par des forces extérieures, les autres par des forces qui agissent en lui-même.

Au nombre des forces internes qui meuvent le corps, il faut distinguer la pensée, c’est-à-dire, quelque chose qui se traduit en actes et qui pourtant n’a aucun des caractères de la substance étendue (1), quelque chose d’insaisissable et d’impondérable, qui n’a ni couleur , ni saveur ni odeur, et qui néanmoins juge des couleurs, des saveurs et des odeurs; qui s’empare du temps et de l’espace ; qui calcule les distances ; qui vit dans le présent, dans le passé et dans l’avenir.

Tandis que le corps est divisible à l’infini, la pensée est une et indivisible (2). Si elle semble parfois venir du dehors (3), et tirer son origine des sens (4), il y a mille occasions où elle nous aide à rectifier et à compléter l’impression que les sens font sur nous par les idées générales et abstraites qu’elle nous fournit (5).

Elle doit donc être rapportée à un élément supérieur que nous appelons l’âme.

(1) Œuvres compl.* t. I, Disc, de la Méth., IVe part., p. 138 j Méditation II, p. 246, Méditation VI, p. 331.

(2) Œuvres compl., Méditation VI, p. 343*

(3) Œuvres, t. p. 270.

(4) Ibid., p. 271 i

(3) Ibid., p. 268-271.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

L’existence de l’âme n’est pas moins certaine, et elle est plus facile cà démontrer que celle du corps (1).

L’union de l’âme et du corps constitue l’homme.

Celle union est si intime que tout ce qui affecte le corps affecte l’âme et réciproquement (2).

Penser, vouloir, imaginer et sentir sont les attributs essentiels de l’âme.

Toutefois, l’entendement et la volonté paraissent lui être encore plus essentiels que le sentiment et l’imagination qui semblent exiger son union avec le corps (3).

Quoique tout l’esprit semble être uni à tout le corps (4), on peut retrancher de ce dernier un ou plusieurs de ses membres, on peut le mutiler, le défigurer, sans que cela entraîne l’abolition d’une seule des facultés de l’esprit, tandis qu’il n’en est pas de même si le cerveau est lésé ou même troublé. Tout ce qui porte atteinte à l’intégrité de cet organe porte également atteinte à l’intégrité de la pensée; ce qui rend manifeste, dit Descartes, que notre âme exerce ses principales fonctions dans le cerveau, et que

(1) Œuvres conipl., 1. 1, p. 158-163.

(2) Œuvres, (.1, p. 336.

(3) Ibid., t. I, Méditation VI.

(4) Ibid., p. 334.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS. bH

cest là non-seulement quelle entend et quelle imagine, mais aussi gu' elle sent ; et ce par l'entremise des nerfs , qui sont étendus comme des filets très-déliés , depuis le cerveau jusqu'à toutes les parties des autres membres (1).

L’indivisibilité de la pensée, l’unité du moi, font croire à Descartes que les sensations aboutissent toutes dans le cerveau à un organe central , la glande pinéale, d’où l’âme rayonne sur l’économie tout entière (2).

Elle agit sur le corps au moyen des esprits dont les nerfs sont les conducteurs. Ces esprits constituent une sorte de fluide mis en mouvement par les impressions extérieures et par les réactions volontaires : en s’introduisant dans les tuyaux de la machine, ils en font mouvoir les ressorts : l’âme est le fontainier de cette machine (3).

Quant aux nerfs, ils sont les agents intermédiaires et indispensables de la sensibilité et de la motricité, car un nerf coupé laisse insensible et inerte la partie où ses rameaux vont se rendre ; et, néanmoins, on ne peut pas dire que ce soient les nerfs qui sentent, pas plus que ce n’est le cerveau, puisque les nerfs et le cerveau sont inutilement affectés d’une impression, si

(1) Les Principes de la philosophie , t. III des Œuvres, p. 500.

(2) Œuvres compl., t. IV, p 04.

(3) /6id., I. IX, p. 348.

512 RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

notre âme est ravie en extase, ou même si elle est fortement préoccupée de quelque pensée.

C'est donc l'âme qui sent, dit Descartes, et non pas le corps (1).

Des organes spéciaux mettent l’âme en rapport avec le monde extérieur et lui permettent d’apprécier les diverses qualités des corps. Ce sont :

L’organe du toucher, à la superficie du corps;

Celui du goût, dans la cavité buccale;

Celui de l’odorat, dans les fosses nasales;

Celui de l’ouïe, dans l’oreille ;

Celui de la vue, dans les yeux et leurs annexes.

Les sensations dont ces organes sont le point de départ et le moyen, se réduisent à différents modes de mouvement que les corps, suivant leurs qualités, impriment aux nerfs.

Cela est manifeste pour le toucher ; et les autres sens, selon Descartes, peuvent être considérés comme des variétés clu toucher.

Pas de difficulté à cet égard pour le goût, pour l’odorat, et même pour l’ouïe qui est modifiée en tant de façons parles vibrations de l’air ; et, si on y prend garde, on reconnaîtra qu’il en est ainsi pour la vue, ce qui nous est déjà indiqué par ce fait que les clair-

(I) Œuvres compl., I. V; la Dioplrique $ p. 34»

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

voyants qui se trouvent dans l’obscurité, aussi bien que les aveugles, en pleine lumière, suppléent à la vue par le toucher.

La lumière qui rend présents à nos yeux, dans leur forme et leur coloration, les objets éloignés, n’est rien autre chose, selon Descartes, que le mouvement particulier d’une certaine matière subtile sur laquelle les corps dits lumineux agissent.

Ce mouvement est modifié dans sa direction selon la nature des milieux à travers lesquels il s’accomplit.

Il peut subir une déviation, être répercuté ou seulement amorti. Les corps qui n’interrompent point son cours sont dits transparents ; ceux qui le font dévier, réfringents ; ceux qui l’arrêtent, sont appelés opaques.

L’œil est un instrument dont les parties transparentes, de densité diverse, tendent à concentrer et à diriger les ondes lumineuses sur une membrane interne, la rétine, qui est formée par l’épanouissement du nerf optique.

Les corps qui réfléchissent la lumière lui impriment un mouvement correspondant à leur forme et à leur couleur ; de là, l’image.

L’image vient se peindre au fond de l’œil comme dans une chambre obscure, et le spectateur, c’est encore l’âme.

Le nerf optique qui transmet l’impression et le

514 RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

cerveau où s’accomplit la sensation ne sont que des intermédiaires. Cela est si vrai que, si nous sommes distraits ou préoccupés, l’image se présente inutilement à notre œil : nous ne l’apercevons pas.

La preuve aussi que la sensation s’accomplit à l’aide du nerf optique et du cerveau, c’est qu’un état maladif de l’un ou de l’autre peut nous priver de la vue, sans que l’œil en lui-même soit altéré.

De même, en vertu de l’harmonie préétablie entre les modifications de l’organisme et les perceptions de lame, nous pouvons voir des objets qui ne sont nullement exposés à nos regards, si le nerf optique et le cerveau, par suite de stimulations internes, éprouvent des impressions analogues à celles que leur causeraient ces mêmes objets, s’ils étaient présents à nos yeux : c’est ce qui produit l’hallucination dans 1 état de veille, et les illusions de nos songes durant le sommeil.

Tous les sens peuvent être affectés de la même manière et intervertir ainsi les rapports réguliers de 1 âme avec le monde extérieur : les divers genres de folie ne reconnaissent pas d’autre cause (I).

(1) Pour tout le paragraphe XIV, voir les Principes, t. III des Œuvres, p. 504 et suiv.— Les Passions del’dme, t. IV des Œuvres, art. xxi et xxvi de la première partie. — L'Homme , t. IV des OEuvres, p. 358 et suiv. —La Dioptr., IVe dise., t. V des Œuvres, p. 34 et suiv.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Cet ensemble <1 actions et de réactions qui constitue 1 état de veille est dû, suivant Descartes, au mouvement des esprits fournis par le sang.

L’afflux des esprits au cerveau excite cet organe, et, cette excitation se communiquant aux nerfs, ceuxci tiennent en activité les organes sensoriaux qui, à leur tour, par les impressions qu’ils envoient incessamment au cerveaû maintiennent l’état de veille (1).

Mais, après une déperdition de substance dont la mesure est proportionnée à la constitution de chacun, le sang ne fournissant plus assez d esprits stimulants au cerveau, cet organe et les nerfs qui en dépendent s engourdissent; 1 engourdissement gagne lesorganes des sens qui cessent de transmettre les impressions * et nos relations avec le monde extérieur sont momentanément interrompues : tel est Y état de sommeil (2).

Les rêves tiennent à des excitations partielles du cerveau que la volonté ne peut ni maîtriser ni coordonner, parce que l’organe, dans son ensemble, n’est plus en état de lui obéir. Descartes a très-bien senti que la folie devait trouver son explication dans des phénomènes analogues, mais plus généraux (3),

(!) Œuvres compl., t. IV. L’Homme, p. 394 et cuiv

(2) Ibid., t. IV, p. 422.

(3) Ibid., t. IV, p. 36, 59, 60, 422.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Durant l’inlerruplion de la vie de relation qui constitue le sommeil, les fonctions nutritives et assimilatrices, loin d’être ralenties, n’en sont que plus actives. La substance du cerveau qui est en repos , dit Descartes, étant humectée par le sang , a le loisir de se

nourrir et de se refaire en sorte qu après quelque

temps , elle répond avec plus de facilité à la stimulation des esprits animaux qui, du reste, se sont multipliés par le passage réitéré du sang à travers le cœur et les poumons. D'où il suit , dit Descartes, que cette machine se doit naturellement réveiller de soi-même après quelle a dormi assez longtemps , comme réciproquement elle doit aussi se rendormir après avoir assez longtemps veillé (1).

Ces explications, ajoute Descartes, sont suffisantes pour nous faire comprendre comment le bruit et la douleur , et les autres actions qui meuvent avec beaucoup de force les parties intérieures du cerveau s opposent au sommeil , et comment, au contraire, le silence et le bien-être le favorisent ; comment l’excès de la veille épuise le cerveau et comment aussi l'excès du sommeil le peut appesantir au point de le rendre semblable à celui cl'un homme stupide (2).

(1) Œuvres, I. IV, L’Homme , p. 424.

(2) Ibid., p. 424-425.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

De ce que l’âme éprouve des sensations, il en résulte que, par cet endroit du moins, elle est passive (1).

Son activité, sa liberté, se manifestent par l'entendement et par la volonté : elle fait mouvoir les membres quand il lui plaît, elle commande au cerveau lui-même, ainsi que nous pouvons en juger par le phénomène de l’attention ou lorsqu’il s’agit de rappeler des souvenirs qui nous échappent; mais, d’un autre côté, sa dépendance à l’égard du corps est attestée par les passions.

Tout objet nouveau et inconnu cause à l’âme une émotion (2).

Selon les rapports de convenance ou l’opposition qui se trouve entre cet objet et nous, l’émotion qu’il nous cause est agréable ou pénible, attrayante ou répulsive (3).

De là, suivant Descartes, six passions primitives qui sont :

L’étonnement ou l’admiration,

L’amour,

La haine,

(1) Les Passions de l’âme, Ire pari., f. IV des Œuvres.

(2) Ibid., IIe part., arl. lui, lxx etsuiv.

('<) Ibid.. IIe pari., arl. ui.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

Le désir,

Lajoie,

La tristesse (1).

Ce n est pas ici le lieu de discuter cette nomenclature. Nous 1 avons fait ailleurs. Nous nous bornons, en ce moment, à rappeler les idées du maître.

Le siège des passions , dit-il, n est pas dans le cœur , comme on le croit communément (2) : il est dans le cerveau, où s accomplit la perception, où se manifestent la volonté et toutes les facultés de lame (3) ; mais comme le cœur reçoit, par l’entremise des nerfs, le contre-coup de toutes les émotions de l’âme, il contribue puissamment à son tour à les entretenir et à les fortifier par la quantité de sang et d’esprits qu’il envoie au cerveau avec plus ou moins de force (4).

Les passions se traduisent d’ordinaire en signes apparents. « Les principaux de ces signes, dit Descartes, sont les actions des yeux et du visage, les changements de couleur, les tremblements, la langueur, la pâmoison, les ris, les larmes, les gémissements et les soupirs (5). »

L’effet des passions est de rendre vives et persis-

(1 ) Les Passions, IIe pari. ari. lmx.

(2) Ibid., Ire part., art. xxxm.

(3) Ibid., Irc part., art. xxxi.

(4) Ibid., Irp part., art. x\xiu, ari. xlvi.

(o) Ibid., IIe part., art. cxn.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

tantes les pensées quelles font naître (!), et de disposer l’âme à vouloir les choses auxquelles elles préparent le corps (2).

Leur objet., selon l' institution de la nature , est toujours de nous attirer vers quelque bien ou de nous éloigner de quelque mal (3).

Elles sont donc toutes bonnes dans leur principe et dans leur but (4).

Il s’agit, pour être dans l’ordre, non de les étouffer, mais de les contenir et de les diriger conformément à la raison (5).

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