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Ibidem

DESCARTES ET LA MUSIQUE nt

superius et ne le pouvant atteindre, quasi se despitant contre soymesme, se précipite, et s'enfonce jusques au centre de la terre, faisant du tintamarre de sa voix trembler les vitres et les murailles 1? » Voilà qui ne semble pas très savant ; cependant, ce couplet, d'une grâce trop facile et d’une tournure un peu enfantine, contient presque tout ce que Descartes a dit de bon sur le même sujet, et Binet l’a exprimé avec plus de vie, et n’y à point mêlé d’ambitieuses erreurs.

Après qu’il a décrit les quatre parties de la composition, Zarlino fait des remarques sur l’ordre que les compositeurs donnent aux parties et sur les procédés que l’on emploie si l’on veut écrire à trois parties seulement, ou bien à plus de quatre parties?. Descartes a jugé superflu de s'étendre sur ces questions, car il n’a point tant le dessein d’enseigner à composer toute musique, que le dessein de montrer comment, en général, la musique est composée. Pour cela, il lui suffit de s’en tenir à l’étude de la musique à quatre voix, et ses observations se rapportent principalement à une musique fort simple, où les voix s’unissent paisiblement, sans trop d’envolées individuelles, ni de colloques artificieux. Cependant, cette musique admet un élément de variété dont Descartes semble réserver le bénéfice à la composition à quatre voix, puisqu il attend, pour en parler avec détails, d'avoir présenté les quatre parties. Il écrit: His explicatis, nonomittendum in his cantilenis frequenter dissonantias loco consonantiarum adhiberi. Avec les théoriciens de son temps, il présente deux moyens de « pratiquer » les dissonances, nempe diminutione vel syncopä.

Il définit ainsi la diminution : Dimaunulio est cum contra unam notam unius partis duæ, vel quatuor, vel plures, in aliä parte ponuntur. Si la première note de la partie formée de valeurs moindres, s'accorde aveclanote de l’autre partie,la deuxième note pourra être dissonante, à la condition d’être voisine par degré de la première, et la troisième note devra être en relation de consonnance avec l’autre voix : la deuxième note sera ainsi considérée comme

note de passage, posita per accidens atque ut via qua a primä

notà ad tèrtiam deveniamus. La deuxième note procède-t-elle par saut, « c’est-à-dire à intervalle consonnant de la première », alors elle doit s’accorder avec la note de valeur supérieure de

1. Essay des merveilles de nature, ch. uv de l’éd. de 1632 (1"° éd. 1621). 2. Istitutioni, II, chap. Lxv.

l'autre partie, mais la troisième note pourra dissoner, si elle succède à la deuxième en montant ou en descendant d'un degré seulement. Zarlino ne donne pas dans les Zs{ifutioni harmoniche la seconde partie de la règle que Descartes formule : il n'autorise la dissonance que sur la deuxième et sur la quatrième de quatre semiminimes opposées, dans le contrepoint, à la semibrève du sujet !. Peut-être Descartes établit-il ce précepte relatif aux ‘diminutions par saut consonnant suivi d’une dissonance, en mélangeant, au souvenir d’une prescriplion de Zarlino, le souvenir d'une remarque faite par quelque musicien. Nous savons que le maître italien interdit les notes dissonantes dans la diminution si elles sont produites par movimenti di salto percioche per tal separatione la dissonanza si fà tanto manifestä, ch’a pena si puo tolerare ?. II est donc nécessaire chè quelle figure, che contengono tal movimenti siano consonanti con la parte del soggetto*. C'est ce que Descartes dit d'abord dans la seconde partie de la règle, mais il ajoute que la note qui suit le mouvement consonnant peut-être dissonante. Dans l'exemple qu'il donne, au ré du bassus qui a valetr d’une blanche (minima), correspondent, au superius, quatre croches (fusæ), dont les deux premières {fa ré), se succédant per salto, s'accordent avec le ré tandis que la troisième (mi) forme une dissonance. La quatrième (fa) est de nouveau consonnante : dans cette dernière partie de la mesure, Descartes use « de cette ancienne liberté acquise aux musiciens » qui, dit Titelouze, peuvent choisir, entre deux minimes ou semiminimes, laquelle il leur plaît pour « dominante », autrement dit pour note réelle dans l’harmonie *.

Dans l'explication générale qu'il propose, il ne tient pas compte | de ce que Zarlino appelle la leggiadria des notes diminuées. L'auteur anonyme du Traicté de Musique publié par les Ballard en 1602 ne manque pas de signaler l'importance de cette fluidité des notes rapides, « lesquelles, à cause de leur mouvementléger, ne peuvent estre si tost comprises par le sens de l'ouye, par degrés conjoints” ». Descartes ne se préoccupe pas ici de la nature rythmique des « diminutions », mais de la fonction mélodique

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