‹ Descartes Et La MusiqueChapitre 64 sur 101 · Anthologie de Charles Bordes, I°' livre des Motets · texte numérisé non relu

Anthologie de Charles Bordes, I°' livre des Motets

3. Harmonia sacra seu Vesperæ, etc., authore R. P. Carolo d’Ambleville (avis au lecteur).

comme fait le noir et les autres couleurs obscures lorsqu'elles sont opposées au blanc !. » Un peu plus loin, il dit encore : « Quand le dessus se joint aux autres parties, il leur apporte une grande lumière dont les rayons pénètrent jusque dans le cœur des auditeurs ; en effet, lorsqu'il chante tout seul, il paroïst comme un esclat de lumière qui obscurcit les autres voix précédentes, et qui pénètre Jusques au plus profond de la pensée, de sorte que, si l’on entend les autres voix après le dessus, et qu'il se taise un peu de temps, il semble que l’on quitte la lumière du soleil pour rentrer dans les ténèbres ?. »

Comme les compositions du Père d’Ambleville, ce passage de Mersenne parut seulement en 1636, longtemps après que Descartes avait écrit le Compendium. Mais, les autres citations que j'ai données le prouvent assez, les expériences sur lesquelles ils se fondent l’un et l’autre étaient faites depuis longtemps: ils constatent seulement que l'avènement du soprano est définitif. Descartes n’a rien pressenti de cette révolution. Dès sa jeunesse, il semble s'être confiné en lui-même, sans doute moins tenté de lire dans le grand livre du monde, comme il l’a dit, que d'exercer sa raison sur des notions dont il se croyait maitre. Aussi, bien souvent, raisonne-t-il à vide, et l'on se prend à regretter, en face des songes vains d’un aussi noble esprit, les futiles amplifications de maîtres d’humanités qui, sans autre recherche que des mots, ont; malgré leur bavardage, parlé plus justement que lui, parce qu’ils n’ont pas dédaigné « tout le sensible », Sä dialectique n’est qu'un jeu, comme leur rhétorique, mais un jeu dangereux, où il se laisse prendre. Dans son Essay des merveilles de nature, Estienne Binet est, à vrai dire, beaucoup plus exact que Descartes quand, sans arguments, mais non sans un certain charme, il décrit les caractères de la basse et du soprano. Et l’on pardonne à ce régent de collège d’être manièré, parce que l’on distingue, sous sa prose fleurie, la trace d’impressions vraies. Par lui, nous devinons plus aisément ce qui devait séduire un homme cultivé, dans l’art de 1620, quand nous lisons : « Quelle fascherie se peut trouver, qui ne se laisse enlever, lorsqu'un gentil superius s'envole jusques au ciel, et s’emporte soymesme, dardant les mignardises de sa voix à perte d’haleine et d’ouie ? Ou lorsqu'un bassus après avoir longtemps poursuivi le

Page 1