‹ Descartes Et La MusiqueChapitre 8 sur 101 · Correspondance, vol. I, p. 255 (juin · texte numérisé non relu

Correspondance, vol. I, p. 255 (juin

6. Correspondance, vol. IV, p. 688 (lettre sans doute adressée à Boswell en 1646).

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cule ! ». Descartes prêtait cette opinion fausse à Isaac Beeckman. Dans une lettre à Mersenne, Beeckman s'exprime ainsi: Causa vocis auditæ est idem ille numero aer qui erat in ore loquentis, non ut vulgo putatur vicissitudo sphaeralis motus in aere, quem cireulis ex projecto in aquam lapide factis assimulant ?. Une idée analogue est émise par le même Beeckman dans son ouvrage posthume intitulé Mafhematico-Physicarum Meditationum Quæstionum, Solutionum Centuria. Rapportant le sujet des entretiens qu'il avait eus avec Gassendi, lorsque celui-ci avait passé quelque temps à Dordrecht en 1629, il écrit : Dixi etiam aerem, qui auditum movet, esse eundem numero, qui erat in ore loquentis *. On le voit, Beeckman ne spécifie point que la même « partie d'air, » sortie de la bouche de celui qui-parle, parvient à l'oreille de chacun, mais il prétend que la « quantité d'air » qui va jusqu'à l'auditeur est égale à la quantité qui se trouvait dans la bouche ‘de celui qui parle. Descartes n'a donc pas fait de tort à Beeckman en altérant sa proposition, qui, sous sa forme exacte, est absurde aussi.

Dans les corps solides, le son se propage plus facilement que dans l’ar. Le 1er avril 1632, Mersenne adressait à Jean Rey, . « au Bugue en Périgord », une lettre où 1l lui demandait « comment il se peut faire que le moindre petit coup que l’on frappe contre le bout d’une poutre, soit dans un air libre, soit estant enfermé dans une muison, et frappant à l’un des bouts de dehors, soit entendu clairement, quelque longueur qu'ait la

1. Cette comparaison ne se trouve ni dans les œuvres d’Aristote, ni dans les œuvres qui lui sont attribuées. Mais, dans le 52° problème de la section XI, il est dit que, si plusieurs vocifèrent en même temps, le son de leurs voix ne s'étend pas au loin en proportion de leur nombre, pas plus que, si plusieurs en même temps lancent des pierres, cet effort simultané n’accroitra la portée du jet. Or Septali, en commentant ce passage, prétend l’éclaircir en rappelant que le son ne se propage point en.ligne droite, sed per circulos quosdam et g'yrationes, quales sunt in aqu& ex projectis lapillis (Ludovici Septalii commentaria in Aristotelis problemata, 1632, t. II, p. 220). Descartes se souvient de ce commentaire ou d’un commentaire analogue, et prête à Aristote luimême la comparaison faite par le glossateur. Vitruve (De architecturdà, 1. V, ch.3) et Boèce (De institutione musicä liv. I, 14) donnent cette comparäison, classique au temps de Descartes (Salomon de Caus, Znstitution harmonique, 1615, f°. 13 recto).

2. Bibliothèque nationale. Ms. fr. nouv. acq. 6206,p. 56 (18 oct. 1629).

3. D. Isaaci Beeckmanni.. Mathematico-Physicarum Meditationum, Quæstionum, Solutionum Centuria, Utrecht, (1644) p. 77. L'ouvrage a été publié par Abraham Beeckmar, frère de Pauteur.

poutre ». Ils'inquiétait de savoir si Jean Rey estimait « qu'il arrivast la mesme chose, encore qu’elle fust longue de Paris Jusques à vous. Ce qui semble difficile, à raison que je crois que le son . n’est autre chose que le mouvement de l'air : car comment l'air de dedans la poutre se peut-il mouvoir par un si petit coup ! ? » Le père minime avait sans doute posé à Descartes une question analogue. Ce dernier lui répond en effet : « Vous me demandez pourquoi le son est porté plus aisément le long d'une poutre qu'on frappe, qu'il n’est dans l'air seul. Ce que je réponds arriver à cause de la continuité de la poutre, qui ést plus grande que celle des parties de l'air : car si vous faites mouvoir le bout de la poutre À, il est évident que vous faites mouvoir au mesme

A B instant l’autre bout B ; mais si vous pousser l'air en l'endroit C, il faut qu’il s’avance au moins jusques à D, avant C Le E que de faire mouvoir E, à cause

que ses parties obéissent ainsi que celles d’une éponge. Or,

ÿ emploie du temps en passant depuis C, jusques à D, et perd cependant une partie de sa force; d'où vient que le son, qui

n'est autre chose que le mouvement de l'air, sera entendu plus viste et plus fort au point B qu’au point E. D'où il est facile de

résoudre aussi vostre quatriesme question, où vous demandez pourquoy le son s'entend beaucoup plus viste que l’air ne se peut mouvoir. Car vous voyez que poussant la partie de l'air qui estoit au point C, elle n'a pas dû passer jusques à E, pour y faire entendre le son, mais seulement jusques à D, et ainsi que,

pendant le temps que l'air a pu se mouvoir depuis C jusques à D,

le son à passé depuis C jusques à E, qui sera, si vous voulez,

mille fois plus éloigné ?. »

Dans la dernière partie de cette réponse, Descartes parle de la vitesse du son dans l'air, Mais il n'en connaît point les lois, Ainsi, 1l écrit d'Amsterdam à Mersenne, en janvier 4630 : « Ce que vous dites que le son aigu s'étend plus viste que le grave, est vray en tout sens ; car 1l est plus viste porté par l'air, à cause que son mouvement est plus prompt ; et il est plus viste discerné par l'oreille, pour ce que ses retours se font aussi plus viste », Pour lui, la nature du son influe sur sa transmission, tandis

1. Essays de Jean Rey, éd. Gobet (1777), p. 152. 2. Correspondance, vol. I, p. 246.

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