CHAPITRE III
l'idée de dieu
Par sa théorie de la certitude, Descartes suspend à Dieu la science et la réalité. Quel est donc cet être, sans lequel nous ne concevrions, hormis nous-même, que des possibilités d'existence? Nous le savons déjà, c'est l'être infini, éternel, indépendant, immuable, tout connaissant, tout puissant, auteur des choses^ des existences et des essences, principe de toute vérité, de toute réalité, de tout bien *, en un mot, le « vrai Dieu » de
\. Quand Descartes, dans la 3« Méditation, rencontre l'idée de Dieu pour la première fois, il l'appelle « souverain, infini, immuable, tout connaissant, tout puissant, et créateur universel de toutes les choses qui sont hors de lui. » (I, 272) Un peu plus loin, il le déOnit : « une substance (c'est-à-dire « une chose qui de soi est capable d'exister » : 1, 279) inlinie, éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute puissante, et par laquelle moi-même et toutes les autres choses qui sont, s'il est vrai qu'il y en ait qui existent, ont été créées et produites. » (1, 280) Quelques pages plus loin, il précise certains traits de cette définition : « Je conçois Dieu actuellement infini en un si haut degré qu'il ne se peut rien ajouter à la souveraine perfection qu'il possède. » (I, 284) a L"unité, la simplicité ou l'inséparabilité de toutes
la théolo2^ie chrétienne ', celui que Descartes avait appris à révérer dans son enfance ^ et auquel il n'a pas cessé de croire ^ Cette définition, Descartes l'accepte d'emblée, sans la contrôler, et l'introduit, sans la justifier, au cœur même de sa doctrine. L'existence de l'absolu et la possibilité pour nous de le connaître, au moins partiellement, ne font pas question pour lui. La procédure de sa doctrine rend surperllus les problèmes critiques ou plutôt elle les tranche. Toute idée claire et distincte est vraie. Or, avant le doute, j'avais, en mon esprit, l'idée d'un Dieu parfait; le doute, borné aux jugements, ne l'a pas atteinte; il a même prouvé que, sans elle, le sentiment de mon imperfection serait impossible, car me sentir imparfait, c'est m'être comparé à la perfection même. Claire et distincte, la plus claire même et la plus distincte de toutes les notions \ cette idée emporte avec elle non pas seulement la possibilité, mais la nécessité de l'existence \ Du même coup, l'essence de Dieu est fixée et son existence établie, et, par une
les choses qui sont en Dieu est une des principales perfections que je conçois être en lui. » (I, 288) Dans la ^^ Méditation, l'opposant au moi cloutant et incomplet, il l'appelle l'être « complet et indépendant. » (1, 295; Cf. Princip., liv. I, art. 22, III, 77) Dieu est l'être « éternel, tout connaissant, tout-puissant, source de toute bonté et vérité, créateur de toutes choses... il a en soi tout ce en quoi nous pouvons reconnaître quelque perfection infinie, ou bien qui n'est bornée d'aucune imperfection. »