Le Cartésianisme^ 3« part., ch
tence et l'essence; nous ne pouvons croire que Dieu nous trompe; sa bonté s'y oppose; nous ne pouvons croire que ce monde, librement voulu et créé par lui, est exposé à changer de face et de lois d'un instant à l'autre, car il l'a voulu de toute éternité. Les vérités nécessaires dont nous avons conscience sont donc la révélation naturelle et permanente de sa volonté éternelle. Quelle autre base faut -il à la certitude? Et quelle garantie nous offrirait de plus une éternelle nécessité, dictant à la volonté divine les règles de son œuvre?
Ce qui est vrai, c'est que si Descartes ne se ruine pas lui-même dans son fondement, par sa thèse de la liberté divine, il s'interdit de tirer analytiquement de l'idée de Dieu les principes et les lois générales des choses. La déduction est en effet le développement de notions liées entre elles par la nécessité. Or, pour Descartes, le premier principe des choses est une liberté absolue; il est ce qu'il veut. Le monde, au contraire, est, parce qu'il le veut, et il est ce qu'il veut. Gomment alors faire dériver logiquement les choses créées de la liberté absolue? L'existence du monde est un fait contingent, et l'observation seule peut nous le faire connaître '. La science devrait donc être, semble-t-il, purement expérimentale. A vrai dire. Dieu est immuable, et ce qu'il a créé reste ce qu'il l'a fait; la quantité d'être persiste donc toujours la même, sans accroissement et sans diminution. Mais que conclure