‹ DescartesChapitre 55 sur 172 · Princip., liv. IV, art. 203; III · texte numérisé non relu

Princip., liv. IV, art. 203; III

géométrie et de la mécanique. La méthode appliquée aux choses de la nature a donc produit d'elle-même, et sans intermédiaire, les principes de la physique. D'ailleurs, on se demanderait comment Descartes eût pu les déduire de l'idée de Dieu. Pour lui, Dieu est l'être parfait, et sa caractéristique essentielle, si l'on peut dire, est la liberté absolue. Par quelle voie pourrait-on en conclure que le fond des choses matérielles est l'étendue, et que tous les phénomènes de la nature se résolvent en mouvement? Serait-il donc incompatible avec la perfection divine que l'essence des corps fût autre chose que l'étendue, la force, par exemple? La conception d'une matière indéterminée par elle-même, et revêtant, grâce à un mystérieux attrait, des formes de plus en plus déterminées, comme le voulait Aristote, ne se concilierait-elle pas aussi avec l'idée d'un Dieu parfait? De cette notion d'une perfection suprême et absolument libre^ Descartes n'eût pu rien tirer touchant le monde, pas même l'existence du monde, car cette existence ne saurait être un corollaire de la liberté divine.

Mais s'il n'est pas douteux que les propositions initiales et maîtresses de la physique cartésienne, à savoir : tout est étendue, tout est mouvement dans le monde des corps, viennent en génération directe de la méthode et non de l'idée de Dieu, n'en est-il pas autrement des lois du mouvement, sans lesquelles les autres principes eussent été inféconds? Ces lois. Descartes les présente, dans le Monde et dans les Principes, comme conséquences immédiates de l'immutabilité divine. L'idée de Dieu serait donc, sinon la première, du moins la seconde

prémisse de sa construction mathématique du monde; la méthode aurait fourni la réduction de toutes choses à l'étendue et au mouvement, et l'idée de Dieu les formules des lois du mouvement. Les origines de la physique seraient l'une scientifique, l'autre métaphysique. En est-il vraiment ainsi?

Que Descartes ait rattaché sa physique à sa métaphysique et suspendu l'univers à Dieu, c'est chose manifeste. Mais était-ce impuissance de sa méthode à lui fournir tous les principes de la déduction mathématique du monde? Etait-ce au contraire satisfaction donnée à des besoins d'esprit étrangers aux problèmes et aux solutions de la science? En d'autres termes, ne pouvait-il se passer de l'idée de Dieu pour constituer sa physique, ou bien a-t-il rattaché à l'idée de Dieu une physique déjà constituée? Il est difficile de répondre à cette question sans prêter à Descartes des intentions trop accusées et un discernement de deux ordres de problèmes qu'il n'eut pas sans doute. Pourtant, si l'on montre, sans faire violence aux textes, que plusieurs des raisons apportées par lui à la preuve des lois générales du mouvement sont un recours direct aux titres de la méthode, n'aura-t-on pas fait voir que l'immutabilité divine n'est de ces mêmes lois qu une preuve surabondante? Orque dit Descartes dans un passage des Principes plus haut cité ? Il n'accepte pas seulement comme notions claires et distinctes, vraies par conséquent, les notions des figures, des grandeurs et des mouvements, mais aussi « les règles suivant lesquelles « ces trois choses peuvent être diversifiées Tune par

« l'autre, lesquelles règles sont les principes de la géo- « métrie et de la mécanique \ » C'est donc parce qu'elles sont claires et distinctes, et non parce qu'elles sont d'accord avec l'immutabilité divine, que ces lois s'imposent à l'esprit. Descartes se démentira-t-il pour chacune de ces lois prise en particulier? En aucune manière : « Chaque « chose demeure en l'état qu'elle est pendant que rien « ne la change. » Pourquoi? Est-ce parce que Dieu n'est pas sujet à changer et qu'il agit toujours de même sorte? Oui, sans doute ; mais c'est aussi pour une autre raison, qui, dans l'ensemble du système cartésien,, l'emporte sur toute autre : c'est que, « lorsqu'une chose « a commencé une fois de se mouvoir, no lis n'avom ^ aucune raison de penser qu'elle doive jamais cesser « de se mouvoir de même sorte, pendant qu'elle ne renc( contre rien qui retarde ou qui arrête son mouve- « ment ^ » Le principe invoqué dans ces lignes à l'appui de la loi n'est plus rimmutabilité divine, mais une de ces notions connnunes qui trouvent d'elles-mêmes créance en notre esprit, sans autres titres que leur clarté et leur distinction. En second lieu, tout corps qui se meut tend à continuer son mouvement en ligne droite. Là encore, l'immutabilité divine est appelée en témoignage. Mais, il se pourrait que le miouvement primitif et essentiel de Ja matière fût circulaire, comme l'avaient pensé les anciens, et l'immutabilité divine s'en accommoderait aussi bien que d'un mouvement rectiligne. Aussi Descartes fait-il intervenir d'autres raisons. Dieu conserve le mouvement

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