Le monde, IV
« chaque chose, telle qu'elle est, continue toujours « d'être comme elle est en soi simplement, et non pas « comme elle est au regard des autres, jusqu'à ce qu'elle « soit contrainte de changer d'état par la rencontre de <( quelque autre, il faut nécessairement qu'un corps qui « se meut et qui en rencontre un autre en son chemin, « si dur et si ferme qu'il ne saurait le pousser en aucune « façon, perde entièrement la détermination qu'il avait « à se mouvoir vers ce côté-là, d'autant que la cause qui « la lui fait perdre est manifeste, à savoir la résistance « du corps qui l'empêche de passer outre; mais il ne « faut point qu'il perde rien pour cela de son mouve- « ment, d'autant qu'il ne lui est point ôté par ce corps « ni par aucune autre cause, et que le mouvement n'est « point contraire au mouvementé »
Quelle preuve faudrait-il de plus? La méthode prescrit de pousser la décomposition des données complexes de l'expérience jusqu'à des éléments irréductibles dont la vérité se voit. L'analyse découvre au fond de toutes les notions sensibles l'étendue et le mouvement, notions simples et claires, principes par conséquent ; des façons d'être et des règles des mouvements, les unes sont composées, et les autres simples; celles-ci sont des principes. De là résulte la forme à pi^iori et déductive de la physique cartésienne. La méthode en est la source originelle, et si Descartes n'avait pas, en même temps qu'il cherchait l'explication des phénomènes, spéculé sur le principe du monde, sa physique n'eût pas moins été