‹ Descartes [microform]Chapitre 35 sur 94 · rf., p. 25 et · texte numérisé non relu

rf., p. 25 et

El

La source de toutes les tyrannies est dans la confusion du pouvoir politique avec l'autorité religieuse ou philosophique. Il n'y aura plus de respect du for intérieur plus de liberté individuelle, lorsque tout homme sera considéré, à un titre quelconque, comme un fonctionnaire de la société. Sous ce régime-là, le pragmatisme change de nom : il s'appelle arrivisme; et la conscience est remplacée par le Bullen7i des

Lois. . .

Naturellement ce n'est pas là l'enseignement que

donne la Philosophie sociale. Aucun philosophe n'est coupable de pensées ambitieuses et intéressées : mais il est impossible que la jeunesse ne tire pas des traductions très libres de cet enseignement.

Les définitions de Kant, dans le « Fondement de la métaphysique des mœurs », sont bien loin du pragma-

tisme . ,

« Rien en ce monde, dit-il, n'est bon sans réser^e,

hors la bonne volonté... La volonté d'un homme est bonne non point parce que les conséquences qui en résultent sont bonnes, non point parce qu'elle est capable d'atteindre son but : elle est bonne en elle-même e parce qu'elle veut le bien... sa valeur intrinsèque n est en aucune façon augmentée par le succès, ou réduite

par l'échec i. » ,

Et Descartes écrivait à Elisabeth : « J'estime beaucoup plus la diligence de ceux qui se portent toujours avec

1. Se!ec(io«s, publiées par le professeur Watson, p. 225-226.

DE LA SOCIÉTÉ

.rf,„ . M,e U. choses ,«•„, .»ieal e. ,».l,ue , n Mre de leur devoir, encore qu ils n en espereni rblcoup de fruit. >. Sa morale ne comptait pas sur les sanctions venues de la société.

Après la Vérité sociale, après la Morale sociale,

considérons la Liberté.

L'homme, isolément considéré, est kbre et il est iuste Ubre en tant que capable de décider et d'accomi des act s, d'are, à proprement parler, une cau.e plière; juste, en ce sens qu'il possède la notion du bien abs;iu, si non le courage de le mettre en pra-

'fsociété, nous le disions au début de ce chapitre a-est qu'un nom générique donné à une collée U a a-indi'dus; en faire une entité, - P-^^^' ^^ revenir au UéaUsme scolastique, aux ^^^^ /l- J""^ laume de Champeaux défendait contre Abela d. S ,a société avait une àme et une --«' ^^J^^. convenir que cette àme serait beaucoup moins c a voyante et moins active, et cette conscience beaucoup moins délicate que celle de l'individu.

inibus de ces idées, nous ouvrons avec co^fianc^j^ fameux livre de Jean-iacques Rousseau. Le Utre Ctrat Social, nous attire; et les premiers arguments nous

'"■Il

i 'Il

■•^itï»^

. Hj

ifl

. o„i après les années de la première enfance ;;Xt Ta^-me elle-même résulte dun accord arvoTonl . Sit^t que le besoin cesse, dit Rousseau, le

"^rrrci:::: -H^ine de . sod^é poUti.ue, i, lut toujours remonter à une première conventxon^ i people a dit Grotius, peut se donner à un rox. « Un ^r'n.lutiustement Rousseau, est donc un peupeuple, conclut 3usteme demeure, pie avant de se donner a un loi. » u

----îLrr:;ei;triir::4;::

rX:;te::t:rVac;o:d des volontés, et ,u-il

;tcSér.,ue. U est en effet des e.emples de contrats sociaux véritablement formés, cornues, ame lîorés par l'accord des volontés individuelles.

y se . Vhistoire de laloi anglaise ,> dansle beau hvre . de Pollock et MaiUand. Après la conquête normande, t lli a- une n'est pas détruite, mais modifiée etrendue laloisaxonn j ^ „,s. Guillaume le

conforme aux usages des > 4 ronauérant et Lanfranc ne suppriment pas la législa r d^douard le Confesseur, mais introduisent quelreso^ernouvellesetquelquesexpressionsfrança^^^^^^^ 'Tu le est l'œuvre des princes et des législateurs ; Four iune rédaction et donner une force executive a deH n^pes établis déj. par l'usage, c'est-à-dire par

DE LA SOCIÉTÉ

„n contrat peu à peu réglé et arrêté entre les individus. AU C- siècle, en Angleterre, les termes du premier Intrat seront modiûés : Le droit romain pénètre

dans les usages. u • ^ ;io

Ernerius a retrouvé et commenté, dans sa chaire de

Bologne, les InstituUs et le Digeste. Ces P^^P^^. '^-^^ L Ta logique, exactement adaptés à ^^^^^ choses, excitent un grand enthousiasme. Ce fut, disent les historiens anglais, comme un nouvel Evangile. Les tribunaux ecclésiastiques s'en emparèrent et, sur bien des points, la loi civile s'en inspira. ^ , , .

A travers tous ces changements subsiste, dans la loi anglaise, le respect de l'indépendance on pourrait dire de lautonomie de l'individu. Dès l'année 1215, la .,ande charte de Jean sans Terre n'avait rien innove Lis restaurait simplement ce qui avait été et devai être. Jean avait rompu le contrat : on 1 obligeait à le rétablir. Avant lui déjà un nouvel impôt ne pouvait être levé sans l'assentiment du Grand Conseil du Royaume; un homme libre ne pouvait être « pris, emprisonné, dessaisi, mis hors la loi, détruit enfin, en aucune manière, sinon par jugement régulier de SCS pairs, suivant la loi du pays' ...

Il n'est pas une page de cette histoire juridique qm ne nous fasse considérer l'Angleterre comme une réunion d'hommes libres, adoptant des usages et les modifiant d'après les circonstances et les conseils qui

l. Contrat social^ p. 150.

il ■■

Qg DESCARTES.

peuvent sembler meilleu,.. Usages de te-F jn temps Lmulés et codifiés par des princes qui jouent presqvu. Tl de tabellions, simples enregistreurs es vo lontés exprimées. C'est le contrat, smvant le vén ab^sens du mot; et cet accord des volontés est un ;Ï:oLne sans aucun rapport ni -paraison P— ; avec des évolutions physiques ou physxolog.ques^ Des ésolutions librement prises par des hommes n on nen àe commun avec l'effet régulier et fatal d'une lox de

'* Retnons maintenant en France, et à Jean-Jacques Kous au Celui-ci, quand nous lisions les premières pie d ■ son livre, semblait devoir nous amener au pages a l'expérience historique,

.nême pomt, non plus pai P ^^ ^^^^^^^

mais par le raisonnement. Ces seuis mu Te 1 supposaient une société formée ou défa.te par I v'oZtés indépendantes. La fannlle el le^éme, loi^que, le besoin cessant, le lien naturel s était dsous devenait, d'après Rousseau, au moins entre adultes une société fondée sur un contrat, t malheur est qu'une flagrante contradiction écla^ dans l'œuvre de Rousseau, à partir du cinquième chap tr le Pacte social. L'homme précède la société e ! Ue^ci se forme par contrat : tel est le début. On est de l'essence des contrats d'être infiniment vanables . ils sont ce que les fait la volonté des contractants.

Lex est quodcumque notamus >, : telle est la dev.se de la Chambre des Notaires de Pans.

Au contraire Jean-Jacques Rousseau, après avoir

DE LA SOCIÉTÉ

♦^nfP société et la famille elle-même, :SutTa "" = invention, affirme ensuite .uune seule convention est possible. Il n'y a quun pacte social : il est imposé par la nature, et la raison Topulaire ne peut pas se tromper en l'adoptant, parce qu'elle ne peut pas vouloir autre chose. ' cela étant, il n'y a plus de pacte, plus de convention, et tout le reste du livre va contredire e début L'homme est né libre : et les — «;7;; par l'accord de leurs volontés. Tel est le début. Ma^ ,1 u'est qu'an seul contrat possible, s'il ««* P- co-j" quent imposé à quiconque veut vivre en societé,l homme Zi pas né libre. Il l'a cru, mais il s'est trompe, si la Le des choses l'obUge à consentir à une loi qui d ■ vient une loi fatale, à laquelle il ne peut se soustraire. U n'y a plusde contrat, il n'y a plus d'accord de volontés du moment qu'un seul arrangement est pos-

""^e prétende^ pas que l'homme peut rejeter le pacte social et ne pa. former de société du tout : ce serait se condamner l mort. Vous disiez, P-Jant des en^n^ « Sitôt que le besoin cesse, le lien naturel se disso • « Vous pourrez dire des adultes liés par le pacte -al « Sitôt que le besoin renatt, un lien naturel se reforme^ Mais rayez le mot de « contrat >> qui P-^PP--* ^; liberté. Autant vaudrait dire alors que c est en vertu d'un contrat que mon cœur bat, et que mes poumons

Teltt donc ce pacte, nécessaire, seul concevable,

iii'

et qui ne ressemble en rien au libre accord des vo-

''f Les clauses de ce contrat, dit Rousseau, sont telle- Jm terminées par la nature de l'acte que la -n- Z modification les rendrait vaines et de nui effet , en \ ni bien quelles n'aient peut-être jamais ete rolrsrelirsso^t partout les n.mes, partout ta.te-

un seule savoK : l'aliénation totale de chaque associe Ttoute à communauté; car premièrement chacun se

. Mnt entier la condition est égale pour tous; donnant tout eniiei, la ^ ;nfprM

et la condition étant égale pour tous, nul na mterêt A^ la rendre onéreuse aux autres». »

ce contrat préliminaire étant accepté, j'ai promis de n'accomplir désormais aucun acte, de ne prendre aun accompi accompli ou pris d accord

cun engagement, qui ne SOI P ^^ ^^ ^^^^ ^^^

avec la collectivité dont je suis

n„^L privée, r.c«o„ i.di.iau.Ue «n. be». par-

t. Contrat social, 1. 1, c^-^-

DE LA SOCIÉTÉ

,„'à présent, laissaient à l'individu une sphère plus ou Zl^ large d'indépendance; et ce plus ou moins est réelé par l'accord des volontés.

Le contrat stipulant l'abandon intégral de soi-même est celui auquel a consenti un novice entrant dans une communauté religieuse. Avec cette ^^^^^^l^'^;^^'^ la communauté religieuse ne se propose que le salut s Membres et le règne de Dieu. La société politique ouLt un objet plus terrestre : P-P^f -^;^';;^^^^ !t satisfaction légitime rendue aux droits de chaque

^r^garantie me reste après l'abandon -.1 J^^ „,oi-mème à la Société? La réciproque, me dit Rous Teau : tous les autres se sont de même abandonnés a

Tais quel sera l'avantage de ces sacrifices mutuels? En prat^ue, comment se passeront les choses? Ou bien j'aurai su par de brillants succès acquérir une popularité triomphante et m'ériger en maître : un empire sera constitué à mon profit. Ou bien -aventure plus ordinaire - je serai entré dans un parti qui dispose a ou ne disposera pas de la majorité, et je subirai la force, ou contribuerai à l'imposer. L'abandon, 1 effacement des droits de l'individu devant ceux de la Société, c'est-à-dire de la majorité, est précisément ce en quoi consiste la tyrannie; et la plus odieuse est exercée par la foule, dont l'intelligence et la conscience collectives sont moins clairvoyantes et moins déUcates que celles de l'Individu.

Mais ces conséquences sont trop sxmples, et nous a^ Ions être accusés de méconnaître la pensée pro^nde de Rousseau. Ce n'est pas de la n^ajorUé quxl sagU,^e ..aurai même pas la consolation, étant oppr-e, de me dire que je supporte la loi du grand nombre. Non. s'agit de la volonté générale.

Ll est ce mystère? Qa'entend-il par volonté gênéraS Celle qui a conclu le pacte, et qui, à ce moment raie. v.e.i ^ •„ i „ faî» seul de demeurer

du moins, a dû être unamme. Le faat seul a sur le sol national exprimait un assentiment. Maxs on se demande alors comment les opposants P-v-t «r h- IZ, et cependant soumis à des lois auxqueUes xls n ont

pas consenti. ' ^ ,, i a vo-

La question, répond Rousseau, -t mal posée L v lonté constante de tous les membres de 1 État est la :Zié générale, c'est par elle qu'ils sont citoyens libres... ce qu'on leur demande n'est pas pre—t s'ils approuvent la proposition ou s ils ^-^^f^^^ Us si eue est conforme ou non à la volonté g^ne^^e qui est la leur. Quand l'avis contraire au m en 1 em Une, cela ne prouve autre chose sinon que 3e m eta^s trompé, et que ce que j'estimais être la volonté generne'l'était pas. Si mon avis particulier l'eût empor^, 3'aurais fait autre chose que ce que 3 aurais voulu . c'est aloi. que je n'aurais pas été Ubre^ »

A quel signe reconnaltrai-je donc ce que je veux vérillenieut et ce qui me fait libre? Ai-je pris, en

Page 1