‹ DescartesChapitre 17 sur 63 · UNITÉ DE LA SCIENCE · texte numérisé non relu

UNITÉ DE LA SCIENCE

Distinguant les sciences l'une de l'autre selon la diversité de l'objet dont chacune d'elles s'occupe, les hommes pensent qu'il faut les étudier chacune à part, omission faite de toutes les autres. En quoi certes ils ont grand tort ; car, puisque toutes les sciences réunies ne sont rien autre chose que l'intelligence humaine, qui reste toujours une, toujours la même, si variés que soient les sujets auxquels elle s'applique, et qui n'en reçoit pas plus de changements que n'en apporte à là lumière du soleil la variété des objets qu'elle éclaire, il n'est pas besoin d'imposer aucune limite à l'esprit humain ; en effet, si l'exercice d'un art nous empêche d'en apprendre un autre, il n'en est pas ainsi dans les sciences ; la connaissance d'une vérité nous aide à en découvrir une autre, bien loin de nous faire obstacle...

Ce dont il faut se persuader, c'est que toutes les sciences sont tellement liées ensemble qu'il est bien plus facile de les apprendre toutes à la fois que d'en apprendre une seule en la détachant des autres. Si donc quelqu'un veut rechercher sérieusement la vérité, il ne doit pas s'appliquer à une seule science, car elles se tiennent toutes et dépendent les imes des autres ; il ne doit songer qu'à augmenter les lumières naturelles de sa raison, non pour résoudre telle ou telle difficulté de l'école, mais pour que dans chaque circonstance de la vie son intelligence montre d'avance à sa volonté le parti qu'elle doit prendre. Il verra qu'en peu de temps il aura fait des progrès merveilleux et bien supérieurs à ceux des hommes qui s'appliquent à des études spéciales, et que s'il n'a pas obtenu les résultats qu'ils veulent atteindre, il a touché un but plus élevé auquel les hommes spéciaux ne peuvent prétendre. » {Réguler, I.)

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