‹ DescartesChapitre 55 sur 63 · LA PSYCHO-PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

LA PSYCHO-PHYSIOLOGIE

ACTIONS ET PASSIONS DE l'aME

Âpres avoir ainsi considéré toutes les fonctions qui appartiennent au corps seul, il est aisé de connaître qu'il ne reste rien en nous que nous devions attribuer à notre âme, sinon nos pensées, lesquelles sont principalement de deux genres, à savoir : les unes sont les actions de l'âme, les autres sont ses passions. Celles que je nomme ses actions sont toutes nos volontés, à cause que nous expérimentons qu'elles viennent directement de notre âme, et semblent

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ne déjjcndre que d'elles; comme, au contraire, on peut généralement nommer ses passions toutes les sortes de perceptions ou connaissances qui se trouvent en nous, à cause que souvent ce n'est pas notre âme qui les fait telles qu'elles sont, et que toujours elle les reçoit des choses qui sont représentées par elles. {Traité des Passions, § 17).

* Quand Dieu unira une âme raisonnable à cette machine, il lui donnera son siège principal dans le cerveau, et le fera de telle nature que, selon les diverses façons que les entrées des porcs qui sont en la superficie intérieure de ce cerveau seront ouvertes par l'entremise des nerfs, elle aura divers sentiments. » (Traité de l'Homme.)

Résumé :' Toutes les pensées de l'âme sont soit des actions, soit des passions. Nos volontés, qu'elles se terminent dans l'âme (amour de Dieu) ou dans le corps (marche) sont toujours des actions. Nos imaginations peuvent être des actions (se représenter une chimère) ou des passions (le rêve). Pour nos perceptions, celles que nous rapportons aux objets qui sont hors de nous, celles que nous rapportons aux diverses affections de notre corps, sont aussi des passions au sens général du mot. En un sens plus restreint. Descartes entend par passions les perceptions qu'on rapporte seulement à l'âme (joie, colère, etc.). (Traité des Passions, art. 17 à 25.)

La définition des passions de l'âme

Après avoir considéré en quoi les passions de l'âme dififèrent de toutes ses autres pensées, il me semble qu'on peut généralement les définir des perceptions, ou des sentiments, ou des émotions de l'âme, qu'on rapporte particulièrement à elle, et qui sont causées, et entretenues» et fortifiées par quelque mouvement des esprits.

On les peut nommer des perceptions lorsqu'on se sert généralement ae ce mot pour signifier toutes les pensées qui ne sont point des actions de l'âme ou des volontés, mais non point lorsqu'on ne s'en sert que pour signifier des connaissances évidentes ; car l'expérience fait voir que ceux qui sont le plus agités par leurs passions ne sont pas ceux qui les connaissent le mieux, et qu'elles sont du nombre des perceptions que l'étroite alliance qui est entre l'âme et le corps rend confuses et obscures. On les peut aussi nommer des sentiments, à cause qu'elles sont reçues

en l'âme en même façon que les objets des sens extérieurs, et ne sont pas autrement connues par elles ; mais on peut encore mieux les nommer des émotions de l'âme, non seulement à cause que ce nom peut être attribué à tous les changements qui arrivent en elle, c'est-à-dire à toutes les diverses pensées qui lui viennent, mais particulièrement pour ce que, de toutes les sortes de pensées qu'elle peut avoir, il n'y en a point d'autres qui l'agitent et l'ébranlent si fort que font ces passions.

J'ajoute qu'elles se rapportent particulièrement à l'âme, pour les distinguer des autres sentiments qu'on rapporte, les uns aux objets extérieurs, comme les odeurs, les sons, les couleurs ; les autres à notre corps, comme la faim, la soif, la douleur. J'ajoute aussi qu'elles sont causées, entre tenues et fortifiées par quelque mouvement des esprits, afin de les distinguer de nos volontés, qu'on peut nommer des émotions de l'âme qui se rapportent à elle, mais qui sont causées par elle-même, et aussi afin d'expliquer leur dernière et plus prochaine cause qui les distingue derechef des autres sentiments. {Traité des Passions, §. 27, 28, 29.)

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