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Descente de l'âme de Molière dans les Champs-Elysées

Jl }• a vingt-cinq ans, je commen- &£%> çais mes petites publications moliéresquesparla réimpression d'un livre rare, sorti des presses de Lyon an lendemain de la mort de Molière : Le Théâtre François, de Samuel Chappuzeau.

Aujourd'hui que mes yeux surmenés ne me permettront plus un travail suivi et de longues recherches, je rends un dernier hommage à mon Grand Homme en ressuscitant un opuscule qui le concerne, également imprimé à Lyon, la même année, si rare qu'on le croyait h

NOTICE

jamais perdu, qu'il ri a été cité ni même signalé pendant près de deux siècles, et qu'on rien connaît aujourd'hui qu'un seul exemplaire : la Descente de l'âme de Molière dans les Champs Élizées, plaquette iii-8° de 22 pages, Lyon, Antoine Jullier on, 1674.

Il en est fait mention pour la première fois en 1844, dans le tome V, i™ partie (Ecrits relatifs au théâtre) de la Bibliothèque dramatique de M. de Soleinne.

Le rédacteur de ce catalogue devenu classique, M. Paul Lacroix, en inscrivant l'ouvrage sous le n° 508 (p. 121) comme relié avec une autre pièce : Sur la mort imaginaire et véritable de Molière, ri a pu que le parcourir rapidement et en faire une analyse très sommaire.

N'en soupçonnant point alors la rareté,

NOTICB. m

il ne songea pas à en prendre copie ou à l'acquérir, et ne put s'en procurer un autre exemplaire pour la réimpression annoncée par Gay dans sa Collection moliéresque de 1867.

En 1876, M. Paul Lacroix ne put, dans sa Bibliographie moliéresque (n° 1200), que reproduire sa note du Catalogue de Soleinne, en ajoutant toutefois au titre de la Descente le nom de Dori?nondl, qui n'en pouvait être l'auteur par la raison bien simple qu'il était mort depuis plus de quatre ans quand parut le petit volume, où Dorimond figure d'ailleurs parmi les ombres. Ajoutons que sa veuve, Marie Dumon, était, dès 1670, devenue

i. Cette attribution n'a pas tardé à faire le tour du monde bibliographique : Olivier Barbier et Quérard, M. Louis Moland et d'autres ont adopté sans examen Dorimond comme auteur de la Descente anonyme.

IV NOTICE

Mlle Auzillon par son mariage avec le guidon de la Compagnie du prévôt de V Ile-de-France, Pierre Auzillon.

Le 10 janvier 1880, M. Paul Lacroix, désespérant de découvrir le livre introuvable,posait la question à /'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux (xiif année, n° 280, col. 2) dans les termes suivants:

« Descente de l'ame de Molière dans les Champs Elisées, Lyon, Antoine Jullieron, 1674, in-8. — Voilà un opuscule que je n'ai rencontré qu'une seule fois, il y a trente-six ans, et dont je voudrais retrouver la trace pour le faire copier et le publier dans ma seconde Collection molièresque. Il était alors chez M. de Soleinne, et je lai décrit dans le catalogue de la Bibliothèque dramatique de cet amateur, le faisant connaître par

NOTICE

des citations curieuses. L'auteMr est certainement le comédien Dorimond. ("elle pièce, en prose et en vers, exis!e-l-elle quelque part ? Qui fourra me donner

celle bonne nouvelle?

« P.-L. Jacob, bibliophile. »

Cet appel étant reslé sans réponse, le

persévérant bibliophile revint à la charge, deux ans plus lard, dans le n° 532, xve année, 10 mars 1882, du même Intermédiaire :

« Voilà quinze ans que je cherche en vain celte pièce, dont l'auteur est Dorimond. Le seul exemplaire connu, qui était dans la bibliothèque Soleinne, fut vendu à très bas prix, peut-être à Francisque,et. dans ce cas-là, il ferait partie de sa collection de livres sur le théâtre. léguée à la Société des Auteurs drama-

VI NOTICE

tiques. Mais comment ne m est-il venu aucune réponse à ce sujet ? J'ai préparé, depuis longtemps, un volume destiné à faire partie des Collections moliéresques : c'est le recueil des pièces de poésie composées à V occasion de la mort de Molière; mais fai retardé jusqu'à présent la publication de ce recueil, attendant, espérant la découverte de la Descente, cette pièce étant la plus intéressante du volume, qu'on réclame avec une insistance qui me donne le courage de m adresser encore une fois à nos chers lntermédiairistes.

a P.-L. Jacob, bibliophile. »

Ce nouvel appel ne provoqua pas moins de neuf réponses, du 25 mars au 10 octobre. Mais aucune n était concluante.

M. A. Vingt, de Lyon, « croit avoir vie

NOTK I - vil

cette Descente que cherche M. Lacroix ». Sans déclarer qu'il s'esl trompé, il peul lui offrir deux autres pièces qu'il donne comme inédites, quoiqu'elles aient été publiées par le Moliériste trois ans auparavant.

M. Paul Lacroix « remercie son savant confrère lyonnais de ces deux pièces qui n'ont jamais été citées et dont il ne soupçonnait pas V existence ». Il en demandemême les photo graphies, oubliant que le Moliériste, dont il était pourtant un des parrains et principaux collaborateurs, en avait donné deux héliogravures dans son premier numéro d'avril 1879, et il ajoute :

« Je prie instamment mon bon confrère A. Vingt de chercher encore à Lyon, soit chez les amateurs, soit dans les recueils de la Bibliothèque publique

S OTK E .

de la Ville, la curieuse pièce deDorimond que je demande en vain depuis dix ans à tous les échos du Panthéon moliérique- . » Les autres réponses n'ont, comme il arrive trop souvent dans cette correspondance mêlée, qu'un rapport lointain avec la question. Lun envoie des êpiiaphes connues, Vautre copie une èpigramme dans un recueil manuscrit. Aucun ne signale un second exemplaire de la fameuse Descente, et l'excellent bibliophile Jacob est mort, en 1885, sans avoir retrouvé l'exemplaire de M. de Soleinne.

Je me mis, à mon tour, a le rechercher. Un catalogue de la vente Soleinne, avec les prix marqués au crayon, portait en marge du n° 508 cette note :

i. 25 avril 1882, col. 245.

NOTICE. IX

«4.75, Jules ». Je pensai tout d'abord à un commis de M. Techener, le libraire chargé de la renie, qui avait pic acquérir le volume pour un client.

Je m'adressai à Mme Vve Léon Techener, qui voulut bien faire faire des recherches jusque dans les livres provenant du baron Taylor, mais sans résultai.

Celait bien là cependant que se trouvait F exemplaire souhaité, puisque ce fut à la dernière vente, faite par la maison Techener, de la bibliothèque dramatique de feu M. le baron Taylor (vendredi 8 décembre 1893), que feus la j'oie de r acquérir pour la bibliothèque de la Comédie Française, sa place naturelle.

Le voici, fidèlement transcrit et soigneusement annoté. C'est la plus rare de toutes les curiosités molièresques. On connaît, en effet, trois exemplaires du

NOTICE

Roy glorieux au monde, deux du Songe du Resveur, dont les réimpressions par le bibliophile Jacob à 102 exemplaires sont elles-mêmes devenues rarissimes.

Je ne voudrais pas surfaire la valeur littéraire ou documentaire de cet opuscule: c'est une facétie satirique analogue audit Songe du Resveur et aux Pompes funèbres alors à la mode. Dès 1669.

Gabriel Guéret disait, dans sa Promenade de Saint-Cloud :

« Notre Parnasse, ainsi que la Cour, veut avoir ses modes; et du moment qu'un caractère d'ouvrage est bien reçu, chacun, sans examiner son génie, s'efforce d'en faire autant. La Pompe funèbre de Voiture ' a introduit l'usage d'en faire à tous les beaux esprits mourants. »

i. 1649, avec la clef, in-4% s. 1., par Sarrasin.

NOTICE. M

L'année 1660 avait vu naître deux Pompe funèbre de M. Scaron, l'une, in- 12, attribuée àSomaize,V autre, in 4% à Boucher.

En 1663, la Pompe funèbre de l'auteur du Faramond {La Calprenède) fui encore attribuée à Somaize\

Plus d'un an après la mort de Molière, en mars 167 4, son ancien camarade Brécourt faisait représenter sur le théâtre de V Hôtel de Bourgogne une petite comédie en prose, /'Ombre de Molière, dont

i. La Descente de Tabarin aux Enfers avait paru en 1621. On peut rattacher à la même série : la Lettre de Clément Marot a M. de (Senecé) touchant ce qui s'est passé à l'arrivée de J.-B. de Lulli aux Champs-Elysées (s. d.), réimprimée à petit nombre à Lyon, 1825, in-8* ; les Pompes funèbres de Scaramouche (1695), d'Arlequin (1700), de laThorillière (1759); Molière comédien aux Champs-Elysées, par Bordelon, Lyon, 1694 ; Poisson,id (1710) ; le Message aux Champs-Elysées ou la Fête des Arts et de l'Amitié, à la mémoire de Collin d'Harleville, comédie épisodique,en un acte, par Aude, représentée à l'Odéon le 9 janvier 1809; et en i8i3 Aug. Hus donna pour sous-titre à ses Mélanges « l'arrivée aux Champs-Elysées de l'illustre La&range », Paris, in-G\

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