‹ Descente de l'âme de Molière dans les Champs-ElyséesChapitre 11 sur 18 · Dans George Dandin, le Bourgeois Gentilhomme, etc · texte numérisé non relu

Dans George Dandin, le Bourgeois Gentilhomme, etc

vantable, et de la part du Prince il commanda que quelqu'un prist la parole. Lors un certain Pédant, après avoir toussé et craché pedantesquement, prononça cette Harangue :

« C'est une chose mirifique, ô Suprême Roy des Enfers, qu'un Bouffon se soit ingéré de jouer en Dialogue Dramatique les personnes les plus considérables de France, et qu'il ait osé même attaquer ceux qu'un respect autre que terrifique nous porte à honorer. Ces Braves Marquis, ces Galantes Précieuses, ces Doctes Suposts de l'Université, ces Rusticolismes Gentils-hommes campagnifiez, ces Bourgeois honorables, et ces Hypocrites dévots, qui se sont trouvez les sujets de ses Ouvrages, viennent aujourd'huy tous en colère vous demander le chastiment qu'il a mérité. Sera-t-il permis de blâmer impunément les mœurs et la façon de vivre d'une telle quantité de gens d'importance, et faudra-t-il qu'il ait fait la trace1 à un tas de Medisans qui se sont escrimez à son exemple à déchiffrer2 le prochain ? Non, équitable

i. Tracé le chemin, donné l'exemple.

2. Deschiffrer, depingere : « Mélanie commença à déchifrer et à décrier Agathonte de toutes les façons ». La Prettense, 1" partie, p. i56).

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l 'rince des morts, cela pourront tirer après soy une dangereuse conséquence, et nous attendons de vostre Justice une punition digne des crimes qu'il a commis. »

Ainsi finit ce Harangueur,

Qui mit dans l'embarras Molière.

Peu s'en fallut que par malheur Ce pauvre malotru n'eust la peur toute entière : Car Rhadamante dit : « Pour sa punition,

Au moins, c'est mon opinion,

Comme il a berné tout le monde,

Il faut que tout le monde aussi La berne à tour de bras, et chacun à la ronde, Pour apprendre aux Berneurs qu'on sçait berner icy. »

On commençoit déjà à courir aux couvertures1, si Minos n'eustdit qu'il n'estoit pas juste de condamner un homme sans l'entendre. On commanda alors à l'Accusé de dire ses raisons, ce qu'il fit en ces termes :

« Si je suis accusé d'avoir médit d'autruy, Pourquoy ne se fait-on pas sage?

i. Pour berner quelqu'un, on le lançait en l'air sur une couverture tendue aux quatre coins. Voir Sancho Pança berné, dans Don Quichotte, et Ragotin dans le Roman Comique.

3o MOLIÈRE

Et, comme chacun sçait, ce n'est pas d'aujourd'huy Que la Satyre est en usage.

Les sottises jamais ne se sont fait aymer, On a tous jours blâmé ce qu'on devoit blâmer ; Et si j'ay profité des fadaises des autres,

On s'est estendu sur les nostres.

En blâmant les Cocus comme chacun le sçait, fe monstrois comme j'estois fait.

Les Dames n'ont rien à me dire, Car celles d'honneur et d'esprit Ne pour ont m' imputer d'avoir jamais écrit Contre elles aucune Satyre*.

Si j'ay traité les Médecins D'Empoisonneurs et d'Assassins, Je m'en rapporte à l'Assemblée. Et la Mort, se trouvant avec eux de concert, Mattaqua, me saisit d'emblée Et, comme on dit, me prit sans verd.

Pour les Badins Marquis, j'avoue Que je les ai jouez avec quelque plaisir1,

i. Voici ce que dit la préface des Précieuses Ridicules :

« Les plus excellentes choses sont sujettes à être copiées

par de mauvais singes qui méritent d'être bernés; aussi les

véritables précieuses auroient tort de se piquer lorsqu'on joue

les ridicules qui les imitent mal. »

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