Quoi, toujours des marquis ? — Oui, toujours des mai
Al\\ ( IIA.MI'S ÊLIZÉES.
Et leurs gestes, estons au gré de mon désir.
Méritent bien que l'on les joue :
S'ils sont plus sages désormais, Nul de mes substituts ne les joitra jamais. Les Doctes, les Bourgeois, les Nobles de campagne
Ont tort de se plaindre de moy.
Prudence me servit de trop bonne compagne,
fen usay d'assez bonne foy.
Il ne reste que les Bigots
Que Tartuffe a mis en colère.
Sçachent tous Messieurs les Cagots Que de leurs actions je ne me suis pu taire, Et que fay sceu fort bien tirer le vray Dévot
Du Catholique Imaginaire1.
quis. Que diable voulez-vous qu'on prenne pour un caractère agréable de théâtre? Le marquis aujourd'hui est le plaisant de la comédie; et, comme dans toutes les comédies anciennes on voit toujours un valet bouffon qui fait rire les auditeurs . de même dans toutes nos pièces de maintenant, il faut toujours un marquis ridicule qui divertisse la compagnie. » {L'Impromptu de Versailles, se. i.)
Les marquis ne gardèrent pas rancune à iMolière : dès l'année suivante, Chevalier montre, dans les Amours de Calotm (i664), un marquis, zélé partisan de Molière :
Hors Molière, pour vous il n'est point de salut.
i. Voir, à l'acte I" du Tartuffe, le beau portrait que fait sage Cléante des « bons et vrais dévots ».
Le vice donc estant tout ce que fay blâmé, Tout Paris s'est trouvé charmé De ma plus petite Satyre, Et mon Mysantrope amoureux*, Mon ouvrage le plus heureux, En riant pouvoit vous instruire. »
Tout l'Auditoire demeura d'accord de la juste deffense de Molière, et Pluton prononça : que les parties seroient mises hors de cour et de procez, dépens compensez.
On en seroit demeuré là, si quelques Bigots n'avoient crié contre un Arrest si favorable à Molière :
« Quoy! traiter ainsy un homme qui a tourné en ridicule des gens d'une sainteté connue, » dirent-ils.
— On vous a déjà fait entendre, répondit Minos, qu'il n'a satyrizé que les faux dévots et qui n'avoient que l'apparence de Sainteté. Quant aux autres gens, les Anciens ont de tout temps trouvé à redire aux défauts
i. C'est ainsi que l'appelle J. Donneau de Vizé dans sa Lettre écrite sur la comédie du Misantrofe.
Le privilège du 21 juin 1666. donne au Misantrope le sous-titre de V Atrabilaire amoureux, ainsi que le Registre de la Librairie du 21 décembre de la même année.
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des gens de leur siècle : Propefce1, Tybulle*, Juvenal\ Perse4, Horace5, Martial6 et tant d'autres, ont plus licentieusement écrit qu'il n'a fait. Quant à ses premiers Ouvrages, s'ils ont esté mal faits et hors des règles, c'est qu'il n'avoit pas encore les lumières qu'il a recuëes à Paris : YEtourdy, le Dépit Amoureux, YEscôle des Femmes1 et quelques autres Pièces, ont quelque chose de défectueux; et pourtant par le crédit de l'Autheur on passe par dessus leurs deffauts, en considération que Molière les jouoit luy-
i . Properce est plus connu comme poète de l'amour que comme satirique.
2. Contemporain de Properce, Tibulle est célèbre par ses Élégies.