Translation à Amiens du corps de saint Firmin. n
Les trois ressauts du cintre de la porte les plus voisins du tympan sont seuls sculptés à personnages. A l’exception des deux évêques, dont il a été parlé ci-dessus, tous trois représentent des anges tenant des couronnes, des chandeliers, des bénitiers, des livres et des encensoirs.
Avant de quitter la statuaire du grand portail, il ne faut pas manquer de jeter un coup d’œil sur les charmants et spirituels culs-de-lampe qui servent de supports aux grandes statues. On les rapprochera de ceux qui soutiennent les grandes statues des piédroits de la porte de la Vierge dorée, et qui sont absolument de la même facture. Chacun de ces culs-de-lampe est formé d’un marmouset, comme on disait alors, petit personnage bizarrement contourné pour supporter le socle de la statue. L’artiste leur a donné les postures les plus invraisemblables, leur a fait faire les contorsions les plus comiques, mais sans trivialité, sans obscénité, avec des expressions de physionomies qui dénotent un esprit d’observation d’une délicatesse infinie, et cela, sans jamais sortir de la forme générale imposée par le cul-de-lampe. Tel, arcbouté sur ses bras et sur ses jambes, soutient avec effort le support
FAÇADE OCCIDENTALE
sur ses épaules, en vous re^ardaut d'un air béat, tandis que son voisin, appuyé sur son coude, semble sommeiller et pnuidre son mal en patience. Ce roi lève anxieusement la tête vers le personnage qui le presse et semble lui demander s’il va rester encore longtemps. Cet autre, assis par terre, les mains sur les genoux, dans une position comiquement symétrique, ou\Te une bouche énorme. L'ivrogne caresse son pot et sa tasse avec amour ; le gourmand jouiflu et lipi)u montre le fond de son écuelle. Le dévot croise les bras et s’incline avec componction. Celui-là se trouve mal : sa main sur la poitrine, son visage contracté, disent assez le combat qui se livre dans son estomac. Ces deux hommes luttent en se jouant, et cet autre, étendu sur le côté, dort paisiblement. C'est dans la caricature qu'on peut le mieux se rendre compte des types d’une époque, car toute époque, toute société a les siens. A ce point de vue, nos culs-de-lampe, dans la perfection de leur exécution, dans la sincérité de leur expression, qui en font de véritables chefs-d’œuvre, ont une importance capitale. On ne saurait trop les étudier.
Les culs-de-lampe, qui servent de supports aux grandes statues des apôtres, représentent généralement, suivant une coutume assez fréquente, les empereurs, les rois ou les magistrats qui les ont martyrisés. Malheureusement, Caudron s’est souvent mépris sur leur identité, et leur a donné de
CATHÉDRALE d’aMIENS
faux attributs. Sous la Vierge de l’Annonciation, on a mis, par un symbolisme facile à comprendre, Ève, l’arbre et le serpent ; sous la statue d’Hérode dans l’Adoration des Mages, on a représenté Hérode frappé, après le massacre des Innocents, d’une affreuse maladie, et plongé dans de l’huile par les médecins. Tous les autres culs-de-lampe sont des sujets de fantaisie laissés à l’imagination des artistes.
Chapiteau du triforium du chœur.
Cliché Hacquart.
Arcs-boutants de la nef.
A la pointe du gable,, qui surmonte l’archivolte de la porte centrale, Viollet-le-Duc a fait mettre un ange sonnant de la trompette, exécuté par les frères Duthoit, à la place d’une statue de saint Michel, qui paraissait dater des premières années du xvi® siècle. On ne sait par quoi ce gable était amorti à l’origine.
Dans la seconde galerie, au-dessus des trois portes, règne une suite de vingt-deux statues colossales de rois, qui ont toujours été considérés comme la série des rois de France. Comme on n’a
CATHÉDRALE d’a.MIENS
encore apporté aucun argument péremptoire contre cette tradition, qui est tout à fait dans l’esprit de l’iconographie du moyen âge, nous ne vpyons aucun motif de la rejeter. Cette galerie porte le nom de Galerie des Rois. Le dessin de l’arcature, dont elle est composée, a été complètement changé .par Viollet-le-Duc : quelques statues ont été aussi, sous sa direction, plus ou moins restaurées, et une entièrement refaite par les frères Duthoit.
La corniche sculptée, qui règne au-dessus de l’étage de la grande rose, termine la partie de la façade remontant au xiii® siècle.
L’étage supérieur de la tour du sud a été élevé vers 1366, mais son couronnement était resté inachevé. Il ne fut terminé, que par Viollet-le- Duc. La statuaire dont cette tour est ornée a été aussi restaurée, et même souvent entièrement refaite, par les frères Duthoit en 1866. On y remarque surtout les dix culs-de-lampe sur lesquels reposent les gables, qui surmontent les ouïes ; plusieurs représentent des personnages jouant des instruments de musique. Trois sont refaits. Ces personnages ont fait donner à la plate-forme voisine entre les deux tours le nom de Salle des musiciens.
La tour du nord n’a été terminée que vers 1401 ou 1402. Elle est plus élevée que l’autre : son couronnement a été refait par Viollet-le-Duc sur un dessin différent de l’ancien. L’appui des ouïes
I ACE LATERALE SUD
est orné de grandes statues, parmi lesquelles on distingue saint Jean l'Evangéliste, saint André, et d’autres personnages qui doivent être des patriarcales ou des prophètes. Quelques-unes de ces statues ont été refaites, d’autres restaurées par les frères Duthoit. Une statue de saint Firmin, œuvre des mêmes sculpteurs, s’élève entre les deux ouïes de la face occidentale.
La galerie, dite galerie des sonneurs, qui réunit les deux tom’s en avant du pignon, a été également refaite par VioUet-le-Duc, sur un dessin entièrement de sa composition. L’ancienne galerie devait être à peu près contemporaine des parties hautes de la tour du nord, dont elle rappelait le dessin.