‹ Description abrégée de la cathédrale d'AmiensChapitre 22 sur 58 · II. - FACE LATÉRALE SUD · texte numérisé non relu

II. - FACE LATÉRALE SUD

Un système d’arcs-boutants simples, superposés deux par deux et appuyés à de massives et vigoureuses piles de culées, contrebute la voûte de la grande nef. Au chœur, dont les iiarties hautes sont d’une époque plus avancée, on avait cherché une disposition plus simple et en même temps plus légère. Pour franchir le bas-côté, qui est double à cet endroit, ces arcs-boutants sont à double volée, mais il n’y a qu’un seul arc à chaque volée, et encore, est-il élégi par une arcature à jour. Ce système, sur l’économie duquel il

CATHÉDRALE d'aMIEXS

serait trop long de s’étendre, avait le grave inconvénient de buter trop haut. A la fin du XV® siècle (1), il fallut renforcer la première

volée par un second arc - boutant placé au-dessous du premier.

Sur tout l’étage du bas-côté régnait une balustrade au dessin flamboyant.

Viollet-le-Duc l’a entièrement remplacée par une autre domt il inventa lui-même le dessin.

Pour la description des principales particularités de cette partie de l’édifice, nous commencerons à l’angle de la tour sud, puis nous suivrons jusqu’à l’angle opposé de la tour du nord.

A l’un des contrefort de la tour sud, est un cadran solaire orné d’une grande statue d’ange, il remonte à la construction primitive, mais la statue a été considérablement restaurée par les frères Duthoit en 1860.

(1) Voy. ci-dessus, p. 14.

l'ACE I.ATEIÎALE SI D

La première cuai)elle de la nef de ee côté (chapelle II), dédiée à saint Lamhert, doit dater des environs de 1325. Elle n’a pas pins de profondeur que la saillie des anciennes piles des culées, et elle a son sol plus élevé que celui du reste de la cathédrale. Sa partie inférieure a été disposée pour former porche en avant d’un petit portail qui remonte à la construction primitive, et que l’on nomme Porte de l'horloge ou porte Saint- Christophe (porte F). L’arcade qui donne accès dans ce porche est accompagnée de deux statues représentant un évêque et un personnage en costume civil, qui pourraient bien être saint Lambert reprochant à Pépin d’Héristal sa conduite avec Alpaïs.

La différence de saillie entre la première chapelle et les autres (4 c) est rachetée par un large pan coupé, vitré lui aussi à sa partie supérieure, mais dont le bas est occupé par une grande niche renfermant une statue colossale de SAINT Christophe portant l’enfant Jésus sur ses épaules. Saint Christophe est le patron de la deuxième chapelle de ce côté (chapelle IV).

A l’extérieur des autres chapelles, il n’y a entre chaque fenêtre qu’un étroit trumeau représentant l’épaisseur de la pile de culée prolongée. Ce trumeau est diversement orné de fausses architectures et de statues.

Quatre grandes statues superposées deux par deux ornent le trumeau (6 c) de la chapelle sui-

vante, dédiée à l’Annonciation (chapelle VI), Celles de la rangée du bas représentent Gabriel annonçant à Marie sa prochaine maternité, c’est-à-dire V Annonciation ; celles de l’étage supérieur, les deux autres anges, dont on connaît les noms : Michel et Eaphael. Il faut remarquer dans ces statues une recherche du mouvement, maladroite et maniérée à la vérité, mais qui est un premier pas vers le bel art de la fin du xiv® siècle.

La quatrième chapelle (chapelle VIII) était dédiée primitivement à saint Nicolas ; le trumeau qui la sépare de la précédente (8 c) est orné de trois groupes de statues superposés, mais ces statues semblent avoir été déplacées. Le groupe inférieur est formé de deux personnages agenouillés : le suivant, de deux personnages debout près de sacs remplis de marchandises. Une inscriiition nous apprend que ce sont les marchands de waides des vidages entourant Amiens, qui ont fait faire la chapede de leurs aumônes. La waide {isatis tinctoria) est une plante dont on se servait beaucoup pour la teinture avant l’invention de l’indigo, et qui était très cultivée en Picardie. Il s’en faisait à Amiens un commerce considérable. Voici cette inscription :

LES BONES GENS DES VILLES DENTOVR AMIENS QVI VENDENT WAIDES ONT FAITE CHETE GABELLE DE LEVRS OMONNES.

l'VCK LATERALE SUD

Le patron de la chapelle, saint Nicolas, accompagné des trois enfants dans le saloir, forme le troisième groupe de statues.

Le trumeau (10 c) de la chapelle suivante, dédiée à saint Etienne (chapelle X), est orné de deux arcs géminés sous lesquels étaient jadis, parait-il, les statues d’Adam et d’Ève, qui fiucnt détruites au xvm® siècle, sous iirétexte qu’elles n’étaient pas assez habillées. Au-dessus sont trois statues qui passent généralement pour représenter la Transfiguration.

Sur le dernier trumeau (12 c), qui appartient à la chapelle Sainte-Marguerite (chapelle XII), il n’y a qu’une seule statue. C’est très probablement celle de l’évêque Guillaume de Maçon, qui a élevé la chapelle un peu avant 1292 (1). Quoique légèrement mutilée, cette statue est une œuvre charmante, où la grâce du galbe n’a d’égale que la beauté et la simplicité des draperies.

La porte monumentale, qui s’ouvre sur le croisülon sud du transept (porte D), porte le nom de porte de la Vierge dorée, parce que la statue de la Vierge qui orne son trumeau était jadis iieinte et dorée. On l’appelle aussi, mais moins communément, porte Saint-Honoré, parce que la vie de ce saint évêque d’Amiens, est représentée sur son tympan.

(1) Voy. ci-dessus, p. 10.

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Si rarchitecture générale de cette porte, si l’ensemble de son ornementation remontent évidemment à l’époque des j^remiers travaux de la cathédrale, d’antres détails, et notamment la plus grande partie de sa statuaire, sont beaucoup plus récents : ils accusent la première partie du règne de Philippe le Bel, environ.

A la première époque appartient toute l’ordonnance architecturale, avec les grandes statues qui garnissent les piédroits et les bas-rehefs qui ornent ,1e soubassement du trumeau. Tout le reste de la statuaire appartient à la seconde.

L’ébrasement de cette porte, peu profond, ne comprend que quatre ressauts.

Il faut remarquer la déhcatesse de la sculpture ornementale et notamment celle des chapiteaux des colonnes qui supportent les ressauts du cintre, celle des guirlandes de feuillages qui encadrent les deux baies de la porte, celle enfin des chapiteaux qui couronnent les colonnettes servant de supports à l’arcature formée de pleins cintres entrecroisés, ornant le soubassement des piédroits, avec la jolie frise, qui les réunit, motif de décoration très gracieux et très original.

ire époque :

Trumeau. — A la partie supérieure du trumeau sont sculptées en bas-relief deux rangées de personnages sous deux arcatures superposées. Au centre de la rangée" supérieure est un évêque ; les

Porte de la Vierge dorée.

Cliché Hacquart.

lACE LATERALE SUD

autres personnages sont des clercs tenant divers objets : chandeliers, encensoir, livre, etc. Cet ensemble de personnages pourrait représenter la pose de la première pierre de la cathédrale, à laquelle il était fait allusion dans l’inscription mutilée régnant au-dessus de cette porte, audessous de l’étage de la rose (1).

Piédroits. — Les huit gi’andes statues adossées aux piédroits se composent de deux anges thuriféraires et de six saints personnages, que l'on n’a pu jusqu'à présent bien identifier : l’un d’eux tient une crosse, mais il n’est pas mitré. Ces statues, sauf cette dernière, sont d’ailleurs d’une facture assez mauvaise et sont loin de valoir celles du grand portail. Il n’en est pas de même des culs-de-lampe à marmousets qui leur servent de supports. Ces culs-de-lampe sont absolument identiques comme style et comme exécution à ceux du grand portail : ils sont tout aussi beaux.

2^ époque :

Ici, l’art du statuaire est arrivé à un très haut degré de perfection ; le dessin, les proportions, sont absolument corrects ; l’artiste a acquis une grande habileté à donner de l’aisance aux attitudes, à disposer les draperies avec art, à animer les différents sujets. Habile dans l’art du geste.

(1) Voy. ci-dessus, p. 9.

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il ne l’est pas moins dans celui de composer les expressions de physionomies, et il y a mis une très grande variété. On sent qu’il n’a plus qu’un but, l’imitation de la nature. Mais ces visages diversement animés et presque tous souriants, de ce sourire qui va jusqu’à cette mièvrerie, si à la mode à partir de la fin du xiii® siècle, n’ont plus l’austère gravité des bonnes statues de la période précédente. Il y a encore de la beauté, mais l’idéal s’est perdu. Les têtes réduites à leurs justes proportions ne sont plus perceptibles de loin, la composition n'a plus rien de monumental ; il en résulte une confusion qui ne peut soutenir la comparaison avec l’ordre et la clarté, qui plaisent tant dans le portail occidental.

Trumeau. — Sur le trumeau s’élève la célèbre statue de la Vierge, dite la Vierge dorée. Elle est debout ; le poids du corps portant sur la jambe gauche produit ce léger déhanchement qui finira par s’exagérer et qui deviendra la caractéristique des Vierges des xiv® et xv® siècles. Les traits de son visage sont d’une extrême finesse, et elle regarde avec un doux sourire l’enfant Jésus, qu’elle porte sur son bras gauche. Trois angelots voltigent autour de sa tête.

Tympan. — Il est divisé en cinq registres ou zones horizontales. Nous les décrirons en allant de bas en haut.

FACE LATERALE SUD

1. — Les douze Apôtres debout, alignés, et paraissant converser deux par deux. C'es douze personnages ont une fierté d'allure, une animation et un mouvement — un peu maniérés peutêtre — , une perfection d’exécution, qui en font des chefs-d’œuvre de la seconde moitié du xiii® siècle. Ils sont justement célèbres.

Le reste du tympan se rapporte à l’histoire de saint Honoré, évêque d’Amiens.

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