‹ Description abrégée de la cathédrale d'AmiensChapitre 33 sur 58 · a, et un peu plus de la moitié des travées · texte numérisé non relu

a, et un peu plus de la moitié des travées

21- 23 a et 22-24 a. En avant, face au sanctuaire, elles se retournent à droite et à gauche de l’entrée principale du chœur.

Avant les travaux du xviii® siècle, il y avait en tout 120 stalles, 66 hautes et 54 basses. Depuis cette époque, il n’en reste plus que 110, soit 62 hautes et 48 basses.

Derrière les stalles hautes s’élève un haut dorsal couronné par un dais continu, qui les abrite toutes. On a donné une plus grande importance aux deux premières stalles de la rangée supérieure, aux deux côtés de l’entrée principale du chœur : l’une servait au doyen, lorsqu’il officiait aux jours de fêtes solennelles à la place de l’évêque absent : l’autre était réservée au Roi. Elles sont plus larges que les autres ; leur dais est distinct et il est surmonté d’une pyramide fort élevée. Leur ornementation a reçu une plus grande richesse. Les deux dernières hautes stalles du côté du sanctuaire n’ont pas de dais spéciaux, mais elles sont surmontées de pyramides, moins

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importantes toutefois que celles qui couronnent les deux maîtresses stalles.

De distance en distance, les stalles basses sont interrompues par des passages donnant accès aux stalles hautes. Ces passages sont accompagnés de rampes qui marquent l’arrêt des stalles.

A tous les points dé vue, les stalles de la cathédrale d’Amiens sont une œuvre de menuiserie absolument prodigieuse. Elles sont aussi remarquables « par la variété des détails, l’extrême élégance de la composition, le nombre prodigieux des figures, que par la délicatesse achevée du travail et la perfection des assemblages, dont pas un ne s’est démenti » (1). Il ne faut pas oublier qu’autrefois l’art de la menuiserie allait jusqu’à la sculpture sm’ bois la plus parfaite inclusivement.

Malgré la complication extrême de l’ornementation, les assemblages sont généralement assez simples, mais toujours logiques, et d’une précision qui confond les hommes du métier. Il y a lieu de remarquer principalement l’habileté avec laquelle les différentes pièces sont contre-profilées. Il a fallu que certaines aient été sculptées avant l’assemblage, d’autres après. Les assemblages à joints vifs sont absolument invisibles. On a peine à comprendre comment des panneaux, qui ont parfois de sept à huit centi-

(1) Bonnafé, Le meuble en France au xvi* siècle p. 40.

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mètres d’épaisseur, ont pu être dressés au point d’adhérer exactement d’un bout à l’autre.

Les joints sont souvent dissimulés dans de profondes moulures, d’autres fois dans l’ingénieux arrangement des sujets sculptés. Il faut admirer surtout l’exécution, la combinaison et l’assemblage des hautes pyramides qui surmontent les deux maîtresses stalles. Ce sont des merveilles de menuiserie ; elles sont uniques.

Le flamboyant des stalles d’Amiens n’a ni la réserve un peu banale qu’a souvent le flamboyant français, ni la sèche précision du flamand, ni l’extravagance du germanique. Il est d’une grande liberté et d’une extrême richesse. D’incomparables motifs d’ornementation végétale sont répandus à profusion le long de tous les principaux motifs d’architecture. La plante est traitée en imitation de la nature, avec une délicatesse, un fouillé invraisemblables, une variété infinie, sans toutefois que la précision botanique soit scrupuleusement observée. Il ne faut donc pas vouloir à toute force chercher à établir une botanique de nos stalles et à en nommer toutes les fleurs, tous les enroulements de feuillage. Souvent les fleurs ou les fruits' n’ont pas le feuillage qui leur convient. Cependant certaines plantes sont bien reconnaissables : telles le pissenlit, l’acanthe, la passiflore, la vigne, lelis, le chou frisé, le houblon, un chêne un peu fantaisiste, le lierre,

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plusieurs variétés de chardon, l’œillet sauvage, la renoncule, l’ancolie, l’aubépine, l’osier, le varech, etc.

Parfois de petits personnages, des animaux réels ou fantastiques viennent se mêler à l’ornementation végétale, à laquelle ils contribuent à donner de la vie.

On peut dire que l’ornementation de nos stalles est le point d’arrivée de l’ornement gothique parti de la plante stylisée du xii® siècle, pour se rapprocher de plus en plus de l’imitation de la nature.

A côté de cette exubérante et capricieuse fantaisie, la Eenaissance est venue s’implanter avec son allure un peu solennelle, et cela à des places déterminées, toujours les mêmes, partant d’une façon parfaitement voulue et réfléchie.

Le mélange des deux styles est plus grand dans les accessoires des scènes figurées : là, les édifices et les meubles gothiques sont juxtaposés aux meubles et aux édifices de la Eenaissance à peu près dans une égale proportion.

Cette richesse extrême ne nuit en rien à la clarté : les hgnes principales qui marquent la structure du meuble sont toujours suffisamment accusées, l’échelle générale scrupuleusement observée. IsTos artistes ont, par exemple, évité de placer dans les panneaux du dorsal des stalles hautes de ces grandes figures, qui font

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beaucoup d’effet dans d’autres stalles, comme celles d’Auch, notamment, mais qui sont hors de proportion avec ce qui les entoure. Le semis de fleurs de lis qu’ils avaient mis à la place produisait une note calme, reposante, et faisant valoir la richesse du reste.

On dirait que les stalles ont gardé quelque chose des qualités maîtresses de la cathédrale elle-même.

Dans leur imagerie, on peut distinguer cinq séries différentes.

La première s’étend sur la partie haute des jouées des deux maîtresses stalles, sur les parcloses qui séparent ceUes-ci de leurs voisines, dans les petits groupes, qui décorent la partie supérieure de toutes les rampes à travers les staUes basses et enfin sur toutes les miséricordes. Elle est consacrée à l’histoire de l’Ancien Testament, de la Création du monde à David, plus l’histoire de Job. Le développement des sujets ne paraît pas avoir été soumis à une méthode bien rigoureuse : certains, comme l’histoire de Joseph, ont été donnés avec rm luxe de détails qui suivent parfois la Bible verset par verset, d’autres sont à peine indiqués, d’autres, et non des moins connus, sont passés sous süence.

En général, les sujets sur lesquels on s’est le plus étendu sont pris parmi les plus populaires, les plus dramatiques et les plus symbohques, ceux qui fournissaient le plus souvent le thème des

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mystères. L’histoire de Joseph, notamment, eut beaucoup de succès à l’époque où nos stalles ont été faites : elle est aussi développée en grand détail dans les vignettes des Heiires de Simon Vostre et d’Antoine Yérard, desquelles les imagiers Amiénois n’ont pas été sans s’inspirer.

Dans une deuxième série, formée des bas-reliefs qui garnissent la partie inférieure des jouées des deux maitresses stalles et le dorsal de ces dernières, ceux qui garnissent les jouées extérieures des stalles hautes vers le sanctuaire, et ceux qui sont sculptés sur les panneaux des rampes des passages entre les stalles basses,, se déroule l’histoire de la Vierge Marie empruntée à la légende et au Nouveau Testament, sujet très fréquent au moyen âge.

La troisième comprend tous les appuie-mains des parcloses entre les stalles : ce sont de petits sujets de genre ou de fantaisie laissés au choix des artistes.

A la quatrième série appartiennent les pendentifs et les culs-de-lampe qui reçoivent en avant les retombées des petites voûtes formant le dais

continu au-dessus des stalles hautes. Des bouquets

feuillus y alternent avec des groupes de personnages, dont le choix a aussi été laissé au caprice de l’artiste. L’alternance es,t combinée de telle sorte qu’à un pendentif de feuillage correspond un cul-de-lampe à sujet animé et réciproquement. Ces culs-de-lampe, c^ui reçoivent les nervures de la

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petite voûte formant le dais des stalles, sont placés derrière les pendentifs et un peu plus haut. On ne peut les voir que très difficilement. Il n’eu est pas de même des pendentifs, qui sont le plus bel ornement de la partie antérieure du dais couronnant les stalles hautes.

Enfin, une infinité de figurines, religieuses ou profanes, jetées çà et là à travers rornementation, constitue une cinquième série.

Il est peu de stalles où la partie iconographique soit développée avec autant d’ampleur. Il est rare, par exemple, que, comme ici, des sujets sacrés aient été sculptés sur les miséricordes : on n’y voit généralement ailleurs que des sujets de fantaisie ou burlesques. Sauf quelques exceptions, les sujets bibliques ou légendaires sont pris dans leur sens littéral, en suivant l’ordre chronologique. Il n’y aura donc guère lieu d’y chercher d’intentions mystiques ou symboliques.

S’il est difficile d’admettre qu’un seul artiste ait pu être l’auteur de toute l’imagerie des stalles, il l’est bien plus encore de rechercher par des nuances de style et de manières à discerner les différentes mains qui ont pu y travailler. A travers la merveilleuse sculpture décorative, qui couvre toute l’ossature de la menuiserie, se mêlent de petites figures traitées avec la même perfection et de la même manière que les sujets historiés des miséricordes ou des culs-de-lampe. Cette sculpture décorative s’allie à l’assemblage

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de la menuiserie de la manière la plus intime et la plus logique. Beaucoup de huchers sculptaient le bois avec la plus grande perfection.

Il existe une grande parenté entre l’imagerie des stalles et celle de la seconde partie de l'histoire de saint Firmin dans la clotm-e du choeur (travée 22-24 a), et de la clôture du transept représentant les Vendeurs du Temple travée 13 b c). La composition est toutefois, dans les stalles, généralement meilleure. Il y a notamment, dans les bas-reliefs, si justement célèbres, qui composent l’histoire de la Vierge, quelques petits intérieurs d’un charme indicible et qui font penser aux peintres flamands primitifs.

Dans tous les sujets bibliques ou non, tous les accessoires, presque tous les costumes, tous les types de personnages, toutes leurs habitudes, tous leurs gestes, sont du'temps où les stalles ont été exécutées, c’est-à-dire du premier quart du XVI® siècle. Il résulte de cette sorte de travestissement, une bonhomie, qui ne détonne pourtant pa« trop avec le texte sacré. Xos artistes ont même été assez loin dans cette voie, et, en bons Français, en bons Picards, ils ont placé parfois, même dans les scènes les plus graves, le côté familier et même comique, « le petit mot pour rire ». Pendant que Melchisédech offre son solennel et prophétique sacrifice. Abraham est occupé à faire taire un petit chien qui aboie ; le pharaon est à table, cérémonieusement servi par

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le grand échanson, des chiens et des chats lèchent les assiettes qui gisent à terre ; à la mort de la Vierge, plusieurs apôtres, pour mieux voir, ou plutôt pour mieux être vus, sont montés sur un banc sous lequel trottinent rats et souris.

Mais c’est surtout dans les innombrables sujets de genre répandus dans les appuie-mains, dans les pendentifs et de tous côtés dans l’ornementation, que nos artistes se sont laissés aller à toute leur verve et à tout leur esprit. C’est merveille comme ils ont su exprimer la caractéristique de chaque type, trouver la note juste pour définir un caractère ou une situation, plier le corps humain dans le galbe commandé par la forme du meuble, avec les contorsions les plus variées, parfois les plus cocasses, sans nuire à la correction du dessin, sans cesser d’être vraisemblables. Et ils ont rnême su le faire pom’ les sujets bibliques imposés, par exemple le long de la partie supérieure des rampes à travers les stalles basses. En disposant habilement les personnages, les uns debout, les autres a^is par terre ou sur des sièges, d’autres couchés, en composant ingénieusement leurs gestes, en leur donnant des tailles inégales, mais jamais disproportionnées, ils ont trouvé moyen de faire entrer dans la silhouette commandée et uniforme, des groupes d’une vérité étonnante, d’une variété infinie, d’un pittoresque charmant.

Il est curieux d’observer que les sujets de fantaisie choisis par nos artistes, sont à peu près

Détail des stalles.

Cliché Hacquart.

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les mêmes que ceux que Ton retrouve dans les poésies légères du temps, dans les tableaux surtout, sujets populaires, connus et affectionnés du public.

Le frottement des mains et des habits a malheureusement émoussé les appuie-mains et un peu aussi les miséricordes, mais cette usure n’a rien enlevé dans les lignes générales de leur crânerie et de leur expression. Les culs-de-lampe, les pendentifs et les autres sujets hors de portée, sont conservés à l’état neuf, et dans toute la netteté, toute la fleur de leur dernier coup de gouge, et qu’il est ferme nerveux, précis, serré, sûr de lui !

fe série. Ancien Testament. — Le point de départ est la stalle maîtresse à droite en entrant dans le choeur. De là, on suit toutes les miséricordes des stalles hautes du côté sud, puis les staUes basses du même côté, mais en sens inverse, ensuite les stalles hautes du côté nord, en allant de l’entrée du chœur au sanctuaire, enfin les stalles basses de ce côté, en retournant vers l’entrée du chœur.

Maîtresse stalle 1 — Jouée A : A l’extérieur, création du monde, de l’homme et de la femme. A l’intérieur, faute et condamnation d’Adam et d'Ève. Plusieurs sujets ont disparu.

Haut dorsal : Sur la plinthe, meurtre d’Abel.

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Parclose 1-2 : Condamnation de Caïn ; Caïn tué par son arrière-petit-fils Lamech.

Miséricorde : Le déluge, l’arche flottant sur les eaux.

Parois de la stalle : î^'oé construisant l’arche ; le corbeau envoyé par î^oé, dévorant un corps humain ; la colombe rapportant un rameau d’olivier ; sacrifice de Xoé.

Eampe B 55. ïloé plantant la vigne ; Sem et Japhet couvrent d’un manteau leur père enivré ; ISToé maudit Chanaan, fils de Chain.

Miséricordes. 2. Sacrifice de Melchisédech.

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