‹ Description abrégée de la cathédrale d'AmiensChapitre 39 sur 58 · Goliath frappé par la pierre · texte numérisé non relu

Goliath frappé par la pierre

110. C’est la miséricorde, qui occupe aujourd’hui le no 55, qui devrait se trouver ici. EUe représente David tranchant la tête au'Phüistin.

Rampe H 110. Job avec sa famille dans la prospérité ; Job sur son fumier ; le Père Éternel le bénit ; Job tenté par sa femme et visité par ses

amis.

ACCESSOIRES — CHŒIR 1 37

2® série. Histoire de la Vierge Marie. — Les sujets sont disposés dans un ordre différent de celui qui a été suivi pour l'Ancien Testament. Ils partent de la maîtresse stalle à droite en entrant dans le chœur, puis continuent les stalles basses du même côté, en allant vers le sanctuaire, et enfin la jouée de la dernière stalle haute de ce côté ; ils reprennent ensuite le côté nord dans le même ordre, pour finir à la jouée de la dernière stalle haute vers le sanctuaire.

Maîtresse stalle 1. Jouée A. iSoubassement : un seul sujet ; Y Immaculée-Concepiion . La Vierge Marie, debout, sans l'enfant Jésus, bénie par le Père Éternel et entourée des symboles de son immaculée conception et de sa maternité virginale, tirés de rÉcriture iSainte : jardin fermé ; puits d’eaux vives ; cèdre élevé : plantation de rose ; porte du ciel ; belle comme la lune ; brillante comme le soleil ; étoile de la mer : lis entre les épines ; tour de David ; fontaine des jardins ; miroir sans tache : cité de Dieu.

Haut dorsal. Les C{uatre figures de la Vierge Marie tirées de l’ancienne loi (1) : le Buisson ardent ; la Verge d’Aaron ; la Vision de Gédéon ; la Pierre détachée de la montagne.

L’offrande de Joachim refusée par le prêtre, parce qu’il n’a point d’enfants.

Joachim étant allé cacher sa honte au milieu des bergers de ses troupeaux, un ange lui annonce

(1) Voy. ci-dessus, p. 70.

CATHÉDRALE d’amIENS

que sa femme lui donnera une fille qui s’appellera Marie.

L’auge apparaît à Anne et lui annoncé les mêmes choses.

Eampe B 55. Deux sujets : Eencontre d’Anne et de Joachim à la Porte dorée. — ISTativité de Marie. — Dans l’écoinçon entre les deux sujets : l’ânesse de Balaam, figure de la Vierge Marie et de sa maternité divine.

Eampe C 52. Deux sujets : Education de Marie enfant par sainte Anne. — Présentation de Marie au temple.

Eampe C 51. Deux sujets : Marie en oraison devant l’Arche. — Marie occupée à tisser.

Eam]3e D 11. Deux sujets : Marie étant en prières, un ange lui apporte sa nom’ritiu’e. — Marie et Ses compagnes à l’étude.

Eampe D 10. Deux sujets : La verge de Joseph fleurie ; celles des autres hommes à marier de la maison de David restent desséchées. — Fiançailles de Marie et de Joseph.

Eampe E 32. Deux sujets : L’Annonciation. — La Visitation.

Jouée F 31. Soubassement. Deux sujets : L’ange tirant Joseph de son doute. — Joseph s’excusant à Marie de ses soupçons injurieux.

Partie haute : îfativité de Jésus. — Adoration des Mages. — Présentation de Jésus au temple et Purification de Marie. — Quelques sujets accès-

ACCESSOIHES

CHŒEIt

soil’es, qui ont pour la plupart disparu en 1839 ; on T voit encore David jouant de la harpe.

Maîtresse stalle 56. — Jouée G. Soubassement. Un seul sujet : le Massacre des Innocents.

Haut

dorsal ;

L’ange

apparais-

saut à

Joseph et

lui ordonnant de

fuir en '

Égypte.

La

fuite en

Égypte.

La chute des

idoles

à l’arri-

vée de Égypte.

Jésus en

Quatre personnages sans attributs, que l’on ne peut identifier d’une façon certaine.

-Massacre clos Innocents ( talles). Sur IC lllOntantj

de nombreux sujets ont disparu. Il n’en subsiste qu’un représentant Marie conduisant par la main l’enfant Jésus.

Kampe H 110. Deux sujets : Jésus parmi les docteurs. — Ketour à îsa^areth.

Eampe I 107. Un seul sujet : Les Xoces de Cana.

Rampe I 106. Un seul sujet : La mère et les frères de Jésus viennent lui parler, alors qu’il discutait avec les Pharisiens ; il répond : « Quiconque aura fait la volonté de mon père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère ».

Rampe J 96. Deux sujets : Jésus attaché à la croix. — Marie au pied de la croix.

Rampe J 95. Deux sujets : Jésus descendu de la croix. — Mise au tombeau.

Rampe K 87. Deux sujets : Apparition de Jésus ressuscité à Marie. — L’Ascension.

Jouée L 86. Soubassement. Un seul sujet : La Descente du Saint-Esprit.

Partie haute : Mort de Marie. — Assomption. — Couronnement de Marie dans le Ciel. — ISTombreux sujets accessoires disparus.

Uous ne pouvons énumérer les unes après les autres les innombrables .figures qui composent les trois dernières séries : appuie-mains, pendentifs et culs-de-lampe, sujets divers répandus çà et là dans l’ornementation, d’autant que beaucoup ne pourraient être désignés que par une description assez longue. Cependant, ils méritent au premier chef d’être examinés. Ce sont de véritables chefsd’œuvre, où l’on trouve tout l’esprit de la fin du

ACCKSSOI H KS

CUCEVa

moyen âge. Ou y voit riiomme qui caresse sou chien ; la scène si populaire du renard prêchant aux poules : des joueurs d'instruments de musique ; des fous et des sots des deux sexes dans toutes les situations possibles ; de nombreux métiers : boulanger, apothicaires, lavandière, boucher, marchande d’herbes ou hortillonne, futailler hucher, tailleur d’images, peintre, monnayeur, couturier, fabricant de galoches, nourrice, etc : des mendiants, pouilleux, marauds, bélîtres, truands de toutes les catégories, hommes et femmes ; des gens d’église séculiers ou réguliers : le maître d’école ; des buveurs et des ivrognes ; des ménestrels et joueurs d’instruments ; Samson ; Hercule ; des anges ; des monstres ; des jeux d’enfants ; les « fillettes » ou filles de joie ; des scènes lubriques, parfois d’une singulière audace ; le pèlerin ; des rixes et des batailles ; la femme qui bat son mari ; le chef de saint Jean ; le jeune homme, la jeune fille, le miroir et la mort, etc., etc.

Ce ne sont, répétons-le que des sujets de fantaisie, et il ne faut voir dans aucun d’eux, croyons nous, d’intentions symboliques.

Parmi les sujets divers répandus dans l’ornementation générale, nous ne pouvons passer sous silence les statuettes de l’Église et de la Synagogue, qui surmontent les hautes pyramides audessus des deux maîtresses stalles, non plus que celle de saint Paul, qui domine la pyramide placée

CATHIÎDKALE d’a.MIEXS

au-dessus de la stalle 86, la dernière stalle haute du côté nord vers le sanctuaire. Le mai, qui, depuis 1615, remplace la pyramide de la haute stalle correspondante n^ 31 (1), est terminé par une statuette de saint Michel. Il est vraisemblable que l’ancienne pyramide était sommée d’un saint Pierre.

Dans l’ornementation des accoudoirs du côté nord, on remarque quelques banderoles portant des inscriptions. Les deux plus intéressantes sont celles qui se rapportent à l’ouvrier Jean Turpin ou Trupin : l’une (85-86) porte ce simple mot : TRVPiN ; l’autre (91-92) : jan ïrvpin diev te POVRVOIE. Sur une autre, on lit la date du commencement des stalles : 1508. Toutes les autres sont des invocations en latin.

(1) Voy. ci-dessus, p. 114.

Tendealif «lei stalles.

Frise inférieure du dorsal des stalles.

Le maître-autel, à la romaine, eu bois sculpté et doré, date de 1755. Au centre de sa partie antérieure, est un bas-relief représentant Jésus au Jardin des Oliviers ; Jésus, assis à table entre les pèlerins d'Emmaüs est sculpté de même sur le tabernacle.

La décoration du sanctuaire a été exécutée en 1768 par le sculpteur Jean-Baptiste-Michel Dupuis et l’architecte Pierre- Joseph Christophle dit Projet, son gendre. En arrière du maîtreautel, au-dessus d’un petit autel, dit autel de rétro, s’élève une immense gloire de nuages et de rayons dorés où se jouent anges et chérubins joufflus. Elle occupe tout l’entrecolonnement, qui est au centre du rond point. C’est le seul percé, qui soit entièrement obstrué par cette moderne décoration. Cette gloire est destinée à accompagner la colombe suspendue, dans laquelle, suivant un antique usage liturgique, le Saint-Sacrement est conservé. A droite et à gauche de celle-ci, deux anges adorateurs sont agenouillés dans les attitudes les plus passionnées . qu’il a été possible

d’imaginer. Un peu plus loin, contre les piliers 29 a et 30 a, se tiennent debout deux grandes statues de la Vierge Marie et de saint Jean-Baptiste : cette dernière est assez bonne. Des châsses accompagnées de groupes d’anges sont placées devant les piliers suivants 27 a et 28 a. Le tout est disposé de manière à pyramider. Enfin, à la base de chacun des quatre derniers piliers 23 a, 25 a, 24 20 a, on a placé, au milieu de nuages et de figures angéliques, un médaillon dans lequel est en basrelief le buste d’un des quatre évangélistes accompagné de l’animal qui le symbolise,.

Les magnifiques grilles en fer forgé et doré de style rocaille qui garnissent tous les entrècolonnements du sanctuaire, ont été i^iacés de 1751 à 1768, On les attribue souvent à Jean-Baptiste Veyren, dit Vivarais, serrurier à Corbie, auteur de la grille d’entrée du chœur, mais rien n’est moins certain. Pour les établir, on a démoli de nombreux monuments de sculpture et de nombreux tombeaux qui fermaient entièrement le chœur, mais dont la plupart devaient être d’une très grande beauté. L’enlèvement de ces monuments a eu pour but de permettre de voir les cérémonies aux fidèles, qui venaient en foule aux offices capitulaires aux jours de fêtes et dimanches.

En 1890, la décoration et les grilles du sanctuaire, y compris la grille d’entrée du chœur, furent réparées et redorées aux frais de M. Edmond Soyez.

A CC ESSO Mi ES

liAS COTES

m. — B.VS-COTKS.

Contre le pilier 11 h s’élève le monument funéraire en marbre, de Jean de Sachy, ancien premier échevin d’Amiens, et de Marie de Eeve- LOIS, sa femme, décédés l’un le 9 février 1644, et l’autre, le 25 février 1662. Sa partie architecturale a été réparée en 1889. Il se compose d’un ordre d’architecture formé de quatre colonnes corinthiennes accouplées à droite et à gauche d’une arcade centrale et supportant un entablement surmonté d’un fronton cintré. Sur ce fronton sont sculptées les armes des défunts. L’arcade centrale sert d’encadrement à une statue de la Vierge Marie, près de laquelle les deux défunts sont représentés agenouillés et présentés à elle iiar le petit saint Jean-Baptiste, patron de Jean de Sachy. Au bas est un cul-de-lampe sur lequel est un squelette couché dans un Linceul. Le tout est supporté par une colonne d’ordre toscan partant du sol.

C’est une des meilleures œuvres de Nicolas Blasset : malgré un peu de raideur, la Vierge a beaucoup de noblesse et de dignité ; les autres personnages sont bien vivants, quoique sans recherche. Le squelette est un tour de force auquel se plaisaient les sculpteurs du xvi® siècle ; an xvii®, cela commençait à passer de mode.

CATHKDRALE d’aMIEA’S

Dans la travée 13 h c, sur l’appui de l’ancienne fenêtre qui, jadis, éclairait le transept sur l’extérieur, mais qui, aujourd’hui dé vitrée, sépare le transept de la chapelle ix, se trouve un monument de sculpture de pierre donné par Jean Wytz, chanoine de la cathédrale, décédé le 8 novembre 1522 on 1523. Son épitaphe, en lettres gothiques, peintes en noir sur fond blanc dans l’écoinçon central de l’arcature du xm® siècle, qui orne le soubassement de la fenêtre, est ainsi conçue :

Cy gist venerable et discrète personne monseigneur maistre Jhan Wytz prebtre chanoine de ceanz chantre et chanoine de l’église nostre dame de Cassel lequel {jeicf\ faire cette Représentation et trespassa le [viii®] jour de novembre an mil [ccccc XXII ou yc xxiii] pries dieu pour son ame. Pater noster. Ave maria. Amen.

C’est une suite de quatre niches couronnée par un motif d’architecture flamboyante, extrêmement élevé et mutilé dans sa partie supérieure. Sous ces quatre niches sont autant de sujets sculptés, peints et dorés, figurant Jésus chassant les vendeurs du temple., mais où l’on a cherché à figurer le temple de Jérusalem avec ses différentes parties, ses principaux accessoires et les prêtres qui en font le service. Les accessoires ont été copiés dans la Chronique de ISTuremberg, édition de 1493. Chacun des quatre groupes figure une des parties du temple.

Les Vendeurs du Temple.

(diché Hacquart.

ACCESSOIIiES

BAS COTES

1er groupe. — Atrium. — On y A^oit tous les marchands dans un arrangement très pittoresque. Jésus s’aArance au milieu d’eux, avec ces mots sur une banderole : Auferte ista hinc, et nolitc faccre domnm patris mei domuni negociationis. « Enlevez tout cela d’ici ; et ne faites pas de la maison de mon père une maison de trafic. »

2® groupe. — Tahernaculum. — Encore les marchands et Jésus au milieu d’eux. Dans l’intérieur du temple, figuré par un portique de style Eenaissance, un agneau se consume sur l’autel des holocaustes.

3e groupe. — Sancta. — En avant, la table des douze pains de proposition. Au second plan, deux prêtres encensent un autel.

4® groupe. — Sancta sanctorum. — Le grand prêtre, costumé comme le décrit la Bible, encense l’Arche d’alliance.

Des cinq statuettes, qui ornaient les montants séparatifs des quatre groupes principaux, il n’en subsiste qu’une représentant saint Jean-Baptiste.

Outre qu’il est fort peu dégradé et qu’il n’a jamais subi aucune restauration, ce monument est un morceau de sculpture très remarquable et présentant une grande analogie avec les stalles, non seulement par sa statuaire, mais aussi par son architecture. Il y a beaucoup d’animation dans les groupes. Il ne faut pas" manquer de regarder les cinq spirituels marmousets, qui

CA'IHÉDRALE d’aMIENS

servent de supports aux montants séparatifs des quatre grou])es.

Le poète Jean-Baptiste-Louis Gresset, auteur de Vert-Vert, du Méchant, etc., mourut à Amiens, sa ville natale, le 16 juin 1777, et fut enterré au cimetière Saint-Denis de cette ville. Sa sépulture y était des plus modestes. En 1811, l’académie d’Amiens fit transporter ses restes dans la cathédrale, où ils furent inhumés près du pilier 15 c, et on plaça au-dessus d’eux son épitaphe en marbre noir rapportée du cimetière Saint-Denis. Elle est ainsi conçue :

D. O. M. Ici repose le corps de Messire Jean-Baptiste-Louis Gresset, chevalier de l’ordre du roi historiographe de l’ordre

ROYAL ET AIILITAIRE DE SAINT-LAZARE L’UN DES QUARANTE DE L’ACADÉMIE FRANÇOISE, HONO¬ RAIRE DE CELLES DE BERLIN ET D’AMENS, DÉCÉDÉ LE 16 JUIN 1777 AGÉ DE 69 ANS. PRIEZ Dieu pour le repos de son ame.

Le projet formé alors de lui élever à cette place un monument ne reçut jamais d’exécution.

Vers 1840, Jean-Baptiste- Alexandre Ledieu, membre de la société des Antiquaires de Picardie, fit placer contre le pilier 15 c, une dalle de pierre blanche où est écrit :

D. O. M. Jucundœ Cunctis Memoriœ inclyti Musarum Alummi Johannis Baptistœ Ludovici

ACCESSOinES

l!AS COTES

GBESSET Ambiani, Gu jus Ossa Diu Aliunde Arueruni Verccunde Vero Hublata Exeqiiüs iierum Rite Solutis ac Splendide universis Convenientibus 16“ Augusti 1811 Hic Recondita in spem Resurrectionis Jacent et in Race. Obiit 16“ junii 1777 Ætatis 68. Declinate a me maligni. Psal. 118, V. 115.

« A Dieu très bon, très gxand. A la mémoire agréable à tous de l’illustre nourrisson des Muses Jean-Baptiste-Louis Gresset, d’Amiens, dont les os se sont desséchés longtemps ailleurs, mais exhumés avec respect, en de nouvelles funérailles célébrées splendidement, selon les rites, au milieu du concours universel, ont été déposées ici le 16 août 1811, et y gisent en paix dans l’espoir de la Eésurrection. Il mourut le 16 juin 1777, 68^ année de son âge. Éloignez-vous de moi, méchants. Ps. 118, V. 115 ».

Dans la travée 13-15 c d, se trouve une grande auge oblongue en pierre de Senlis, ornée de moulures, et, à chaque angle, d’une figure de prophète en demi-bosse, tenant une banderole. Deux de ces prophètes sont nommés : Johel, Zacharias. Le style de ces quatre figures, et surtout les caractères des inscriptions qui les accompagnent, accusent les premières années du règne de Philippe- Auguste, vers 1180. Les petits piliers, qui la supportent, doivent dater seulement de 1 ’éx)oque de la construction du grand portail, et sont décorés

CATHÉDRALE d’aMIENS

d’un motif analogue à celui que l’on voit au soubassement de celui-ci.

Cette auge sert de fonts baptismaux, du moins ponr les baptêmes particubèrement solennels et ponr certaines cérémonies, telles que celles du Samedi Saint et d’autres analogues. Sa forme insolite permet de croire qu’elle n’a pas été faite pour cet usage. Elle est, nous l’avons vn, antérieure à la cathédrale actuelle. Peut-être est-ce une ancienne fontaine à ablutions, comme il y en avait souvent dans les cloîtres, ou bien une ancienne pierre à laver les morts, suivant une très ancienne coutume.

Un lambrissage de menuiserie, du milieu du xvin® siècle, comprenant deux confessionnaux, garnit le soubassement de la fenêtre 13-15 d. Il a été placé là au moment de la Eévolution et provient de l’ancienne église Saint-Firmin-en-Castillon.

Les deux travées 17-19 a, et 19-21 a, sont garnies d’un double monument de sculpture de pierre, formant la clôture du chœur : On y a représenté l'Histoire de saint Jean-Baptiste dont, comme nous l’avons vu, la cathédrale conserve la relique insigne de la face. On ignore le nom du donateur de même que celui de l’auteur ou des auteurs de cette partie de la clôture. Tout ce que nous savons, c’est que la date de 1531 est inscrite en chiffres arabes en tête des légendes de la première travée.

ACCESSOIRES

BAS COTES

Chaque travée comprend quatre grandes niches en style gothique flamboyant, renfermant autant de sujets sculptés, au bas de chacun desquels est une légende en vers français. Au-dessous est un soubassement orné de quatrefeuilles, où sont sculptés de petits sujets en bas-relief. Rappelons que ces sculptures étaient à peu près intactes, et que la restauration que Caudron en a faite en 1838, a été peu importante.

Bien qu’elle soit la plus récente, par sa date, de toutes les clôtures du chœur et du transept, l’histoire de saint Jean-Baptiste paraît encore assez gothique, assez retardataire. Les mouvements sont encore brusques, les attitudes tourmentées et guindées, les membres raides, les draperies des vêtements, qui sont d'une grande richesse et d’une grande complication, ont des jdis anguleux et cassés. Mais il en résulte dans ces compositions un caractère et un accent que n’ont pas les autres clôtures de la même époque. C”est aussi celle où les arrangements sont compris de la façon la i^lus simple, la jjIus claire, la plus monumentale. Cet archaïsme se constate encore dans la façon simple et sommaire dont le bas-relief est traité dans les petits quatrefeuilles, qui ornent le soubassement. Comme au xiii® siècle, les sujets, sans arrière-plans, s’y détachent encore sur un fond de tapisserie, et une grande discrétion est apportée dans le nombre des personnages et des accessoires. Les bas-reliefs, qui ornent le soubas-

CATHKDRALE D AMIEXS

sement de la seconde travée de Thistoire de saint Firmin à la clôture du chœur (travée 20-22 a), n’ont pas cette qualité.

Travée 17-19 a. — Soubassement : 1. Vision de Zacharie. — 2. Zacharie sort du temple privé de

l’usage de la parole.

— 3. Rencontre de Zacharie et d’Ehsabetb. — 4. La Visitation. — 5. Marie chez - Elisabeth. — 6. Nativité de saint Jean - Baptiste. — 7. Circoncision de saint Jean. — 8. Elisabeth donne à son fils le nom de Jean. — 9. Saint Jean nommé par son père. — 10. Saint Jean passe sa jeunesse dans le désert.

Grands sujets. — l^r groupe. Prédication de saint Jean-Baptiste.

Sainct Jhan preschoit au desert par constance

Adfin que on feist des pesche.z penitence. 1531.

2® groupe. Baptême de Jésus.

Jhesus entra au flœuve de Jordain

Ou baptême eubt de sainct Jhan pour certain.

3® groupe. Saint Jean révélant sa mission.

Interroge sainct Jhan quij 11 estait

- Dict estre voix quy au desert preschoit.

Cliché Hacquart.

Histoire de saint Jean-Baptiste (Travée 19-21 a).

Travée'19-21 a. — Grands sujets. — groupe: Saint Jean devant Hérode. Son emprisonnement.

ACCr.SSOIIîES - BAS COTES

4® groupe. Saint Jean montrant l'Agneau de Dieu.

Sainct Jhan voyant Jhesus vers luy marcher Vecy le agneau de dieu, dict-il, ires cher.

Pour arguer herode de adultéré

Sainct Jhan fut mis en prison fort austere.

CATHÉDRALE ü’aMIENS

2® groupe. Le festin d’Hérode.

De Herodias la fille demanda

Le chef sainct Jhan, Herode le accorda.

3® groupe. Décollation de saint Jean-Baptiste.

En prison fut sainct Jhan décapité,

Pour avoir dict et presche veriic.

4® groupe. Vengeance d’Hérodiade.

Le chef sainct Jhan fut à table pose Puis d'un Cousteau dessus l’œil incise.

Soubassement : 1. Le corps de saint Jean

enseveli par ses disciples. — 2.

Guérisons au tombeau dé saint Jean. — 3. Les ossements du saint livrés aux flammes. — 4. Les cendres jetées au vent. — 5. Réception du chef de saint Jean à Amiens (1).

Dans la muraille 19-21 c, est encastré le tombeau d’un évêque paraissant remonter au milieu du XTii® siècle. Il est tout en pierre blanche, où l’on voit encore des traces de peinture. Sous une arcade basse en plein cintre, surmontée d’un

(1) Voy. ci-dessus, p. 2.

ACCESSOIRES

BAS COTES

gable à crochets, l'éA^êqne est représenté couché sur une sorte de sarcophage ou de soubassement orné seulement d’une suite de quatrefeuilles. La statue est fort bonne : le visage souriant, la figure bien remplie et à double menton pourrait être un portrait. Une johe branche de AÛgne au naturel est sculptée dans le trèfle, qui orne le tympan entre le gable et l’arcade.

Bien qu’il n’y ait plus d’épitaphe, on considère généralement ce monument comme celui de Gérard de Co>’chv, évêque d’Amiens, mort en

Contre le pilier 21 b, s’élève le mausolée en pierre, par Nicolas Blasset, d’ANTOiNE de Bâillon, chanoine, mort le 21 août 1641. Il représente en grandeur naturelle le chanoine agenouillé devant un Ecce Homo. Les attitudes sont calmes et naturelles, les physionomies expressives. On constatera dans celle du Christ, et surtout dans la coupe de ses cheveux et de sa barbe, un caractère très accentué de la mode du temps de Louis XIIL CTne grande console portée par une colonne partant du sol sert de support à cette sculpture.

Bien qu’aucune inscription ne permette de l’identifier d’une façon certaine, on considère généralement la sépulture d’évêque, qui occupe la partie inférieure de l’entrecolonnement 31-32 a, comme celle de l’évêque Arnould mort en juin

CATHÉDRALE d’aMIENS

1247. Il n’en subsiste que le soubassement de pierre blanche, sur lequel est sculpté un ornement continu à losanges, dans lesquels alternent des castilles et des fleurs de lys. Les fleurs de lys ont été martelées à la Eévolution.

Pendant le xviii® siècle, on remplaça la statue gisante du prélat défunt par celle en marbre blanc du cardinal Jean de la Geange, mort le 24 avril 1402, dont le somptueux mausolée occupait une partie de l’entrecolonnement 23-25 a, et fut alors détruit pour faire place à la grille actuelle. Cette statue rappelle beaucoup les statues funéraires en marbre exécutées par André Beauneveu dans l’église de Saint-Denis. Elle est fort remarquable d’exécution et de vérité : les draperies sont traitées très simplement, mais avec beaucoup d’art. On sait par le testament du cardinal, que celui-ci avait, de son vivant, commandé son tombeau à Paris. Il s’en était fait faire un autre à Avignon (1). La dalle en pierre noire de Belgique, sur laquelle cette statue était couchée, et qui porte l’épitaphe du cardinal, se trouve aujourd’hui au musée d’Amiens.

Au-dessus du soubassement du tombeau de l’évêque Arrould s’élève le mausolée de GunAiN Lucas, chanoine, décédé le 18 août 1628. C’est l’oeuvre la plus célèbre, mais non la plus parfaite, de Mcolas Blasset. Son architecture, toute en

(1) Sur le tombeau d’Avignon, voir Müntz, dans VAmi des monuments et des arts, 1890.

ACCESSOIRES

BAS COTES

pierre blanche, marbre noir et marbre gris veiné, se compose de deux pilastres corinthiens supportant un entablement surmonté d’un fronton, au

milieu duquel est une tête de mort dans un cartouche. Ce fronton est accompagné et surmonté de trois pots à feu et orné sur ses rampants de deux enfants nus, accoudés et pleurant. 8ous l’entablement s’ouvre un grand cintre surbaissé, dont la clef est sculptée de trois charmantes têtes d’enfants chantant. Dans le soubassement, on a ménagé

Guilain Lucas, par Blasset.

un arc surbaissé pour laisser la place de la statue d’évêque gisant, qui recouvre le tombeau qui est au-dessous.

Sous le grand cintre sont les statues en marbre blanc de la Vierge Marie et du chanoine Lucas, agenouillé devant elle. Ces statues se détachaient primitivement sur un fond' de marbre noir, qui était dégradé et qui fut remplacé en 1843 fond de stuc blanc bordé de

noir, dont l’effet n’est pas très heureux. La physionomie du chanoine est calme, bien ren-

CATHÉDRALE d’aMIEXS

due et naturelle : il y a tout lieu de supposer qu’elle est ressemblante. La Vierge est peut-être ce que Blasset a produit de plus mauvais.

Entre ces deux statues, on remarque un petit ange nu, un piitto accoudé sur une tête de mort et qui fond en larmes. Cette œuvre estimable d’un artiste de second ordre, dont ce n’est pas la meilleure, jouit dans le public, on ne sait pourquoi, d'une réputation colossale sous le nom de l’Ange pleureur. On peut voir des gens entrer dans la cathédrale, aller droit à l’ange pleureur et en repartir sans avoir regardé autre chose. Pendant la dernière guerre, cette renommée s'est accrue d’invraisemblable façon. Il a été répandu dans l’univers entier sous forme de cartes postales, de médailles, de presse-papier, de bénitiers, de bijoux, que les marchands d’Amiens vendirent à profusion à tous les soldats de toutes races et de toutes couleurs qui passèrent alors par cette ville. Et Dieu sait s’il y en eut ! Et maintenant, on aura beau faire, on aura beau dire, pour la masse, la cathédrale d’Amiens ce n’est pas la sublime beauté de son architecture et de sa statuaire ; c’est un emblème pour corbillard !

Guilain Lucas avait fondé à Amiens une maison d’orphelins dites des JSnfants bleus et avait laissé 50 francs de rente pour l’entretien des aubes plissées des enfants de chœur de la cathé-

ACCKS.SOIIiES - BAS COTÉS 1()1

drale. C'est en mémoire de ces œuvres de ])ienfaisance que l’on a fait entrer plusieurs fi^jures d’enfants dans l’ornementation de son tombeau. Ajoutons que les figures d’enfants étaient une des choses (pie Blasset réussissait le mieux.

De même que du côté nord, les deux entrecolonnements derrière les stalles du côté sud, 18-20 a et 20-22 fl, sont remplis par deux monuments de sculpture de pierre se faisant suite et disposés de la même façon ; le couronnement en style gothique flamboyant qui les surmonte est exactement du même dessin d’un côté que de l’autre. Ils constituent donc dans la pensée de ceux qui les ont fait exécuter un seul et même ensemble destiné à faire la clôture du chœur. On y a représenté VRistoire de saint Firmin, premier évêque d’Amiens.

Pourtant les deux travées, que nous avons sous les yeux, sont de deux époques assez éloignées l’une de l’autre.

La première, la plus ancienne de toutes les clôtures de ce genre que possède la cathédrale, est celle qui se trouve entre les piliers 18 a et 20 a. Elle fut érigée vers 1490 par Adrien de Hénencourt, alors prévôt du chapitre, pour servir de monument funéraire à son oncle Ferry de Beauvoir, évêque d’Amiens, mort à Montreuil le 24 février 1473, et dont il venait de faire transférer les restes dans la cathédrale. Adrien de Hénen-

court fit commencer la seconde partie vers la fin de sa vie, pour lui servir à lui-même de mausolée. Lorsqu'il mourut le 3 octobre 1630, elle n’était pas entièrement terminée, et elle le fut aux frais de sa succession.

Eappelons que les sculptures de tout ce côté de la elôture du chœur ont été fortement mutilées en 1793 — ^ la plupart des têtes notamment ont été abattues — et qu’eUes ont été restaurées en 1838, la première travée par les frères Duthoit, la seconde par Théophile Caudron.

Travée 18-20 a. — La statuaire de cette première travée a un caractère tout particulier provenant de la grande antériorité de sa date. Elle se distingue de celle des autres parties des clôtures par son style et par le costume des personnages. Il y a en effet moins de correction dans le dessin : bien qu’extrêmement variés dans leurs postures, les personnages ont quelque chose de guindé et de raide. Ce qui contribue à leur donner cette apparence de raideur compassée, c’est surtout la disposition des draperies. Elles tombent la plupart du temps en longs plis droits, provenant moins toutefois de l’inhabileté de l’artiste que de la mode du temps : plusieurs personnages pour lesquels il n’a pas été. sacrifié à cette mode, sont drapés avec un art irréprochable. Telles, dans le premier groupe, la femme qui se tient au

ArCKSSOlUES

HA s COTES

premier plan, retroussant sa eotte, celle qui. au second groupe, est assise tout à fait en avant,

(Cliché Hacquart.

Histoire de saint Firinin, travée 18-20 a.

telle aussi la statue d Adrien de Hénencourt. Ces longs plis droits sont même la principale caractéristique de cette première partie de la clôture. Ce sont les mêmes que l’on voit dans les estampes, qui ornent les ouvrages imprimés aux environs de 1490, ceux publiés par Antoine Vérard, par exemple. Ces costumes, tout en étant fort riches, sont beaucoup moins comxiliqués que ceux du premier quart du xvi® siècle qui se rencontrent dans les autres clôtures et dans les stalles : jus-

CATHÉDRALE DAMIENS

taucorps à jupes courtes, houppelandes traînantes, manches longues, étroites et généralement peu ornées. Tous ces vêtements sont faits de drap d’or diapré ou uni et ornés de fourrures.

Dans cette x>artie des clôtures, la peinture Joue un bien plus grand rôle que dans les autres, et elle ne se borne pas à la polychromie, comme on dirait aujourd’hui, des personnages sculptés. Ainsi dans le soubassement, il n'y a d’autre sculpture que la statue funéraire de Ferry de Beauvoir, tout le reste est orné de personnages en plate peinture ; de même dans le fond des quatre grandes niches, on a peint une vue panoramique de la ville d’Amiens telle qu’elle existait à la fin du xv® siècle, avec ses principaux monuments et même ceux de ses environs ; l’exactitude très remarquable pour l’époque, avec laquelle les édifices encore existants et ceux sur lesquels nous avons des renseignements certains, sont représentés, doit donner une grande confiance pour le reste. On y reconnaît l’abbaye de Saint-Jean hors les murs, l’église Saint-Jacques, le Beffroi, la tour Saint- Nicolas, la collégiale Saint-Nicolas, l’abbaye de Saint-Martin-aux- Jumeaux, les remparts avec leurs tours et leurs portes, une très intéressante vue de la . cathédrale, etc. C’est donc un monument infiniment précieux.

Rappelons que ces peintures ont été restaurées en 1844 par Désiré Lebel.

ACCESSOIltES - IJAS COTES 1G5

Grands sujets. — l®’' groupe. Entrée de saint F'irinin à Amiens. Le sujet déborde en dehors de la niche, contre le pilier 18 a. Là, près d’une des tours qui flanquent la porte par laquelle saint Firmin entre à Amiens, est la statue agenouillée du donateur, Adrien de Hénencourt. Elle est supportée par îme colonne où on lit la première partie de sa devise : Toile moras. La seconde : nocuit dif ferre paraiis (1), est écrite sur la colonne qui se trouve contre le pilier 120 rt, supj)ortant le groupe de la décollation de saint Firmin, placé de la même manière.

Le disieme de octobre Amiens Sainct Fremin fit première entree ,

Dont Faiistînien et les siens Ont grand joije demonstree.

2® groupe. Prédication de saint Firmin.

Au pceuple d’Amiens aniincha La sainte log eivangélique Tant que pluseurs d’eulz adrescha A tenir la foy catholique.

3® groupe. Baptême des Amiénois.

Faustinien, la noble Attille,

Femme Agrippin, famille, enfans,

Baptisa avec trois fois mille Pour ung jour la foy confessons.

(1) Toile moras, semper nocuit dif ferre paratis.

<c Pas de retard; il a toujours été nuisible de différer ' ’and on était prêt ». Lucain, Phars., I, 281.

CATHKDKALE d’aMIEXS

4® groupe. Arrestation et décollation de saint Firmin.

Longulus et Sebastien Des ydolatres a l’instance Le saint martir par faulz moyen Emprisonerent. Et puis sans ce Que le pœuple en eut congnoissance Secrètement contre raison Firent de nuit soubz leur puissance Trenchier son chief en la prison.

Soubassement. — La décoration du soubassement est, avons-nous dit, presque toute entière de plate peinture. Le milieu figure un sarcophage, garni d’un drap mortuaire de drap d’or, garni de cinq médaillons, où sont figurés VAgnus Dei et les animaux symboliques des évangélistes. Sur ce sarcophage est pratiquée une niche plate dans laquelle est placée la statue gisante de Ferry de Beauvoir. L’intérieur de la niche est orné lui aussi de peintures représentant, sur les côtés, deux pleurants, et, dans le fond, les douze apôtres avec leurs attributs, ces divers personnages à mi-corps. Le reste de la décoration peinte du soubassement, en dehors du tombeau proprement dit, représente à droite et à gauche deux chanoines en robes rouges et chapes bleues, et deux anges soulevant des courtines qui sont censées avoir recouvert le tombeau. Ces peintures sont fort belles et justement célè-

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RAS COTES

bres. Le dessin est irréprochable, les gestes vrais et vivants, sans sortir dn calme nécessaire à tonte peinture monumentale.

On remarque dans cette partie de la clôture un très grand nombre d’écussons. Les armes, qui y étaient peintes avaient été effacées, lors de la Révolution. En 1844, on y a repeint des armoiries, mais qui ne sont pas celles qui s’y trouvaient originairement.

Travée 20-22 a. — Plus moderne de près de quarante ans, la statuaire de la seconde partie, qui sert de monument funéraire à Adrien de Hénencourt lui-même, mort le 3 octobre 1530, est toute différente de celle de la première. Elle se rapproche davantage des autres et surtout de celle des Vendeurs du Temple (travée 13 b c) : elle ne manque pas non plus d’analogie avec l’imagerie des stalles. Personnages nombreux — un peu trop — aux proportions trapues, mouvements ressentis et assouphs, draperies molles et arrondies. Toujours les mêmes costumes somptueux et compliqués.

Grands sujets. — 1®^ groupe. Saint Sauve exhorte le peuple à prier pour que l’on retrouve la sépulture de saint Firmin.

Sainct Saulve son pœuple Incitait De faire a Dieu priere pure Désirant scavoir ou estait De sainct Fremin la sépulture.

Cliché Hacquart.

Histoire de saint Firniin, travée 20-22 a.

2e groupe. Un rayon lumineux révèle la sépulture de saint Firmin.

Sainct Saulue en esleuans les ijeulx Appercheut du trône divin Comme ung raiz de soleil dessus Le corps du martir sainct Fremin.

3® gToupe. Exhumation de saint Firmin.

Quatre evesques Beauvaiz Noyon,

Cambraij Therouenne aidant Dieu Vindrent voir ceste invention Evocquez par l’odeur du lieu.

ACCESSOIltES - BAS COTES 1(>9

4e groupe. Translation à Amiens des reliques de saint Firinin.

.4 Sainct Achœiil en chasse mys Fut puys en Amyens apporte Plusieurz malades la transmys Le depriant eurrent sanie.

t'<oubas.^eï}ient. — Au centre, sous une longue niche surbaissée, est la statue gisante d’Adrien de Hénencourt. Antoine Anquier, tailleur d’images à Amiens, l'exécuta d’après un dessin pris sur le lit de mort dji défunt, par Guillaume Laignier, peintre. Autant qu'on en peut juger après les trop nombreuses mutilations et restaurations qu’elle a subies, c'est une fort belle statue, qui suffit pour faire considérer xVntoine Anquier comme un sculpteur de grand talent. Les draperies sont fort bien traitées, sans recherche, le visage plein de vérité. Il est seulement fâcheux que, pour une statue dont l’auteur nous est connu d’une façon certaine, elle ne nous soit pas parvenue intacte. Dans le fond sont peints quatre pleurants à mi-corps, peinture assez ordinaire d’ailleurs. Ils doivent être l’œuvre de Pierre Pallette, peintre, qui fut chargé par la succession d’Adrien de Hénencourt d’ « estofïer », c’est-àdire de peindre cette partie de la clôture.

Le reste du soubassement est garni de treize quatrefeuilles dans lesquels sont sculptés en basrelief les principaux faits de la vie de saint Firmin avant son arrivée à Amiens, et les miracles qu’il opéra dans cette ville. Il ne faut pas tou-

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jours se fier à la restauration que Caudron en a faite.

1. Baptême de saint Firmin. — 2. Saint Honeste chargé d’instruire saint Firmin.

— 3. Baptême de Firme, père de saint Firmin. — 4. Premières prédications de saint Firmin. — 5. Saint Firmin sa-

cré évêque. — 6.

Saint Firmin en Auvergne. — 7. Saint Firmin à Angers. — 8. Saint Firmin à Beauvais. — 9. Guérison de paralytiques. — 10. Guérison de deux lépreux à la porte Clipéenne. — 11. Castus recouvre l’œil qu’il avait perdu. — 12. Guérison de fiévrenx et d’autres infirmes. — 13. Guérison de possédés.

Près du pilier 22 a, s’élève le petit monument en marbre blanc élevé par François de Vitry en 1705 à la mémoire de son père, Charles de Vitry, receveur des gabelles, décédé en 1670, dont le cœur fut déposé en cet endroit. C’est une jolie statue d’enfant Jésus, par Mcolas Blasset, que Vitry aura tirée sans doute d’un autre monument, car cet artiste est mort en 1659. La statue est placée sur une gaine ornée de têtes de chérubins, œuvre de François Cressent.

La menuiserie qui garnit le soubassement de la travée 14-16 d fut donnée en 1757 par le

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ItAS COTES

chanoine’CoiTiot de Conpel. Elle comprend une porte entre deux confessionnaux, le tout en chêne sculpté d’un beau style Louis XV et très remarquable de composition et d’exécution.

Dans l’arcature du soubassement des trav'ées 14 è c et 14 c d, sont placées huit tables de marbre noii- entourées de cadres de marbre blanc, et surmontées de petits bas-reliefs aussi en marbre blanc, par Xicolas Blasset. Les maîtres du Puy ont fait faire <à leurs frais les tables, qui contiennent les noms de tous les maîtres de la confrérie avec leurs refrains, de 1389 à 1729, et les indulgences qui leur ont été accordées.

Les bas-reliefs, offerts par Honoré Quignon, maître du Puy en 1648, représentent la vie de la Vierge Marie : les personnages sont à mi-corps.

1. La Vierge et l'enfant Jésus. — 2. Notre- Dame du Puy, ayant pour emblème un puits. — 3. La Présentation de la Vierge. — 4. L’Annonciation. — 5. La Visitation. — 6. La Purification. — 7. L’Assomption. — 8. Le Couronnement de la Vierge.

Au-dessus, sur l’appui de la fenêtre 14 b c, est un monument de sculpture de pierre faisant pendant à celui qui occupe la travée 13 b c. Il fut offert par Guillaume Aux Cousteaux, chanoine, mort le 2 décembre 1511, dont l’épitaphe était placée au-dessous.

C’est un éjjisode de la vie de saint Jacques le Majeur, disposé dans quatre niches de style go-

CATHÉDRALE d’aMIENS

thiqiie flamboyant. Le style de ces sculptures se rapproche de celui de l’histoire des Vendeurs du Temple et de la seconde partie de T histoire de saint Firmin : cependant les physionomies sont généralement moins individuelles et les costumes ont quelque chose de plus conventionnel ; il semble que l’on ait cherché à s’y inspirer — avec des anachronismes évidemment — de la drai^erie antique. Les personnages sont encore plus trapus que dans les autres sculptures de la même époque que renferme la cathédrale : ils en sont même disproportionnés. C’est la partie de ces sculptures la plus avancée vers la Eenaissance, mais aussi la moins parfaite.

De même que la clôture 13 b c, celle-ci n’a subi que fort peu de dégradations et n’a jamais été réparée.

1er groupe. Philetus envoyé par le mage Hermogène pour confondre saint Jacques, écoute la prédication de l’apôtre.

2® groupe. Philetus frappé d’un sortilège par Hermogène, pour s’être converti à la parole de saint Jacques, est délivré par l’imposition du manteau de l’apôtre.

3® groupe. Saint Jacques ordonne aux diables évoqués par Hermogène de garrotter celui-ci.

4® groupe. Hermogène garrotté, délivré et pardonné.

Une légende en vers français, dont les caractères peints sur la pierre sont en grande partie

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ItAS COTES

effacés, explique ces différents sujets. Comme ces vers ne correspondent pas toujours exactement avec les sujets sculptés au-dessous desquels ils sont placés, nous les donnerons d'ensemble, tels que nous avons pu les lire.

Saint Jacques .

() . maudit

Devant le peuple ou il preschoit.

Hermoyene .

Scochant qu’il .

Saint Jacques pour le délivrer Son manteau luy veult envoier Dont [Philetus] seul vint trouver Saint Jacques pour le merchier.

Lors Hermoyenes ordonna Dyables pour prendre Philetus Ausquelz saint Jacques commanda De prendre Hermoyenes sans plus.

Hermoyenes lye s’en fu’

Vers Vapostle se humi .

Qui craindrait les dyables charnus Puis ph .

Contre le pilier 4 a s’élève le tombeau d 'Antoine Niquet, chanoine, mort le 23 septembre 1652. C’est un monument de x>ierre, composé d’un petit sarcophage porté par deux colonnes, sur lequel est j)lacé un groupe de statues de grandeur naturelle, représentant le chanoine présenté à la

CATHKDIÎALK D AMIENS

Vierge de Douleurs par saint Antoine, son patron, avec son compagnon habituel.

On attribue généralement cette scupltnre à Nicolas Blasset : la manière de celui-ci se reconnaît bien en effet dans les statues d’Antoine Niquet et de son patron, mais non pas dans celle de la Vierge qui, d’ailleurs, est en plâtre et semble plus moderne.

Vis-à-vis (pilier 2 a), est le monument funéraire du chanoine Pierre Burry, mort le 25 avril 1504. Il est tout en pierre blanche avec traces de peinture, et se compose d’un groupe de trois personnages : le chanoine

Tombe fie Cierre Burry. aCCOmpagllé de

saint Pierre, son patron, et agenouillé devant

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HAS COTES

VEcce Homo, le tout ])orté ,par deux colonnes prismatiques.

Il y a une grande inégalité de facture entre la figure de VEcce Homo, d’une part, et celle du chanoine et de son patron, de l’autre : celles-ci sont tellement supérieures d’exécution à la première qu’on peut se demander si elles sont de la même main. La tête du chanoine est particulièrement soignée, et il n’est pas téméraire d’y voir un portrait.

Ce monument porte deux épitaphes, rime en français, l’autre en vers latins.

(Ihi devant gist le corps de vénérable et discrette personne monseigneur maistre Pierre Biirrij chanoine de cheans qui trespassa le xxv® jour d’apvril l’an mil cincq cens et quatre. Pries Dieu pour son ame.

Ecce fores juxta templi sum conditus antro Ut videat subiens detque rogatus opem

\on aurum non argentum michi posco miselliis

Sed ferai ut mentis candida bursa stipem

Vos Burri memores pia vota piosque precatus Fundite non alias flagito Petrus opes.

«Je suis inhumé près de la porte du temple, afin que le passant me voie, et me donne l’aide que je lui demande. Malheureux, je ne sollicite ni or, ni argent, mais qu’une bourse favorable apporte la rançon de mon âme. Vous qui vous

CATHIÎDIIALE d'aMIEX^

souvenez de Burry, répandez pieusement vœux et prières ; Pierre ne réclame pas d’autres richesses. »

Pierre Burry eut un certain talent d’écrivain et de poète.

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