‹ Description abrégée de la cathédrale d'AmiensChapitre 4 sur 58 · I. - rXÇADE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

I. - rXÇADE OCCIDENTALE

La façade occidentale, du moins jusqu’à la corniche qui court au-dessus de la grande rose, compte parmi les plus belles façades gothiques qui existent, bien qu’on puisse lui reprocher la quasiégalité de ses deux galeries superposées — défaut qu’a su très habilement éviter le maitre de l’œuvre de Notre-Dame de Paris — et aussi une sorte d’indécision de lignes derrière les gables ou ï)ignons qui surmontent les trois portes. A côté de

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ces légers défauts, elle possède les plus sérieuses qualités : lignes principales franchement et nettement marquées dans les deux sens vertical et horizontal ; décoration scrupuleusement maintenue à l’échelle ; manière simple et large, qui accuse et fait sauter aux yeux les moindres parties, sans désordre et sans confusion. Il n’y a pas de détails multiples, s’agitant en tous sens, sans souci des proportions, où l’œil s’égare et ne perçoit plus rien, mais la ligne franche et pure, d’une sévère élégance et toujours commandée lîar la construction ; façade gothique et rationnelle par excellence. C’est merveille d’y voir la lutte de l’artiste contre les plus grandes difficultés, pour concilier les nécessités de la construction avec la ligne architecturale, comment il a su, souvent par des subterfuges audacieux, composer ce magnifique ensemble, dont chacun admire la pureté.

Toute l’ordonnance de la façade occidentale est comprise entre quatre énormes piles correspondant aux murs extérieurs des bas-côtés et aux deux rangées d’arcades longitudinales. Par une disposition à peu près unique, les deux tours de la façade, qui sont oblongues et non carrées comme d’habitude, sont prises et agencées d’une façon très ingénieuse entre ces quatre grandes piles. Ce système, qui donne peut-être à la partie haute des tours quelque chose d’un peu mesquin, a l’immense avantage de dégager leur base et les entrées de l’édifice, et d’éviter l’encombrement

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de celles-ci par les énormes piliers que nécessitent les tours carrées. Là surtout se révèle l'orijïinale sagacité du constructeur de la cathédrale d’Amiens.

Horizontalement, cette façade se divise en cimi étages : — 1° Rez-de-chaussée ou étage des ])ortes : — 2° Première galerie correspondant à l’étage du triforium ; — 3® Deuxième galerie, dite galerie des Rois ; — 4® Etage de la grande rose : — 50 Etage supérieur des tours et du pignon central. Ce dernier n'a été élevé qu’au xiv® siècle.

L'étage inférieur est occupé jiar les trois grandes portes qui donnent accès dans la nef et dans les bas-côtés. Elles sont en cintre brisé, à ressauts multiples. Profitant de la grande saillie des contreforts qui divisent verticalement toute la façade, on a fait précéder chacune de ces portes d’une .sorte de ])orche voûté en berceau brisé, occupant toute la largeur comprise* entre deux contreforts ; il y a ainsi, entre chaque porte, un trumeau qui a toute la largeur de la pile, ce qui sati.sfait à la fois l’œil et la raison. A chaque porte, l’archivolte antérieure est surmontée d’un gable orné de crochets sur ses rampants, et faisant saillie en avant du mur de la façade. L’ébrasement de la porte centrale est plus profond que ceux des deux portes latérales. Le berceau brisé de chacun de ces porches est orné de doubleaux sculptés qui continuent la série des ressauts du cintre de la porte.

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Ces doubleaux, ainsi que les ressauts des portes, ont pour supports des colonnettes, à cbacune desquelles est adossée une grande statue en pied d’environ 2 m. 40 de hauteur. De petits personnages accroupis servent de consoles aux socles sur lesquels les statues sont posées. Chaque statue est abritée i^ar un joli dais.

L’ensemble des piédroits repose sur un stylobate continu à trois divisions horizontales. La première est ornée de deux rangs de quatrefeuilles dans lesquels sont sculptés des bas-reliefs. A chaque grande statue correspondent deux quatrefeuilles superposés. Au-dessous en est une autre un peu plus étroite, garnie d’un ornement continu de très faible saillie, dessinant une sorte de tapisserie. Ce dessin fait ressortir la série de quatrefeuilles qui précède, en le soulignant par une bande d’un ton plus sombre, en même temps qu’il ménage une heureuse transition entre celleci et la dernière division formée par le soubassement en grès qui règne tout autour de la cathédrale, et qui donne à notre façade une base solide et ferme.

La même ordonnance se poursuit à la partie antérieure des quatre grandes piles qui tiennent lieu de trumeaux séparatifs entre les portes.

Chaque porte est divisée en deux par un trumeau auquel est adossée une grande statue en pied posée sur un socle ou piédestal orné de basreliefs. Les tympans sont aussi ornés de sujets à

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personnages, sur plusieurs zones ou registres superposés.

Toutes les sculptures qui décorent ces trois portes étaient jadis peintes et dorées. On en voit encore des traces par endroits. Certaines parties ont été sculptées avant la pose, d'autres après.

La statuaire du grand portail de la cathédrale d’Amiens est une des plus magnifiques de la première moitié du xiri® siècle. Contrairement à ce que l’on peut voir dans d’autres cathédrales non moins célèbres, elle est d’une homogénéité telle, tant au point de vue iconographique qu’au point de vue artistique, qu’il est impossible d’y supposer des reprises. Il y a bien, naturellement, quelques nuances dans l’exécution, mais c’est partout la même entente de la composition, aussi bien dans l’arrangement de chaque sujet en particulier que dans l’ordonnance générale. On sent que tout y a obéi à une seule et même impulsion.

Tl est peu d’édifices où le programme iconographique soit plus clair, mieux conçu et développé d’une façon plus logique et plus grandiose. Il en est peu aussi, où la statuaire se combine avec la ligne architecturale d’une façon plus disciplinée, de manière à ce que sculpture et architecture, se faisant valoir mutuellement, se confondent au point de former un tout d’une harmonie incomparable.

Si la cathédrale d’Amiens peut être considérée comme l’apogée de l’architecture gothique, on

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peut en dire autant, croyons-nous, de la statuaire de son grand portail. Dans cette statuaire, aussi bien que dans son architecture, elle possède encore les qualités de l’époque précédente, tandis qu’elle contient déjà tous les germes du développement ultérieur de l’art gothique.

Il faut surtout remarquer dans la statuaire une recherche du mouvement encore contenue, mais réelle et surtout vraie, la personnalité très remarquable de certaines ligures, les arrangements tout intimes, les petites scènes d’intérieur que présentent les quatrefeuilles du soubassement.

La cathédrale d’Amiens est dédiée à Dieu, comme toutes les églises, sous le vocable particulier de la Vierge Marie et de saint Firmin, premier évêque d’Amiens, dont elle possède le corps. Dieu se manifeste à l’homme par son Verbe. C’est donc au Verbe divin, c’est-à-dire à Jésus-Christ, au Fils de l’Homme, qu’est consacrée la porte centrale et ses dépendances. L’église, temple matériel, a été figurée dans l’ancienne loi par le Temple de Jérusalem. Jérusalem elle-même est la figure de l’Eglise, épouse de Jésus-Christ, cité de Dieu, Jérusalem céleste, bâtie de pierres vivantes, qui remplace la Jérusalem déchue, et qui triomphera le jour où, dans son second avènement, le Christ affirmera d’une façon définitive le royaume de Dieu et la ruine du royaume de Satan. A un autre point de vue, l’église enfin

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figure le fidèle, temple du Saint -Esprit. Tel est le thème merveilleusement développé dans le rit solennel de la consécration des églises, dans l’office de la Dédicaee et dans les homélies de la plupart des Pères sur le même sujet ; telle est aussi certainement l’idée inspiratrice de l’iconogi’aphie de la porte centrale. Les deux autres sont dédiées, l’une, celle du sud, à la Vierge Marie, l’autre, celle du nord, à saint Firmin. D’où les noms populaires de ces trois portes : porte du Sauveur, porte de la Mère Dieu, porte Saint- Firmin.

Nota. — Pour les renvois de la description qui va suivre voir le schéma placé à la fin du volume.

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