INTÉRIEUR
L’architecture intérieure n’est pas longue à décrire : elle a cette extrême simplicité, qui est la marque des œuvres de génie. Elle excelle surtout par son immensité, la légèreté aérienne de ses voûtes, la pureté de ses lignes, l’ampleur et l’harmonie de ses proportions.
Tout l’édifice est voûté sur croisées d’ogives simples : seul le carré du transept est à liernes et
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à tiercerons. C'est sans doute le plus ancien spécimen de ce genre de voûtes que l’on puisse voir en France. Il est antérieur à 1269 et postérieur à 1258. Il faut surtout remarquer les belles clefs sculptées de la voûte des bas-côtés de la nef, et celle du rond-point représentant le Sauveur assis entre deux cbandebers.
L’élévation intérieure comprend trois étages : rez-de-chaussée, ou étage du bas-côté, triforium, fenêtres hautes.
Les arcades longitudinales retombent sur de
gros piliers cylindriques, flanqués chacun de quatre colonnes engagées. Les tra'^ées du bas - côté du transept laissent voir comment les bas-côtés de la nef étaient fermés avant la construction des chapelles: une grande fenêtre de toute la largeur de la travée, avec un seul meneau central, sur un appui relativement peu élevé, et orné à l’intérieur d’une arcature aveugle.
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Triforium de la nef.
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Pour établir les chapelles latérales, à la fin du xm^ siècle et au xiv®, on a reporté le mur extérieur sur une même ligne à environ trois mètres en arrière des piles de culée, qui ont été prolongées jusqu’à ce mm’, pour former séparation entre chaque chapelle. Chacune de celles-ci s’ouvre sur l’extérieur par une immense fenêtre à remplage rayonnant qui en occupe toute la largeur et presque toute la hauteur, à la réserve d’un mur d’appui peu élevé. Il y a cependant pour la première chapelle du côté sud (chapelle II), une exception dont nous reparlerons. Les plus anciennes de ces chapelles sont voûtées sur croisées d’ogives simples. Les six plus récentes (les plus voisines des tours) sont à nervures plus ou moins compliquées.
Un cordon sculpté sépare l’étage inférieur de celui du triforium. On admirera smtout l’originale guirlande de feuillage largement dessinée et librement conduite dont il est orné le long de la nef et du transept.
Le triforium, qui n’ouvre que sur un passage étroit, est formé à chaque travée de deux grandes baies subdivisées elles-mêmes en trois. Le dessin des baies du triforium a été complètement changé par le maitre de l’œuvre qui a élevé les parties hautes du chœur. Celui-ci a, de plus, accompagné chaque baie d’un gable à crochets qui n’existe pas dans la nef. Enfin, le mur extérieur du triforium, qui est plein à la nef, est ajouré et vitré au chœur.
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Les chapiteaux du triforium du chœur sont délicatement fouillés : les plantes les plus diverses y sont interprétées et arrangées avec un art infini, mais il faut les voir de près, et leur effet dans l’ensemble est beaucoup moins heureux que celui des chapiteaux du triforium de la nef dans leur robuste simplicité.
Le dessin des fenêtres varie suivant une progression qui marque les différentes étapes parcourues depuis la fenêtre divisée en deux baies encore appareillées (fenêtres du bas-côté de la nef et du transept), et le véritable remplage en pierre découpée dans son état parfait (fenêtres hautes du chœur).
Le mur de la façade occidentale, sur toute la hauteur du bas-côté, est presque entièrement nu vers l’intérieur : les trois portes y sont percées à cru. Il n’y a d’autre ornementation que le prolongement de l’arcature de soubassement à droite et à gauche de la porte centrale et qu’une petite rose à huit lobes au-dessus de chacune des portes latérales.
Une galerie du même dessin que le triforium de la nef prolonge celui-ci sur le mur de façade occidental. Cette galerie, cachée aujourd’hui par le buffet du grand orgue, est surmontée d’une autre formant arcature continue. Au-dessus, dans le cintre de la voûte, s’ouvre la grande rose. L’encadrement de celle-ci appartient encore au xm® siècle, mais son remplage, au dessin flamboyant.
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a été refait très vraisemblablement dans les premières années du xvi®.
A l’extrémité des bras du transept, l’étage inférieur est décoré, non seulement par l’arcature du soubassement, mais par une grande arcature aveugle, qui occupe toute la hauteur de l’étage, et à travers laquelle la porte s’ouvre. La porte de la Vierge dorée (porte D) est en outre renforcée par une ornementation architecturale agrémentée de trois jolies statues d’anges tenant les instruments de la Passion, et qui doit dater de l’époque à laquelle fut achevée la sculpture extérieure de cette porte, c’est-à-dire de la fin du xiii® siècle. Au-dessus, est une statue de saint Michel entièrement peinte, qui ne remonte qu’au commencement du xvi® siècle : elle porte les armes de la famille de Cocquerel, qui fut une des premières familles d’Amiens.
Au-dessus de chacune de ces portes s’ouvre une immense baie en plein cintre montant jusqu’à la voûte et prenant toute la largeur de la nef centrale du transept. Dans cette baie est un remplage comprenant deux galeries à jour superposées et une grande rose. Du côté sud, la galerie inférieure et l’encadrement de la baie appartiennent à la fin du xiiie siècle ou au commencement du xiv® : le reste du remplage, y compris la rose, est de style flamboyant et ne date vraisemblablement que des premières années du xvi® siècle. Du côté nord, le dessin de ce remplage est tout différent : il remonte
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tout entier au commencement au xiv® siècle ; le tracé de la rose est très original.
En 20-22 c, une porte a été percée à une époque inconnue, mais qui doit être assez ancienne (porte G). On lui donne le nom de porte du Puits de l’œuvre, parce qu’elle donne accès dans une cour où se trouvait un puits, qui avait sans doute servi à V œuvre, c’est-à-dire à la construction de la cathédrale. Dans le.s deux arcs trilobés de l’arcature, qui ont été conservés au-dessus de la porte, on a placé deux têtes colossales, l’une d’homme, l’autre de femme, paraissant dater du commencement du XIV® siècle. Elles doivent provenir d’un tombeau. On a édifié à leur sujet des légendes qui ne reposent sur aucun fondement et que nous nous abstiendrons de reproduire.
Le style des chapelles rayonnantes est un peu plus avancé que celui du reste de la partie inférieure du choeur. Il présente une grande analogie, souvent remarquée, avec celui de la Sainte-Chapelle du Palais à Paris, à laquelle elles doivent être un peu antérieures. Ces chapelles sont de véritables merveilles de pureté de style, d’élégance, de légèreté, de proportions et de simplicité tout à la fois. La chapelle centrale, principalement, constitue à eUe seule un petit édifice d’une extraordinaire perfection.
Le dallage de la nef, du transept et des bascôtés a été entièrement refait de 1894, à 1897 en carreaux de marbre gris jaunâtre de Lunel, près
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de Boulogne-sur-Mer, et de marbre noir de Basècles. Son dessin reproduit celui de rancien dallage du xiii® siècle, en pierre noire de Belgique et en pierre blanelie de Senbs, dont il restait encore de très notables portions. Les carreaux noirs et gris sont arrangés de manière à former d’ingénieux dessins qui varient à chaque travée. Au milieu de la nef, ils forment un labyrinthe, au centre duquel on a approximativement reproduit la pierre centrale avec ses figures et son inscription (1).
Le riehe dallage en marbre du chœur et du sanctuaire fut exécuté de IThO à 1768. Il se rattache aux travaux d’embellissements de Mgr de la Motte et du chanoine de Coupel.
(1) Voir ci-dessus p. G.
Cha])iteau du triforium de la nef.
(Juatrefeuilles du graud portail (Abdias. .lona®, Miellée).