ÉCOLES O'ITALIE
47. Bapiiaël. Quatre figures d'hommes nus en diverses attitudes. L'un est vu de dos, l'autre de face ; un troisième est agenouillé. — A la plume.
Haut. 0,230, larg. 0,170.
Ce dessin vient du marquis de Lagoy.
Il a fait partie de la vente Barni, en 1836.
'48. Bapliaël. Étude des trois figures d'Heures jetant des fleurs , pour la composition du Festin des Dieux qui se voit au plafond de la Farnésine. 1517? — A la sanguine.
Haut. 0,195, larg. 0,3S0.
Ce dessin est fait en entier d'après nature. Le modèle qui a s^vi à Raphaël est cette même femme , prohahlement la Fornarine, d'après laquelle il exécuta presque tous les dessins de cette époque, notamment le dessin de Vénus et Psyché que Ton voit au Louvre, et qui est la première pensée de l'un des sujets de la même décoration.
Nous remarquerons que, dans le courant de Tannée suivante, 1518, Raphaël, ayant à peindre pour François I"son grand tahleau de la Sainte- Famil le, y transporta, simplemeutet sans aucun changement, Tune des figures dont notre dessin est Tétude.
Il a fait partie d'une collection créée vers la fin du siècle dernier par M. de Cédron , amateur provençal , et conservée par ses héritiers jusqu'en 1846 dans la petite ville du Beausset, entre Marseille et Toulon.
Une des qualités qu'on ne peut se lasser d'admirer quand on éludie les dessins de Raphaël, c'est la facilité prodigieuse avec laquelle, soit qu'il compose, soit qu'il travaille d'après nature, il arrive .du premier coup à la perfection. Mariette l'a dit avant nous, et en des termes si excellents, que nous ne pouvons résister au plaisir de les citer ici : a Quand on n'aurait pas une « idée de Raphaël aussi avantageuse qu'on la doit avoir, il ne « faudrait que ses dessins pour montrer quelle était la subli- « mité de son génie. Les autres jettent sur le papier leurs pre- « mières pensées, et Ton s'aperçoit qu'ils cherchent : Raphaël, « au contraire , en mettant au jour les siennes , lors même '< qu'il parait entraîné par la véhémence de son imagination, « produit du premier coup des ouvrages qui sont déjà tellement
'( arrêtés, qu'il n'y a presque plus rien à y ajouter pour y R mettre la dernière main. » (Catalogue Crozat, page 34.)
En comparant notre dessin des Heures à la fresque telle qu'elle a été exécutée, on voit en effet que, quoique rapidement pris sur la nature, il avait déjà réalisé Tidéal du maître. Les élèves qui furent chargés de peindre et le carton en grand et la fresque, n'eurent à y ajouter que quelques accessoires peu importants. Des ailes , des fleurs dans les mains, des cheveux flottants tombant sur les épaules, au lieu de la simple et charmante coifiure de la Fornarine, voilà à quels détails se borna leur travail propre.
De superbes carton^^ peints par Jules Romain , précisément pour les compositions de la Farnésine , et que l'on conserve actuellement dans une villa près de Rome, nous montrent clairement que ces travaux n'ont pas été exécutés autrement, et que Raphaël n'y contribua que par l'invention générale, et par des croquis légers et déjà complets , qui suflisaient si bien à guider ses disciples , lorsqu'il s'agissait de peindre en grand et sur place.
Cette rapidité de création était plus que jamais nécessaire à Raphaël à l'époque dont il s'agit ici, c'est-à-dire vers 1517 ou 1518. Ou est frappé d'étonnement, quand on songe à la multiplicité des travaux qu^il menait alors de front. L'immense entreprise des loges s'achevait; la salle de Torre Borgia se peignait, et l'une des fresques qui la décorent , l'Incendie du bourg, est en grande partie de sa propre main. La décoration de la Farnésine se poursuivait, et déjà sans doute il songeait à l'invention des sujets si importants et si nombreux qui devaient être représentés en tapisserie.
On est trop disposé à oublier qu'à la même époque , Raphaël était architecte, qu'il faisait élever à Florence et à Rome plusieurs palais sur des plans de son invention; qu enfin, et pour tout dire, il était l'architecte de Saint-Pierre. C'était là, comme il l'a dit lui-même dans une de ses lettres , une lourde tâche. 11 avait fait un modèle de cette basilique qui, sans le satisfaire entièrement, lui qui pensait à l'architecture des Grecs, plaisait beaucoup au pape , et recevait l'approbation des habiles, w II « modello che io n'ho (alto piace a sua Santità ed è lodato da « molti belli ingegni. Ma io mi levo col pensiero piu alto. <» Vorrei trovar le belle forme degli edifici anlichi , ne so se-
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« ilvolo sarà d'Icaro, etc. » Lettre à Castiglione (Lettere pittoriche, tome II, page 48).
Il avait en effet envoyé en Grèce des dessinateurs qui devaient lui rapporter les matériaux au milieu desquels il espérait trouver les belles ligues qu'il rêvait. Il est certain aussi qu'il avait fait un grand travail sur les édifices de Rome , avec un plan qui rendait à cette ville éternelle toute sa splendeur passée, et dont les écrivains du temps parlent avec la plus grande admiration (1). Il était en outre surintendant des monuments antiques , et cette charge lui donnait le (iroit d'inspecter toutes les fouilles, et de choisir tous les marbres qui lui paraîtraient devoir convenir pour Saint-Pierre, ou devoir être conservés, avec la faculté de punir d'une amende considérable ceux qui contreviendraient à ses ordres.
Il est peut-être permis de ne pas prendre tout à fait à la lettre le témoignage d'un contemporain qui dit , en des termes formels cependant , que peu de jours avant sa mort , Raphaël avait peint au pinceau les monuments de la Rome antique (2); mais on peut affirmer que , dans les quatre dernières années de sa vie , tous ces travaux d'architecte et d'antiquaire employèrent une bonne partie de son temps.
Eh bien! ce grand entrepreneur de travaux gigantesques, cet homme qui avait à guider, à surveiller, à inspirer, à corriger toute une légion d^ouvriers de toute sorte, peintres, sculpteurs, décorateurs ou maçons , trouvait encore le moyen , dans un espace de quelques mois, d'exécuter de sa main divine, ou du moins de retoucher, des peintures à l'huile qui auraient pris à tout autre dix ans de travail assidu.
Il avait promis, par un contrat passé avec les religieuses de Monteluce (dont l'original est conservé au Louvre), de peindre seul et de livrer à leur couvent, pour le 15 août 1517, un tableau du Couronnement de la Vierge. Cette promesse ne fut pas remplie, pressé qu'était l'artiste par des admirateurs plus impérieux ou plus puissants. Le tableau ne fut terminé et livré qu'après sa mort, mais il en avait à coup sûr en grande partie
(1) On prétend même qu'il existe en Angleterre un volume entier de dessins originaux de Raphaël représentant les édifices romains.
(2) Prisca loca quœ. RAPHAËL URBINAS (quem honoris causa nomino) paucis antè diebus quàm é vilâ decederet (me indicante) penicillo flnxerat. (Voy. Quat. de Quincy, 3« édition, Appendice, page 445.)
ébauché la partie supérieure. Le portrait du petit joueur de violon , celte merveille du palais Sciarra , le Saint-Michel et la grande Sainte-Famille du Louvre portent la date de 1518. Le portrait de Léon X est certainement de 1517 ou de 1518. On ne peut pas assigner d'autre date au portrait de Casti glione, au portrait de Bindo Altoviti, à la Jeanne d'Aragon, à la Visitation de Madrid, .à la Vierge de Saint-Sixte de Dresde, au Saint-Jean de Florence , à la Vierge au candélabre , à la Sainte-Marguerite.
Et ce n'est pas tout. Parmi ces chefs-d'œuvre, plusieurs passent à bon droit pour être en entier peints par lui. L'énumération que nous venons de faire est d'ailleurs loin d'être complète, et nous n'avons pas dit un mot de tous ces dessins plus ou moins terminés qu'il faisait pour les graveurs ou pour ses amis, ou pour quiconque lui en demandait ; car sa bonté n'était égalée que par son talent , et les idées jaillissaient sans trêve de ce cerveau inépuisable.
Quelle que soit l'importance que l'on doit accorder aux nombreux artistes qui travaillaient sous sa direction suprême, ne Jaut-il pas admettre que cet homme était doué à la fois d'une volonté , d'une aptitude et d'une ardeur surnaturelles ? Ce sont ces considérations qui nous ont toujours porté à révoquer en doute le récit fait par Vasari de la mort de Raphaël, et le motif qui , selon lui , aurait déterminé cette mort si prématurée.
Nous désirons beaucoup que l'on ne nous accuse pas d'irrévérence envers Vasari , dont le livre est un trésor; mais c'est un trésor où les pièces fausses sont souvent mélangées aux vraies , et où les savants seuls peuvent puiser avec fruit. Il est certain qu'il aimait les historiettes. Celui qui recueillit avec tant de complaisance les récits mélodramatiques et ridicules de la mort de Francesco Francia et du Corrège, a bien pu donner place, sans grande réflexion, à je ne sais quel conte d'atelier, docilement accepté depuis, malgré les témoignages contemporains, par presque tous les historiens.
A qui Raphaël mourant a-t-il pu faire une confidence de ce genre , et comment aurait-on pu connaître un pareil détail , autrement que par une confidence de Raphaël?
L'organisation physique de Raphaël était d'une grande délicatesse. Les historiens l'ont dit, et les portraits qui nous sont
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restés nous le confirment d'une manière formelle. Faut-il donc s'étonner que cette frêle nature ait succombé aux fatigues occasionnées par tant de grandes entreprises de tout genre , si miraculeusement menées à bonne fin dans le court espace de douze ans, depuis l'arrivée de Raphaël à Rome jusqu'à sa mort? N'est-il pas extraordinaire, au contraire, qu'il ait pu résister jusqu'à l'âge de 37 ans, et comment a-t-on pu parler sérieusement de douteux abus de plaisir, quand nous avons devant nos yeux tant de preuves évidentes et palpables d'autres excès non moins meurtriers , excès de travail et de génie (i)!
49. Attrllmé à Bapbaël. Huit grosses têtes pour la composition du Christ donnant les clefs à saint Pierre (pasce oves meas), dont le carton se voit à Hampton-Court.
Ces têtes ont été décx)upées et ajustées sur des fonds de paysages d'une main différente. Elles ont été exécutées d'abord en entier à la pierre noire , puis lavées à l'aquarelle et à la gouache; enfin de nombreuses retouches à la plume ont été ajoutées en terminant.
Étaient-ce des études du maître pour le carton d'Hampton- Court? Était-ce un second carton qui aura été coupé en morceaux , et dont les autres fragments ont été perdus? C'est ce que nous ne saurions décider.
Ce n'est pas non plus le lieu d'examiner si ces dessins, dont l'originalité est flagrante, peuvent être considérés comme étant de la main même de Raphaël. La solution de cette difficulté nous entraînerait trop loin, puisqu'il nous faudrait nécessairement traiter en même temps, et en thèse générale, la grande et difficile question des répétitions.
Mais comme nous tenons fort à ne mettre sous le nom de Raphaël que les ouvrages qui doivent, sans contestation et sans restriction possibles, être considérés comme étant en entier de sa main , nous n'avons pas hésité à donner à ces superbes fragments une attribution modeste et dubitative.
Ce qui est hors de doute, c'est leur extrême beauté, et leur
(0 M. Francesco Longhena, traducteur italien de M. Quatremère de Quincy, a donné dans son livre, publié à Milan en 1829, des renseignements qui paraissent trancher, d'une manière définitive, cette question dans le sens que nous indiquons. (Voy. ce livre, page 449.)
incomparable supériorité sur d'autres fragments du môme genre qui se voient dans divers musées publics de Paris et de Tétranger. Ce qui est certain aussi, c'est qu'ils ont été exécutés en entier sous les yeux et sous la direction du maître. Que de tableaux acceptés partout comme originaux , dont il serait périlleux de faire le même éloge !
Ces buit têtes, réunies en trois fragments, ont fait partie de la belle collection du comte de Pries, qui avait pour elles toute la considération qu'elles méritent , et qui récompensa par une rente viagère de 1200 fr. environ un sieur Poggi, qui les lui avait apportées. (Ce dernier détail est emprunté à l'ouvrage de M. Passavant sur la vie et les ouvrages de Raphaël.)
Premier fragment , haut. 0,610, larg. 0,750.
Deuxième fragment , haut. 0,570, larg. 0,750.
Troisième fragment, haut. 0,380, larg. 0,500.
50. AUrlbné H Bapliaël. Sainte famille. La Vierge , assise et tenadt sur ses genoux l'Enfant Jésus, porte la main sur répaule du petit saint Jean , qu'elle accueille avec bonté. Saint Joseph et un autre saint personnage debout, contemplent avec attention cette scène touchante. — A la plume et lavé de bistre.
Ce beau dessin, dont la composition n'a jamais été, que nous sachions, répétée, peinte, ni gravée, a beaucoup souffert. Il a été apporté de Gênes en 1840.
51. Attrlbnêil Bapliaël* Tête de Vierge vue de face et légèrement inclinée vers la gauche. — A la sanguine et retouché de blanc, sur papier gris.
Haut. 0,110, larg. 0,100.
Ce beau dessin a beaucoup souffert et a été retouché.
Collection de M. de Cédron.
52. Attribué à Bapbaël. Étude d'homme nu, agenouillé , et tenant de ses deux mains un long bâton. — Trèslégèrement exécuté à la plume.
Haut. 0,215, larg. 0,150.
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Si ce charmant dessin est de Raphaël, il doit être de son extrême jeunesse, et on ne peut lui assigner une date postérieure à 1500. Il offre beaucoup d'analogie avec quelques-uns de ceux que l'on voit à Venise, et qui sont de cette époque.
Vente Rutxhiel, 1837. — Collection du général Griois.