‹ Description agréable de la République argentineChapitre 22 sur 65 · CAVAGNES DE SENILLOSA FRERES · texte numérisé non relu

CAVAGNES DE SENILLOSA FRERES

dans la République Argentine, soit en organisant des établissements de premier ordre, soit en se mettant au service de la chose publique, donnent une plus grande autorité à ses observations.

Ce qui se rapporte à la discussion des objectifs de l'éleveur ira dans un chapitre spécial, de même que les opinions d'autres cavagnistes, mais pour le moment je terai connaître quelques indications générales de ce rapport

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dont je juge la lecture d'intérêt général : « Quand, par « suite de la mort de notre père, nous nous chargeâmes de « la direction des estancias^ en i858, il n'y avait que « quelques milliers de brebîs créoles, peu de pures et des <( métisses en plus grand nombre.

« Depuis lors nous entreprîmes leur amélioration avec « constance en nous servant de béliers mérinos negrete de (( la fameuse Cavagne a Poronguitos » de Stegman^ mais ce qui « favorisa le plus le rapide progrès de l'élevage fut la sélec- « tion. Tous les ans on séparait des troupeaux les bêtes les « moins fines et les défectueuses et on vendait le tout <( facilement.

« Quand la baisse dans le prix des laines se prononça en « i865 et que les champs propres à l'élève de la brebis firent « faute, on commença Tabatage dans les graisseries et, « comme l'espèce était si dépréciée, les gros propriétaires de « bétail laissèrent de côté le raffinement et mirent sans « réserves leurs brebis entre les mains des contremaîtres de « ces établissements.

« Nous autres, comprenant qu'il surviendrait un change- « ment favorable, pour éviter la dégénération, nous établîmes « une graisserie dans El Venado et nous nous défîmes « ainsi des animaux vieux et défectueux que nous avions; par « ce moyen la sélection fut perfectionnée et c'est ainsi que, « quand vint la réaction, nous nous trouvâmes avec des trou- « peaux améliorés, peut-être supérieurs à ceux qui, avant «1864, figuraient au premier rang.

« Depuis i858 jusqu'à 1869, on essaya le raffinement par « le mérinos negrete^ comme cela se faisait généralement <i alors. Plus tard, nous nous décidâmes pour le Rambouillet « considérant que, malgré le mérite des laines extra fines ^ «leur production n'était pas économique; en eflFet la laine « Negrete est bien connue par la grande quantité de suint

« qu'elle contient, puisque c'est là la cause de son peu de « rendement net.

« Le régime des deux Cavagnes est le même. Les brebis « sans agneaux restent toujours au pâturage dans des enclos « appropriés dont quelques-uns sont réservés. Celles qui <( ont mis bas reçoivent une ration de foin pendant le « premier mois, ration qui décroît à partir du second « mois jusqu'au sevrage ou avant, suivant l'état des « pâturages.

« Les agneaux reçoivent, à partir du second mois, une « petite ration composée de son et de maïs moulu, et " quelquefois aussi un peu de foin coupé. On diminue " cette ration aux agnelles à partir du sevrage jusqu'au '^ printemps; pendant cette saison elles restent exclusi- « vement au pâturage. Quant aux agneaux, on continue à « leur donner une ration qu'on augmente jusqu'à ce qu'ils " arrivent à la quotité ordinaire.

« La luzerne verte se donne souvent en été, quand les « champs sont bien secs, et les béliers vont tous les jours « au pâturage, excepté les jours de pluie.

« Dorénavant nous ajouterons aux semis de maïs ceux <- d'orge et d'avoine en nous servant exclusivement de ces '< deux grains dans nos Cavagnes. »

IV. — Au moment où j'écris ce livre a lieu avec succès la liquidation de la Cavagne « San Carlos » appartenant à M. Carlos Villate, à Canuelas, dans laquelle il avait soigné le pur sang Rambouillet français Thirouin-Soreau et Gilbert; ses béliers et ses brebis vendus à l'encan à Buenos Aires ont éveillé l'attention des acheteurs et ont obtenu des prix très avantageux.

Un lot de brebis présenté à l'Exposition internationale argentine de 1886 y a remporté le second prix.

Je ne m'étends pas davantage sur cette excellente

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Cavagne puisqu'elle a disparu avec la dispersion de ses troupeaux à la suite de leur vente aux enchères. Le lot de brebis pures comptait déjà cent têtes.

V. — La Cavagne « Nuestra Senora de los Angeles » se trouve à trois heures de la capitale près du village de Caiiuelas. Les communications, très faciles, se font surtout au moyen de l'embranchement de Temperley sur la grande ligne du Sud. C'est la propriété de M. Alfredo Lahitte qui la dirige en personne.

Le sang de cette Cavagne provient de la Bergerie nationale de France. Le Z>' Lahitte a importé des béliers et des brebis remarquables qui appartenaient à ce troupeau. Je n'ai vu, dans les grandes maisons de ventes d'animaux, que bien peu de lots de cette Cavagne^ mais ils étaient uniformes comme type et de première qualité comme laine.

Le Z)' Lahitte a bien voulu m'ofFrir un rapport détaillé d'où j'extrais les paragraphes suivants :

« La fondation de ma Cavagne a eu lieu en 1864 avec « une souche de 5o brebis et un bélier Rambouillet de « rétablissement de M. John Hannah. Celui-ci, ancien ami « et client de mon père, s'intéressa vivement à ce que j'en- « treprisse la formation d'un bon troupeau de brebis fines « et', comme il se préparait à liquider ses affaires et à « vendre sa bergerie, il eut la générosité de mettre à ma « disposition ses meilleurs animaux afin que j'en fisse « séparer par des personnes compétentes cinquante brebis « et un bélier.

« Vous comprendrez que de la sorte j'obtins une souche « de premier ordre pour fonder ma Cavagne^ car tout le « monde sait que M. Hannah était un de ceux qui possé- « daient les meilleures brebis du pays» »

De cela il résulte que la Cavagne du Z)' Lahitte conser\^e et perpétue le sang mérinos originaire importé

du temps de Rivadavia^ parce que, comme je Tai démontré dans le premier chapitre^ ces> troupeaux furent acquis et soignés par Sheridan et Harrat qui avaient placé Hannah à la tête de leur établissement; et celui-ci, en se séparant d'eux plus tard, avait emporté une souche remarquable de brebis et de béliers.

Le 2>' Lahitte ajoute :

« Depuis lors, j'ai fait venir de la Bergerie de Ram- « bouillet, par l'entremise de la maison Marco del Pont, a plusieurs béliers et brebis dans le but de former diffé- « rentes familles devant servir plus tard au croisement.

« Grâce à des soins constants, je crois avoir obtenu ce <c que je m'étais proposé, c'est-à-dire des animaux aussi bons « que ceux que j'avais reçus d'Europe. La brebis qui fournit a le moins de laine en donne 12 livres et demie et la plus « légère des toisons de béliers est de 20 livres.

« Les bâtiments de ma Cavagne se composent de trois « hangars de 5o varas de long (la para est de o",86) sur « 10 de large chacun, l'un est en bois, les deux autres en « maçonnerie ; puis d'un petit local pour le cavagitiste^ son « personnel, les machines et les grains.

« Le système suivi dans ma Cavagne est celui que l'expé- « rience et les personnes compétentes conseillent.

« La sélection et l'alimentation sont, selon moi, les moyens « efficaces pour modifier et améliorer les races.

c< Je fais en sorte que dans mes hangars on observe les « règles d'une hygiène parfaite en éloignant tout élément qui « pourrait y porter atteinte. Ces derniers sont bien ventilés « et on n'y sent jamais de mauvaises odeurs: une rigide a propreté est un des premiers devoirs du cavagiiiste. Les « hangars ont des persiennes afin que, les nuits de tempête, « pendant lesquelles il n'est pas possible de laisser les

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« fenêtres ouvertes, il y ait sans cesse un renouvellement

« de l'air.

<( L'alimentation des animaux se compose de maïs moulu, « d'orge et de luzerne. Je ne crois pas l'avoine propre aux K bêtes ovines, parce que cette graine exerce uniquement son a action sur la musculature; et pour l'espèce ovine, on doit « préférer selon moi l'aliment qui influe sur la laine. L'avoine <( est, à mon avis, la première graine pour les chevaux.

« Je prends bien garde à ce que le sel de roche ne manque V pas dans les étables, parce qu'il contribue à conserver la ^ santé de l'animal.

« En outre des indications que je viens de donner, « j'observe les règles communes qui ont déjà la sanction de a l'expérience, comme, par exemple, de ne pas permettre que « les brebis paissent dans les marécages ni dans les prairies « humides et de prendre garde, à l'époque de la monte, de « ne croiser entre eux des animaux consanguins.

« Les moutons doivent toujours être dans des prairies (( élevées et sèches. L'humidité est leur plus grand ennemi « et je pense que les épizooties et les pertes en bétail d'espèce « ovine proviennent des prairies non appropriées à cette espèce-

a Quant à la tonte, ie pense que c'est une erreur de laisser a les moutons tondus trop ras, parce que, tout en étant à « l'abri, il y a des jours où la température est si élevée que <( l'animal souffre considérablement de l'absence du moindre « duvet qui le défende contre la chaleur.

« Pour les agneaux seulement, il est permis de tondre la (« laine jusqu'à la racine dans le but de leur ôter la première « laine et de donner de la vigueur au brin. »

M. Lahitte n'a pas concouru aux expositions avec le noble type d'espèce ovine de sa Cavagne. parce qu'il a voulu attendre le développement de ses souches chevaline et bovine, afin de se présenter d'emblée avec les trois espèces.

VI. — La grande estancia « El Espartillar » se trouve dans le département de Chascomus^ 1 1 ° quartier, parfaitement accessible par le chemin de fer du Sud ; elle appartient à M. John Fair mais reste sous la direction de M. Francisco Yetley.

L'étendue du magnifique terrain qu'elle occupe est de 5.3oo cuadras^ ce qui fait que ses troupeaux de brebis sont de la plus haute importance ; ils se composent en effet de 76.000 bêtes constamment servies par des béliers métis mérinos de la Bergerie nationale de France.

L'établissement suit le système australien de Télevage en liberté dans de petits enclos et sans enfermer les troupeaux pendant la nuit.

Il y a un troupeau pur sang provenant directement de la Bergerie nationale susnommée et dont Tobjet est de produire des béliers pour le service de Vestancia et la vente publique qui se chiffre annuellement par 400 tètes pures ou métisses ; les prix qu'on en obtient sont assez bons. Ces ventes se font généralement dans l'établissement même.

M. Yetley m'écrit : « Depuis iSyS rétablissement a con- « couru aux expositions de Buenos Aires et a obtenu quel- « ques prix pour les espèces chevaline, bovine et ovine et, en « plus, la médaille d'or pour la laine à l'Exposition de Paris « en 1878. »

VII. — La Cavagne « del Molino » {Mérinos Amadeo) fut fondée par M. Luis Amadeo en 1857 dans l'établissement Laguna de Trigo^ département de Las Flores.

En 1839, il avait fait venir d'Allemagne une souche de mérinos saxons pur sang pour un autre établissement qu'il avait à Canuelas et qu'il vendit quelques années plus tard à JJ/-0 white.

Pour peupler le Trigo^ il acheta, à la fin de i885,

à MM, Climont de Canuelas par rintermédiaire de M. Manuel Carran^a y Acosta loo brebis et 2 béliers au choix de ce dernier; ce troupeau est encore connu au Trigo sous le nom de Las Merinas, A cette souche s'ajoutèrent encore trois importations de Negrete, de la Cavagne de M^ Homeyer^ de Ran{in^ qui vinrent par l'intermédiaire de M. Hugo Bunge.

Quand le Trigo se peuplait, on commençait à parler à Buenos Aires des Rambouillet et de la convenance qu'il y avait de faire un essai de ces mérinos, et MM. Amadeo profitèrent du séjour en France de M, Saturnino Soriano pour lui demander quelques animaux de pur sang. Ils en obtinrent huit de cette façon par l'intermédiaire de la maison /. /. Prelig Frères^ 6 mâles et 2 femelles qui furent introduits en août 1857 par le navire français Ville de Grenade,

Parmi ces béliers, il y en avait un superbe âgé seulement de vingt mois et auquel on donna le nom de Luis Felipe.

Les autres furent destinés au troupeau des Mérinos et les deux brebis gardées sous toit avec Luis Felipe. Celui-ci saillit pendant neuf ans.

Facilement acclimatés, ces animaux étaient fort appréciés partout grâce à la présence de Luis Felipe^ et MM. Amadeo s'empressèrent de charger M. Georges Fernau de leur acheter 20 animaux de la même origine, lesquels arrivèrent en i858 au nombre de 3 béliers et 17 brebis qui excitèrent l'admiration de tous ceux qui les virent.

Les importateurs furent si satisfaits de ce nouvel envoi qu'ils le renouvelèrent immédiatement. En 1859, en effet, ils reçurent par le navire Panama 8 béliers, 12 brebis et 7 agneaux nés pendant le voyage.

Luis Felipe se développait entre-temps d'une manière prodigieuse et dépassait en hauteur 85 centimètres. Il était d'un très beau type, de toison bien couverte et très épaisse.

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sa laine avait une finesse spéciale et brillante, elle était sèche en suint de première classe (oléine). Il arriva à produire 23 ou 24 livres de laine paraissant de la soie, selon l'expression de M. Amadeo.

MM. José Maria Jurado et Dionisio P. Ponsati^ qui le virent alors, l'admirèrent beaucoup et même ce dernier, comparant sa laine à celle d'un beau bélier que M. Martinei de Ho{ avait amené d'Allemagne, donna ses préférences au Rambouillet.

M. Amadeo me dit : « En 1861, je demandai en France, f» par l'intermédiaire d'une maison de commerce bien connue a cependant, i bélier et 2 brebis qui arrivèrent par le M Buffon. C'étaient trois métis comme ceux qui ont tant « de renom ici maintenant et j'en fus pour mes frais, car je « ne voulais même pas les mêler aux Mérinos; je crus, et « je le crois encore maintenant, qu'ils n'étaient pas dignes « d'elles.

« Nous nous adressâmes alors au baron Daurie^^ par « l'entremise de la maison P. Etchartol, de Paris, nous re- « çûmes 2 beaux béliers, mais qui n'approchaient, ni de « près ni de loin, des qualités de Luis Felipe^ et nous nous « en servîmes avec réserve. Luis Felipe et ses descen- « dants sont ceux qui ont conservé presque exclusivement le « troupeau jusqu'à l'arrivée de Thiers au Trigo.

« Cela étonnera sans doute ceux qui n'appartiennent pas <* comme moi à l'école de la consanguinité. J'ai donc tra- « vaille au moyen dje la sélection et de l'expérience pratique « et les résultats de trente années m'ont prouvé que mes « maîtres ne se sont pas trompés.

« M. EnriqueMeyer^ notre ami, le cavagniste si connu, « se trouvait, en 1879, en France et il m'écrivit en me con- « seillant d'acheter un très beau bélier qui était disponible « à Rambouillet ayant servi deux ans dans la Bergerie et

(' qu'on vendait uniquement parce qu'il avait eu deux reje- « tons qui lui ressemblaient ; il est beau en tous points, mais « seulement il est petit, voilà ses propres paroles.

<( Je lui répondis que, à son retour, nous irions au « Trigo^ qu'il verrait les brebis et qu'alors nous convien- « drions ensemble d'une résolution à cet égard.

« Ce qui me préoccupait le plus, c'était la petite taille « de ranimai. Nos brebis étaient grandes et je ne voulais « pas en rapetisser le type. M. Bernardin avait adopté une « direction absolument opposée à celle suivie par le baron « Dauriei et je n'étais pas d'accord en cela avec la nouvelle «< méthode; je ne le suis pas non plus maintenant, parce que « j'ai la ferme conviction qu'il n'y a pas besoin de rapetisser « l'animal pour améliorer la toison ; il n'y a pas de loi phy- « siologique qui empêche cette amélioration dans le cas con- « traire.

<( A l'aide des renseignements que je donnerai plus loin, « on verra que j'ai raison et que je suis en droit de m'ex- « primer ainsi en confirmant la doctrine de notre école.

« En juillet 1879 Meyer alla au Trigo et vit le trouât peau qui était déjà grand. Les agneaux, très beaux déjà, K moururent tous des vers, maladie généralisée, en 1886, « dans la province de Buenos Aires.

« A la vue du troupeau, M. Meyer me dit : « Faisons « venir le bélier; vous avez une très bonne base pour tra- « vailler et ce bélier vous convient parfaitement, mais vous « ne le trouverez plus dans la Bergerie, quelque amateur « l'aura enlevé. Le soir même les dispositions furent prises, « Meyer écrivit à M. Bernardin et moi à MM. P. Dille- " mann frères pour qu'ils fissent venir le bélier sans retard. « Ces messieurs heureusement le trouvèrent encore dans « la Bergerie et me l'envoyèrent; il arriva à Buenos Aires « fin septembre 1S79. 11 avait le numéro 1372 à Rambouillet

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« et, chez nous, il fut connu sous le nom de Thiei^s. 11 « mourut le 21 septembre 1884, quand il y avait justement <» cinq ans qu'il était arrivé à Buenos Aires.

« Tout mon troupeau a aujourd'hui le sang de ce bel « animal parce que je séparai, en 1882, 220 têtes du petit « troupeau que nous avions au Trigo — ayant acheté la « part de mon père — et je les fis conduire à Merlo, où je « m'établis dans la ferme de -Af™* Green^ appartenant « aujourd'hui au D' Romero. Plus tard, en octobre 1884, « je transférai mon troupeau sur ma propriété de Mo- « rôn, l'actuelle Cavagne « del Molino », près de Vestancia « Ituiaingô.

tt JAiVr^ pesait 168 livres sur pied, sa toison 18 et parfois « 20 livres. Thiers 11^ son rejeton, employé à la monte avec *i deux autres rejetons de la même lignée dans le troupeau « de Thiers^ mourut trois mois avant ce dernier, en juillet « 1884. Il pesait 225 livres sur pied, sa toison donnait de « 26 livres à 26 livres et demie de laine longue, d'une

« finesse extraordinaire, 10 à , et d'un suint très riche

« (oléine).

« Je conserve sa dernière toison, et je n'ai pas encore « trouvé une laine qui soit plus fine qu'elle.

« Thiers III ^ descendant de l'antérieur, travaille main- « tenant dans le troupeau avec trois béliers de même origine. « L'un d'eux, Léon^ qui fut exposé avec lui à l'Exposition <t internationale de cette année (1886), donne une laine très *< belle et une toison de 20 livres ; il tient beaucoup de son w aïeul mais n'a remporté aucun prix à l'Exposition; quoique « peu grand, c'est un animal remarquable selon moi. « Thiers ///pesait à huit mois io3 livres, à dix-sept il en « pesait 168 et 200 à deux ans ; sa toison de laine mâU% « grosse, donne 26 livres par an.

H Quant aux autres données, telles que récompenses, « prix, ventes, etc., etc., je ne veux pas entrer dans des « détails scabreux parce qu'il me faudrait faire des apprécia- « tions inopportunes ici. Il faudrait m'étendre trop. Il suffit « de savoir que j'entretiens ma Cavagne plutôt par aniour- <( propre que comme affaire. Je ne changerais ni ne mélan- « gérais le sang de mes animaux pour rien au monde; si a leur entretien me devenait trop coûteux, je m'en déférais « plutôt que de trahir mes principes. Je crois ainsi servir « encore ma patrie. »

La Cavagne « del Molino » comprend 240 brebis mères, 4 reproducteurs, 90 agneaux et 90 agnelles. Son étendue est de 48 cuadras carrées, divisées en 9 parcelles; 16 cuadras sont affectées aux semailles de maïs, etc., 9 cuadras à la luzerne, une cuadra au potager, etc., une aux constructions, une dernière aux porcs fins du Yorkshire où Ton voit une porcherie qui rectifie le proverbe vulgaire que : cochon propre n'engraisse pas. Elle est construite sur une étendue de 4000 varas carrées soigneusement pavée en pierre artificielle en pente suffisante et divisée en trois corps de logis dont deux partagés en huit cases chacun et le troisième commun à toute la bande. En plus deux compartiments-baignoires de deux paras et demie de large, cinq de long et trois quarts de haut, également en pierre artificielle. Le tout est desservi par des eaux courantes ainsi que les hangars, potager, cours, prairies et maisons d'habitation. L'eau sort d'un puits de 1 5 paras de profondeur au moyen d'un moulin à vent Corcoran^ acheté à M. Miguel Lanûs ; elle s'élève dans un dépôt en fer à 10 i^^r^^de hauteur. Les ailes du moulin à roue ont 12 paras de diamètre et, en deux heures de travail et un bon vent, il y a suffisamment d'eau pour tout le service et remplir tous les réservoirs.

« Si je redeviens estanciero, dit^. Amadeo, la première

« chose que je ferai, ce sera d'installer un moulin à vent; a c'est tout ce que je peux dire pour en faire l'éloge ; mais « chez moi maintenant, au lieu d'un homme, ne fût-ce que « pour ouvrir les clefs dès tuyaux qui fournissent Teau des « abreuvoirs dans les prés enclos, je vais poser des flotteurs « afin' que, quand les animaux auront bu, l'abreuvoir se rém- « plisse automatiquement.

« Étant donné ce qui précède, le Z)' Patricio Me. « Neave, guérisseur de sabots et classeur de laine de mou- « tons d'Australie, arrive à la Cavagne. Il y a guéri et m'a « enseigné à guérir moi-même le fameux /?/e7m, maladie que « je ne connais que depuis trois ans et qui m'a fait des rava- « -ges tels. dans mon troupeau que je croyais qu'il n'y avait <» pas de remède efficace pour s'en préserver.

a La venue de cet homme m'a démontré le contraire, et « je recommande son remède aux éleveurs et surtout sa « manière de tailler les sabots, sans estropier l'animal ni « même le faire trop souffrir. L'entrave qu'il emploie et la « commodité de travailler assis sont choses recomman- (t dables. ...

c( Profitant hier de la présence et des connaissances « pratiques de M. Me. Neave pour m'instruire, je lui pré^ (( sentai plusieurs échantillons de laine de mes brebis, ainsi » que celui de la toison d'un bélier qui fut vendu en Australie <( pour la bagatelle de i.i5o £ (mille cent cinquante livres « sterling), près de 7.000 piastres monnaie nationale, au « change d'aujourd'hui, et ma satisfaction fut grande, très « grande, quand, en examinant les échantillons, il en prit un <• de la laine d'une antenaise qui m'a donné 1 2 livres, et me « dit : celle-ci est meilleure que celle de l'australien; et, ". continuant son examen,* il trouva une mèche d'une autre j< antenaise ayant donné 16 livres et médit : Oh! ceci est « riche, c'est ce quil y à de meilleur pour la fabrique^ parce

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« que le peigne glisse sans couper le brin, et qu'il en fait un

« tissu égal ; la mèche de toison de 1 6 livres est n* i , celle de

<i 12 n** 2 et celle du bélier australien n" 3. Bien entendu que

« la classification n'est relative qu'avec trois échantillons; si,

« dans vos contrées privilégiées, chacun procédait comme

« vous, ajouta-t-il, vous n'auriez rien à envier aux Austra-

« liens. »

VIII. — La Cavagne « Candelaria », appartenant à M. Or estes PineirOj est de formation récente et commence à se développer. Elle est située dans le département de LoboSj près de la ville du même nom et à quatre heures de la capitale, par la voie ferrée du Saladillo.

M. Pineiro, qui a préféré le sang de la Bergerie nationale de France et l'emploi de quelques reproducteurs Gilbert^ a déjà formé la base d'un troupeau qui, bien dirigé et avec de bons béliers, donnera d'excellents produits.

Le type de toison de cette Cavagne est grand, épais et fin, surtout par rapport à la grande taille des béliers. Quelquesuns d'entre eux, présentés à la foire de LoboSy en septembre i886, ne laissèrent rien à désirer sous ce rapport.

Comme éleveur novice, au milieu de la grande concurrence du sang mérinos dans le pays, M. Pineiro avance lentement. Il a présenté quelquefois chez M. Adolfo Bullrich des béliers et n'a obtenu que des prix médiocres. Il avait cependant de très bons produits.

L'origine de ses brebis est très bonne. En 1871, quand il fonda sa Cavagfte^ M. Pineiro fit empiète de lyS brebis du célèbre établissement que dirigea M. Oldendorff. Son troupeau compte actuellement 450 têtes.

IX. — L'estancia « El Paraiso » est située dans une des plus belles et des plus fertiles régions de la zone tempérée. Elle s'étend sur un front de 3. 800 varas au Rio

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Parana et une profondeur de 1.800 paras. Elle se trouve donc au nord de la province de Buenos Aires dont le sol est précieux pour Télevage comme pour l'agriculture.

M. Emilio Martinei de Hoi est le propriétaire de cette Capagne qui se distingue par la fixité et la constance du sang mérinos français. En 1867, le premier troupeau de souche procéciait de la bergerie de Rambouillet et, depuis lors jusqu'à ce jour, rien n'y a été changé; la race est pure de tout mélange, et Ton ne se sert que de reproducteurs de chez Gilbert.

En 1867, en eflfet, M, Eduardo Olivera choisit à Wideville des béliers de cette bergerie pour M. Martine^ de Hoi et ce dernier reçoit chaque année les meilleurs reproducteurs que cet établissement vend dans l'Amérique du Sud.

M. Martinei de Hoi s'est assuré une vaste clientèle pour des béliers de troupeaux ordinaires, qu'il vend de 16 à 20 piastres monnaie nationale; il a obtenu des prix plus élevés, jusqu'à 200 piastres pour des béliers vendus à Buenos Aires, à la foire permanente de MM. Adolfo Bullrich et 0\

La guerre civile a fait passer ce troupeau par de curieuses vicissitudes, car il était situé dans la zone par» courue par les armées, pendant les luttes de Buenos Aires et de la Confédération.

En 1859, le troupeau pur de cette estancia fut menacé par l'invasion des confédérés et, pour le sauver, il fallut enduire les brebis de savon noir et les rouler ensuite sur le sol; l'aspect qu'elles prirent alors était si repoussant, si maladif, qu'elles purent échapper à la consommation de Tarmée.

En 1861, pendant la guerre qui amena la bataille de Pavôn^ M. Martine^ de Ho^ s'enfuit avec ses brebis au Rio

Parandj il les embarqua sur la goélette Sifredt\ les cacha dans les îles et put ainsi les sauver de nouveau.

Dans le rapport que m'a communiqué le directeur de rétablissement El Paraiso^ je lis : « L'unique exposition à « laquelle j'ai concouru a été celle de cette année (1886) « sans y obtenir aucun prix. Je n'ai pas pris la peine d'en « vérifier la cause ; bien que j'eusse mérité une récon^pense « d'après l'opinion de M. Tomds Chàs et celle d'autres éle- « veurs notables qui faisaient partie du jury de cette classe « d'animaux.

En effet, M. Martinei de Ho{ présenta un lot remarquable de reproducteurs, mais les prix accordés ne satisfirent pas Topinion publique, à tel point que même certains éleveurs qui remportèrent des prix se plaignent et le font avec juste raison.

Il ajoute encore : « Je me propose, avec la race que « j'élève soigneusement, d'améliorer la taille des animaux « sans perdre de la longueur et de la finesse de la laine. Les « troupeaux de prairies ont donné déjà 5 livres et demie par « brebis et les numéros i et 2 du type, 8 livres. Les brebis « pures donnent 10 livres et demie de laine et les béliers de « 16 à 22 livres. On doit remarquer que la race Gilbert a •« par nature une laine de peu de suint de manière que son « vrai poids est plus effectif que chez d'autres races qui don- « nent plus de poids en suint et moins de rendement net « que celle de Gilbert. »

X. — Le jeune estanciero à^Entre Rios^ M. Gregorio E. Moran^ a fondé dans cette province une nouvelle Cavagne jointe à son établissement La Palma dans le district à'Alarcon^ département de Gualeguaychû.

Il cultive le sang Rambouillet et le Negrete en donnant la préférence au premier parce qu'il est en harmonie avec les tendances qui prédominent parmi les éleveurs de Guale-

guay et de Gualeguaychû auxquels on vend principalement les produits de la Cavagne.

Pour former un troupeau type, M. Mordn a importé de remarquables lots de brebis et de béliers de la Bergerie nationale de France et de la bergerie Gilbert.

Etablissement nouveau, bien lancé dans la voie du progrès, il a devant lui un riant avenir parce que son fondateur possède les deux éléments de la victoire : le capital et le travail.

M, Mordn a rendu un bien grand service à la province d'Entre Rios, dont il est issu, en donnant le salutaire exemple de la création de sa Cavagne^ comme moyen pratique de propagande, dans le but patriotique de transformer dans nos prairies la qualité des troupeaux et le système d'élevage.

XI. — ' Le premier assaut des forces du gouvernement contre la révolution, qui éclata, en 1874, dans la province de Buenos Aires, eut lieu à Vestancia de PoronguitoSj sur la rive méridionale du Rio SaladOj au sud de la capitale de la République.

On croyait trouver là le général Bartolomé Mitre parmi un groupe de volontaires réunis par Stegrnafiy Llosa, Chds et à'2L\xtrQS estancieros renommés qui avaient pris les armes; Tassaut fut donné à une heure avancée de la nuit, avec Téclat qui accompagne les grandes entreprises.

Mitre était, cependant, à la Colonia^ séparé par le Rio de la Plata^ et les volontaires s'étaient retirés quelques heures auparavant à l'exception du propriétaire du terrain, commandant des milices de Pila^ M. Claudio Stegman^ et quelques amis qui payèrent chèrement leur attachement à leurs aises en temps de révolution. La main des soldats fut très lourde. Il ne leur suffit pas de faire prisonniers les gens de Poron-^ guitos et de mettre leur vie en péril, ils s'en prirent aussi au luxueux mobilier dont Steginan avait embelli le nid de ses

amours. La notoriété historique acquise par Poronguitos et la réputation des troupeaux de son propriétaire avaient éveillé en moi le désir de visiter Vestancia.

En 1884, je me trouvais un jour chez M. Adolphe Bullrich dont les marchés publics à Buenos Aires, à partir des premiers jours de mai, ressemblent à une superbe Cavagne où les éleveurs argentins trouvent la plus remarquable exposition d'animaux de races différentes, des types qui, par leur sang et par leurs formes, méritent soit l'acquisition soit l'inspection.

Au milieu d'un groupe d'éleveurs on remarquait M. Claudio Stegman assailli par les questions de ses amis sur le mérite des bêtes mises en vente. Stegman était, selon l'opinion générale, un des éleveurs nationaux les plus compétents en matière de races ovines produisant la meilleure laine. Il possédait à la fois la théorie et la pratique.

Quelqu'un avait fait venir d'Europe un lot de remarquables béliers récemment tondus, et avec eux une grande et belle toison qui fut étalée sur une table. Stegman examina leur laine à peine visible et, à Taspect de l'échantillon, il s'écria : « Aucun de ces béliers n'a donné cette toison », et on dut avouer la supercherie. Le maître était invincible. Il avait étudié dans sa jeunesse ce métier difficile en France et en Allemagne, au sein de ces deux grandes écoles d'éleveurs rivales, avant de devenir chez nous un cavagniste très distingué.

Le jour que je le vis chez Bullrich^ ses amis lui demandaient une conférence sur le type le plus convenable pour le perfectionnement de nos laines fines, par suite des enchères de la saison. Stegman^ ami des exposants de la foire de Bullrich^ ne devait pas manquer de prudence, aussi répondit-il : « Allons mardi à Poronguitos et je vous « dirai ce que j'en pense dans mes propres pénates... »

Mes désirs se sont donc accomplis; j'écris ces lignes sur le champ fameux de la bataille de Poronguitos^ après douze ans moins un mois, remportée, en septembre 1874, contre les barrières-enclos et le mobilier de Stegman.

Cette résidence de campagne est le bijou du Salado que domine une élégante villa scrupuleusement transplantée des aristocratiques environs de Paris et superposée à d'autres bâtiments d'un style simple et agréable à l'œil.

La grande villa, le chalet destiné à l'école où ont été élevés comme des seigneurs les sept fils de Stegman^ les appartements d'amis et de service, la basse-cour, remplies des plus rares et des plus belles races de volailles, les serres, enfin, occupent le centre d'un beau parc, dont répais feuillage abrite une foule de variétés d'oiseaux qui en innombrables volées accompagnent en liberté les habitants de cette somptueuse résidence de campagne.

Stegman^ Argentin d'origine teutonne, marié à une demoiselle distinguée de Hambourg, a vécu depuis lors à Poronguitos pendant vingt-trois ans et ces circonstances expliquent que sa demeure soit, par son architecture et ses installations, une véritable habitation de luxe.

Partout palpite l'influence du bon goût et du confort; villa, chalets parcs, hangars, fermes, prairie, troupeaux de bœufs et de moutons, abreuvoirs, cavagnes : tout est à Tunisson.

J'ai vainement cherché le la{o et les boleadoras dans une estancia où abonde le gros bétail, ou le gaucho pratique, qui jouit quand il peut estropier de jeunes bêtes en les marquant à feu, ou des poulains avec ses piales volcados (entraves) avant de les seller et de les faire galoper. Ni laios^ ni boleadoras^ m gauchos^ ni rodéos^ ni bagùales... Rien de V estancia créole!

Poronguitos est Une véritable démonstration de cette vérité qui s'impose heureusement parmi nous. Pour être un bon estanciero^ ce qui est moins nécessaire c'est d'être un bon gaucho; l'élève du bétail est un art basé sur des principes scientifiques.

Stegman a divisé son champ en prairies solidement encloses, d'étendue réduite, et cette organisation lui permet de s'agencer de manière à ne manquer jamais de fourrage pour ses troupeaux, même dans les temps de disette de juillet et d'août.

On admire avec plaisir les bandes d'autruches qui Se présentent en troupes élégantes et des cerfs qui croisent furtivement en toutes directions; ces animaux domestiqués se multiplient sous la garde de l'attachement qu'on a pour eux, dans une estancia où il nV en a pas de malfaisants : des bandes de chiens errants, par exemple, véritable fléau de certains établissements.

La compétence se révèle dans ces détails comme dans beaucoup d'autres, et c'est à juste titre que l'administration de Poronguitos passe pour en être bien pourvue.

Rien n'y est laissé au hasard : tout est le fruit de longues délibérations, comme les inconnues cherchées au moyen de procédés rationnels. J'insisterai encore sur des détails qui démontrent cette opinion. Il y a dans V estancia soixante barrières automatiques, système imaginé par M. Stegman lui-même, faites en bois, ne revenant qu'à moitié du prix des connues et possédant des avantages qui les tont bien supérieures.

hesjagueles^ ou réservoirs d'eaii, ne sont pas des mares

•immondes comme on en voit fréquemment, mais bien des

puits voûtés avec une ouverture pour recevoir la noria ou le

seau mécanique. Ce système est sans doute coûteux, mjais

c'est une dépense productive, car elle assuré la bonne qualité

hygiénique de Teau, sa température uniforme et sa permanence.

Sait-ôn combien de milliers de brebis meurent annuellement à Buenos Aires par suite des inconvénients des mau-. vais abreuvoirs ? Mieux vaut ne pas répondre !

Les installations pour combattre la gale ne sont pas moins économiques et ingénieuses. Les brebis passent du bain dans deux corr^/^j, ou enclos carrelés, où elles restent quelques instants pour laisser égoutter leur toison et le spécifique qu'elles laissent tomber de cette façon s'écoule^ par une légère pente, dans deux réservoirs qui le rejettent de nouveau dans la piscine.

Les machines à insufflation contre les pi{cachas (lièvre de r Inde) sont toujours en mouvement. On comprend que, dans de belles et hautes prairies comme celles de Poronguitos, il y ait eu, au temps passé, plus de trente mille. W{cjc/r^r^^ par lieue carrée, mais aujourd'hui elles n'y sont plus à Taise et mettent plus de temps à sillonner le sous-sol de leurs gîtes que la machine à détruire ces derniers.

En un mot, tout ce que Ton voit dans cet établissement fait preuve de constance, d'intelligence, d'habileté et de travail. Voyons maintenant son troupeau mérinos.

Pendant que la race mérinos, sous ses différents types, Xegrete, Escortai, etc., se perdait en Espagne, les Allemands et les Français lui imprimaient le plus haut degré de perfectionnement, grâce au savoir faire appliqué à la sélection.

Les mérinos emmenés de TEscurial dans le duché de Saxe, sous les auspices de l'Électeur, forment la sous-race ou mérinos saxon nommé électoral, qui n'a jamais eu ni ne reconnaît de rival en Allemagne pour la production de laine fine.

En France, la Bergerie impériale, aujourd'hui nationale.

était arrivée à de semblables résultats. Dans cet état de propagation de la race mérinos en Europe et en Amérique, lès éleveurs remarquèrent que la supériorité de la laine n'accompagnait pas le développement de Tanimal comme élément de boucherie. Les viandes de moutons des troupeaux français et allemands occupaient dans le mouvement des échanges une position inférieure pendant que les races ovines grasses et corpulentes de l'Angleterre dominaient le marché. Les éleveurs de mérinos adoptèrent alors le correctif naturel qu'imposaient les faits et l'on obtint le type Rambouillet qui réunissait au développement considérable du corps une qualité supérieure de laine. Les Allemands s'emparèrent habilement de cet élément et obtinrent un troisième type, une sous-race, qui adjoignait à la grande taille de l'animal de boucherie et à la finesse de là laine une abondante toison.

Quand le problème eut été résolu sur les vieux marchés, la République Argentine s'assimila tous ces progrès. Il convient à nos estancieros^ d'après une croyance générale, de créer un type ovin rustique, sans artifice, fort et résistant, qui joigne à la grande taille de l'animal d'abattoir une toison fine et abondante. Stegtnan s'était efforcé, dans ces derniers temps, d'obtenir ce type par le croisement du Negrete avec le Rambouillet.

Le troupeau des reproducteurs était élevé en plein air à Poronguitos avec une rusticité complète; il ne comptait pas moins de 400 têtes.

Le type des brebis se conserve dans toute sa vigueur et dans tout son développement et la qualité de la laine est remarquable, bien que les intempéries en détruisent l'aspect.

Les antenaises descendant de ces rustiques brebis, que Stegman séparait et élevait dans les hangars, unissent à un grand développement qui dévoile le sang Rambouillet une

toison épaisse, compacte, soyeuse et élastique ; elle est tellement abondante que c'est à peine si on peut apercevoir le museau et l'extrémité des membres de l'animal.

Cinquante béliers très jeunes encore, frères de ces antenaises, me prouvèrent clairement que des moutons élevés en plein air et sans aucune alimentation artificielle donneraient cependant des résultats satisfaisants. Quelle en est la cause? Ces femelles n'avaient pas dégénéré, bien que nous fussions en août, en plein hiver, et dans une prairie où il y avait d'autres troupeaux; bien loin de cela, leurs rejetons, les antenaises, étaient dans un état de perfectionnement. Par rapport à la quantité et à la qualité de la laine, il y avait ampleur dans ce type et quelques béliers mériteraient même qu'on les mentionnât pour la beauté de leur conformation.

En somme, la toison de cette variété est grande, étendue depuis les sabots jusqu'au museau; et, en détail, sa laine est longue, compacte, élastique, soyeuse, abondante en suint et en nerf. Séparée avec les doigts, la toison semble être une matière élastique qui efface rapidement les traces laissées par la pression. Ces caractères sont généraux. Chez la plupart des béliers et des brebis on remarque l'uniformité de la toison ; c'est-à-dire une tendance à égaliser la qualité et la quantité de la laine dans les différentes parties du corps de ranimai. Cela doit être une constante préoccupation pour l'éleveur et c'est la clef du triomphe des Australiens sur nous. S'en approcher n'est pas œuvre de Romains, mais c'est question de temps et d'intelligence.

Une condition primordiale est cependant nécessaire chez ces troupeaux pour remporter la palme. C'est ce qui explique la conservation des qualités de brebis rustiques de Poronguitos^ ce qui donne la clef du perfectionnement que révèlent leurs rejetons, ce qui conduit à l'uniformité des caractères de la toison. Cette vertu substantielle, ce cheval de

bataille de tout cavagniste de progrès, c'est la fixité et la constance du sang.

Poronguitos est une gloire des Cai'agnes nationales, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire en m'occupant de l'influence utile exercée par le père des Stegman dans la révolution pastorale du Rio de la Plata.

XII. — J'extrais d'une publication parue dans le jour nal El Nacional de Buenos Aires les renseignements suivants sur la Cavagne « San Fermin » appartenant au Z)"" Bernardo de Irigoyen qui la présenta aux dernières expositions et aux ventes publiques avec de bons lots de béliers. Cette Cavagne est située dans le département de General Rodngue{^ k 55 kilomètres de la capitale fédérale etkSocuadras du village du même nom, sur la ligne du chemin de fer de l'Ouest.

Uestancia a une superficie totale de 3.ooo et quelques cuadras carrées. Les terres sont hautes, les fourrages abondants, tendres et de première qualité. L'établissement est si favorisé par la nature qu'il a résisté, sans trop en souffrir, aux époques des plus grandes sécheresses et, actuellement, c'est un admirable tableau à contempler, même pour un indifi"érent, que cette immense plaine toujours verdoyante où paissent, se développent et se multiplient les nombreuses têtes de bétail qui la couvrent.

Une des causes de la bonté de ces prairies est due, sans doute, à l'existence de deux ruisseaux d'eau douce qui l'entourent presque complètement. Ce sont les ruisseaux de La Cho{a et de El Dura^no^ affluents de la rivière Las Conchas^ et qui vont déboucher à Lujdn.

Le terrain est divisé en huit ou dix prairies, plus ou moins de mêmes dimensions, destinées au pâturage des diverses races.

Il y en a une pour les bêtes de race Durham avec des tau-

reaux importés, une autre pour les métis^ d'autres pour les troupes de juments avec leurs reproducteurs, d'autres encore pour les bêtes ovines, et ainsi de suite, chaque pré étant occupé par des animaux de races différentes.

Il y a en plus 1 5 puestos^ ou fermes, les bâtiments respectifs sont bien construits ; deux d'entre eux sont couverts en tuiles de Marseille et se composent de deux ou trois chambres. L'un et l'autre possèdent un petit bois et une luzernière pour la provision de fourrages verts des diverses catégories d'animaux. Chaque puesto compte 2.000 brebis plus ou moins métisses Rambouillet avec 3o ou 40 reproducteurs.

Il y a en outre i5o cuadras destinées aux semailles de luzerne pour le fourrage des animaux fins. Les champs sont enclos avec des fils d'acier du Creu{ot et des piquets de nandubay (bois imputrescible du pays).

Les animaux d'espèce ovine sont divisés en trois races à San Fermin: Rambouillet^ Lincoln et Oxfordshire Down (face noire). La Cavagne Rambouillet est celle qui attire le plus l'attention et les soins scrupuleux du directeur de rétablissement, M. Abraham Zala^ar. Cette Cavagne fut fondée en 1880 avec une souche de 3oo béliers purs de la meilleure origine et s'augmente annuellement de nouveaux envois de brebis et de béliers de la célèbre bergerie de Von Homeyêr de Poméranie en Allemagne.

La Cavagne se compose actuellement de deux souches pures ainsi composées : 5oo brebis mères choisies et soignées sous hangars et 1000 brebis en pâturage libre composées de la réforme des premières. Ces deux souches sont à présent desservies par 17 reproducteurs importés. Chaque année on vend de 100 à 200 animaux purs et 200 des autres.

La Cavagne a acheté dernièrement deux antenais de la réserve de la bergerie Von Homeyer d'Allemagne déjà mentionnée au prix de 1000 piastres or chacun.

M. Abraham Zala^ar^ agronome argentin, qui dirige rétablissement, m'a communiqué un mémoire, daté du ai octobre 1886, d'où je transcris les renseignements suivants qui complètent les antérieurs:

« Le troupeau Rambouillet fut, à l'origine, de 3oo brebis « pures achetées à Amaralj Stegman et Latham. En i883 et ^ 1884 on importa d'autres animaux de la bergerie, de a Von Homeyer^ de Poméranie, en Allemagne. Depuis A octobre 1884, la souche fut formée par des animaux purs « importés, par leurs descendants et les meilleures ante- « naises originaires de la première souche, ayant réformé « celle-là, opération qu'on fait tous les ans; une autre « Cavagne^ le n* 2, de pâturage libre, est destinée à produire « des béliers pour les troupeaux ordinaires de l'établissement « et la vente. De cette façon la Cai^agne Rambouillet ne se « compose que de joo brebis mères, dont on retire annuelleu ment un nombre égal de brebis qui en descendent et qui, « par leur laine, leur type et d'autres conditions, ne méritent « pas de figurer dans le Stud sous hangar; la sélection, en « effet, est faite au point de vue de la qualité de la laine « et du type des animaux.

« Les soins donnés au troupeau sont excessivement ^< simples. Pendant le jour il est lâché dans la prairie et « durant la nuit on Tenferme; en cas de pluie ou de mauvais « temps, les animaux ne sortent pas, surtout les brebis qui « viennent de mettre bas.

« L'agnelage est entouré des soins que réclame l'entre- « prise. Les premiers jours, on enferme les brebis qui « viennent d'agneler et ensuite on les lâche par petites « troupes dans des enclos restreints, après avoir marqué les « agneaux du numéro du père et de la mère.

« L'augmentation de la Cavagne varie entre 76 et 80 0/0 « relativement au nombre de brebis servies; l'opération de

« la monte se fait à la main ou, ce qui revient au même, « individuellement, d'après le bélier indiqué dans la classifi- « cation.

« Les 2 1 béliers importés que la Cavagne a eus à son « service appartiennent à l'éleveur Don Federico Von w Homeyer^ de Ran{in, sauf deux qui furent employés les '< deux premières années et qui provenaient de la Bergerie <« nationale de France.

« Le terme moyen des ventes de béliers est :

1884 69 béliers à piastres "», * 1 10 Tun

« Le profit ou résultat que désire atteindre le directeur de (< rétablissement de Rambouillet est d'assimiler le troupeau « et de produire des mâles assez grands, d'un beau type, « à la toison uniforme et dont la mèche soit longue, douce « et nerveuse. »

« Quant aux récompenses, l'établissement en a remporté « dix-neuf dans cinq expositions où ont figuré ses produits ; << elles se composent de six premiers prix^ dix seconds^ « une mention honorable^ deux médailles d'or.

« La tonte des brebis mères a donné l'année dernière « et cette année entre 10 et 11 livres de laine par tète, en « moyenne. Les reproducteurs entre 17 et 21 livres de laine « d'une seule année. »

XIII. — La Cavapte « Plomer », dont je vais m'occuper, est la preuve d'un des plus rapides et des plus éclatants progrès de raffinement du mérinos dans le Rio de la Plata.

h'estancia a Plomer » se trouve dans la région centrale de la province de Buenos Aires, dans le département General Las Heras^ à 12 kilomètres de la station du même nom,

sur la ligne ferrée du Saladillo et à 14 lieues à Touest de la capitale de la République. L'étendue des terres est de 5.800 cuadras carrées, limitées par une clôture en fil de fer et séparées en de nombreuses subdivisions qui permettent à la direction de maintenir une stricte discipline d'organisation dont s'aperçoit immédiatement tout observateur. C'est ce que j'ai fait lors de la visite que je rendis à cet établissement, en i885, à mon grand plaisir et profit.

Les grands troupeaux de brebis élevés en plein air occupent 25 puestos ou fermes, bien bâties, avec jardin clos, plantation d'arbres fruitiers et d'ornement, luzernières, maisons en briques, petits hangars pour y abriter et y soigner les reproducteurs, enfin des enclos défendus contre les rudes vents de Thiver par des plantations de ligustrum et de sureau.

Le principal corps de bâtiment est situé presque au centre de la productive estancia^ et c'est là que se trouve, dans un corps indépendant, la Cavagrie mérinos si justement renommée.

Les constructions de cet établissement sont nombreuses, imposantes et représentent un fort capital. Les divers départements oflFrent les commodités suivantes :

Département de tonte. — Un grand hangar pour y déposer la laine; un hangar destiné à la tonte; un hangar non fermé pour abriter les troupeaux pendant ce dernier travail. Une maison divisée en logements pour les tondeurs. Un endroit pour enfermer la viande. Un abattoir. Une cuisine.

Bassin pour baigner les moutons. — Ce département a pour but de traiter la gale dans tous les troupeaux en profitant de l'occasion opportune de la tonte. Il se compose d'un premier corps de machines pour préparer et chauflFer le remède par la vapeur, et d'un second corps de machines

destinées à extraire l'eau avec une pompe à vapeur. Le bassin, qui se trouve à la suite de ces constructions, a 21 mètres de long et est pourvu de chaudières, d'appareilsbascules qui laissent tomber les moutons dans le bain, enclos divers et hangar pour dépôt de combustible.

Cavagne tf 2. — Elle comprend les troupeaux Ram- * bouillet et Negrete élevés tantôt à Tair libre, tantôt sous hangars, suivant les circonstances; à cet effet ont été construits deux hangars recouverts en chaume dont l'un mesure 12 mètres sur 60 et Tautre 17 sur 60 ; plus deux maisons en briques pour les bergers.

Personnel. — Ce département se compose d'un ample corps de bâtiment qui a le mérite de conserver quelquesunes des anciennes habitations établies par les fondateurs de cette magnifique estancia. Là, habitent les contremaîtres et les peons dans une grande et nécessaire indépendance entre eux ainsi que par rapport aux autres habitations.

Parc. — Il y a 20 cuadras carrées cultivées avec une intelligence et à Taide de débours tels qu'on est arrivé à en former un parc charmant où se mêlent aux constructions basses et carrées de nos ancêtres les pittoresques demeures de la Normandie ; aux ruisseaux artificiels qui coulent dans les bosquets d'arbustes et d'arbres géants, des fleurs de nuances innombrables, des fruits savoureux ; où enfin Ton trouve réunis les larges et sombres avenues et les replis tortueux du labyrinthe enchanteur.

Au centre riant, frais et parfumé du parc s'élèvent différents édifices dans l'ordre suivant :

i* La demeure traditionnelle des aïeux ; 2* un élégant et hardi chalet auquel on peut comparer celui qui, à Buenos Aires, borne à l'ouest la place General San Martin. C'est là que loge M. Narciso Lo{ano, fondateur et directeur de la

Cavagne^ avec ses frères. C'est là que sont reçus d'une manière inoubliable les nombreux hôtes distingués qui vont souvent à cette estancia-modèle ^ pour se distraire et s instruire ; 3* une maison en briques à étage pour remises et écuries. Le haut est destiné au dépôt et aux magasins de fourrages ; 4* une laiterie dans une habitation spéciale ; 5" des étables pour les taureaux et des écuries.

Ferme. — Ces remarquables constructions sont complétées par une ferme de 25 cuadras carrées où l'on cultive Torge et le maïs pour la consommation de l'établissement. Il y a là une bonne habitation de deux pièces et un petit hangar.

Tel est le milieu topographique et pittoresque où le voyageur trouve la Cavagne « Plomer », sur une étendue de 5o cuadras^ divisée en quatre prairies.

Les constructions de ce département se composent de quatre hangars dont l'un est bâti d'une façon solide et commode.

Elles comprennent ensemble une surface de 10 14 mètres carrés et le principal corps de logis, comme on peut le voir par les gravures, a un étage de quatorze mètres et demi de large sur quarante-trois de long, où on dépose le fourrage sec.

Un autre vaste hangar renferme les machines à dégraisser et à concasser le maïs, l'orge, les tourteaux de lin et à hacher le foin.

Cette section des machines est complétée par une pompe aspirante et foulante très puissante qui fournit de Teau à tous les hangars et abreuvoirs, même aux prés, au moyen de tuyaux de fonte. Le moteur est un solide manège mû par des chevaux.

Près de là est située] la petite maison blanche du berger et de ses aides.

La Cavagne Rambouillet fut fondée en 1880 avec une souche extraite d'un troupeau qui existait à Vestancia « Pih- »ier»,dont l'origine est bien connue. En i838, M. Plomer acheta à l'établissement Santa Catalina (aujourd'hui Haxas de la province) 100 brebis et 2 béliers mérinos importés

CAVAGNE « PLOMER ■■

d'Europe et qui furent conduits à Vestancia » Plomer » par la troupe de charrettes de Miguel Etchegaray. Cette souche fut détruite presque complètement par une bande armée au nom de la Fédération du couteau et de la devise.

Les gens de Chirino, le fameux capitaine des révoltés, qui a donné son nom aux tentatives inutiles de guerre civile — chirinadas — détruisirent l'établissement comme ayawt été dénoncé pour un nid de sauvages unitaires par un

domestique que l'administrateur, M. Juan Cru{ Ocampo, chassa de rétablissement.

Les soldats commencèrent, en haine des étrangers galeux^ à mener à Tabattoir et à égorger les brebis pures qui avaient amené la gale dans la République, d'après une légende de cette époque. Des belles peaux du troupeau, ces barbares firent des dessous de recado (selle du pays).

Les excès des gens de Chirino menaçaient de prendre de plus grandes proportions quand on avertit le commandant Miguel Etchegaray qui accourut et sauva les propriétaires et leurs biens du fléau qui les accablait.

C'était le même Miguel Etchegaray qui avait transporté le troupeau de souche depuis Santa Catalina jusqu'à 1'^^tancia. De charretier il était déjà parvenu au grade de commandant !

Un peon, nommé Mariano 5o5cA, trouva dans la prairie la queue du troupeau fin, c'est-à-dire quelques antenaises boiteuses, maigres et malades, peut-être les gens de Chirino les épargnèrent-elles pour cette raison. Afin de ne pas les laisser périr, Etchegaray les emmena et les fit soigner. C'est ainsi que fut sauvé et que se multiplia de nouveau le troupeau de souche importé de la grande Cavagne « Plomer » actuelle et qui forma, une fois rendu à ses propriétaires par Etchegaray, la base des troupeaux Rambouillet et Negrete de Vestancia.

(hepeon Mariano Bosch, qui soigna le troupeau sauvé, habite encore à Vestancia « Plomer » comme fermier.)

Ces brebis furent servies dans les premiers temps par des béliers choisis dans le troupeau même. Puis on adopta le typede la Cavagne « Santa Catalina » en recherchant toujours les meilleurs reproducteurs parmi les béliers qui se trouvaient dans le pays à cette époque.

Ensuite, poursuivant les progrès accomplis, vers les

années 1845-1846, on adopta le type allemand appelé silesio par les éleveurs de la République; c'est alors que M. Plomer fit l'acquisition d'un lot introduit par M. Cranwell.

Mais le raffinement par le type saxon perdait du terrain, laissant la place au mérinos, de plus grande taille et de

CAVAGNE " PLOMER •

toison plus abondante, comme je i"ai démontré, et Vestancia " Plomer » s'associa au mouvement en achetant des béliers de race Rambouillet aux Cavagnes « Remedios » de Halbach et de race Negrete à Hannah qui en avait développé l'élevage.

En 1864, M. Narciso Lo{ano commença à intervenir dans les affaires de Vestancia fondée par son aïeul, et aussitôt, il poussa au raffinement les troupeaux de Negrete et de

Rambouillet dont l'ancienneté du sang et la constance dans le progrès appelèrent son attention.

Pour développer la taille des animaux et en caractériser le type, il se servit de béliers de Cavagnes réputées : celle des Remédias de MM. Olivera Hermanos, de Nuestra Senora del Pilar de MM. Na{ar et de Santa Maria de Oldendorff; pour le troupeau Negrete, il employa le type argentin de Chas.

M. Loiano me dit : « C'est avec ces bases qui ont toujours été bien respectées, — même au temps de la grande dépréciation de la laine et, par conséquent, des brebis, — que Vestancia « Plomer » a formé ses troupeaux qui jouissent d'une juste réputation par la finesse, l'égalité et autres conditions de la laine que l'on vend toujours avec un gain de 20 0/0 sur les laines généralement bonnes des autres établissements.

« Je dois faire remarquer que chaque animal donne en moyenne 5 livres de laine par an, en comptant les antenaises, et malgré les années relativement mauvaises par où

< nous passons et pendant lesquelles les moutons n'engraissent pas comme ils devraient le faire.

« Uestancia P/omer, qui produit de 9 à 10.000 arrobes ( (11 kil. 1/2) de laine, vend au même prix celle de brebis ( mères, celle d'antenaises et la laine de ventre, qualités que

< l'on sépare ordinairement de la toison. »

M. Loiano a voulu utiliser d'une autre manière les deux belles souches déjà mentionnées et, en 1880, il les raffina pour en former la Cai^agne qui a fait rapidement son chemin. Au troupeau primitif il ajouta les éléments suivants :

En 1881, i5 brebis Rambouillet de la bergerie de M. Hugo Kayser de Haubit^^ en Allemagne, et 2 brebis françaises de la bergerie Bailleau^ vendues à lencan par MM. Adolfo Bullrich et C**; En 1882, 4 brebis consignées à

la Cavagne « Bernardino Rivadavia », à Marcos Pai^ par M. Kaiser pour l'exposition continentale de Buenos Aires.

Le troupeau Rambouillet se composait en 1886, de 35o têtes en brebis et grandes antenaises et donne une augmentation annuelle de 87 0/0 en moyenne.

M. Lo^ano 3, déployé beaucoup de prévoyance et d'intelligence par le choix des moyens pour obtenir des reproducteurs, et comme il est évident que c'est aux excellentes qualités de ceux-ci qu'il doit les succès qu'il a obtenus et qui surprennent beaucoup de personnes, succès que Tégoïsme explique injustement et que je trouve parfaitement logique et naturel, je céderai la parole à M. Lo^ano en tout ce qui se rapporte à cette question :

« Les premiers béliers employés dans ma Cavagne^ dit-il, « furent envoyés par le professeur-directeur M. Julio Bohu^ << de Leipzig, ils lui furent demandés par mon bien cher ami « Don Enrique Meyer; c'était le n** 663 de la bergerie de « M. Heidemnan à Krebson {Poméranié) ^ et le n"* 5 06 de la « bergerie de M. Hugo Kayser^ à Haubit{^ aujourd'hui « New kirschen. C'est grâce à ces béliers que j'ai pu obtenir « un résultat aussi merveilleusement avantageux et mettre « ma Cavagne sur un si grand pied avec la rapidité qu'on " verra par les données et les prix élevés que j'ai obtenus « d'année en année. Il m'est impossible de donner d'autres '< renseignements pour prouver ma réussite que ceux que je « viens de citer et je puis ajouter que je n'hésiterais pas à « payer 10.000 piastres nationales pour n'importe lequel des « deux béliers s'il était possible de les ressusciter et de me les « remettre de nouveau à Tâge qu'ils avaient quand je les « reçus la première fois.

« J'ai employé aussi 2 béliers de la bergerie Thirouin K Soreau de France et je n'en saurais dire autant de bien « que des autres, car le résultat fut peu séduisant; heureuse-

ment l'un d'eux mourut peu de temps après l'avoir reçu et je vendis l'autre.

« J'eus un bélier n* 354 de la bergerie de M. J. Heunt'g de Strokwalde. Je le conservai pendant très peu de temps, car je l'employai à peine et, avant de finir la monte, je le cédai à M. Meyer, qui le conserva. Le résultat ne fut pas mauvais. Je reçus après, 3 béliers que m'envoyait

CAVAGNE .. PLOMER '•

■ M. Bohn avec qui j'avais déjà fait connaissance et étais

■ en correspondance.

" Un d'entre eux portait le n* iio de la bergerie de I M. Belotp, à Jargelîn. Cette bergerie est formée d'une ' partie de celle de M. Heydenman, qui fiit liquidée et dont 1 on reforma trois bergeries. Le bélier vit encore et m'a

< donné des résultats qui ne s'écartent pas de ceux du

< fameux n" 663 dont je me servais d'abord.

« Un autre de ces trois béliers porte le n" 287 de la bera gerie de M. Hugo Kaiser. Je l'ai peu employé parce qu'il « avait une tête trop longue, très peu fournie en laine, con- « ditions assez mal vues à Buenos Aires.

« Ce bélier servit le troupeau de pâturage libre en don- « nant de bons résultats.

« Le troisième bélier portait le n° Soy de la bergerie de « M. Furgeus^ h Hohen Wischandorf {3L\i]onr(ï hui Raggentin) a et je ne l'employai qu'avec peu de brebis quoique M. Bohn « Teût beaucoup recommandé et soutienne, aujourd'hui « même encore, que je n'aurais pas dû m'en défaire, comme « je le fis. Sa toison peu fournie et son type n'étaient pas de « mon goût. Il avait obtenu cependant un premier prix, à « l'Exposition de Hambourg.

« J'ai employé des béliers de ma propre Cavagne. Le « n° 24 me laissa de magnifiques rejetons. Je le vendis en » 1884 dans un lot d'animaux chez MM. Bullnch et C'^ « et ce fut M. Lastra qui l'acheta. J'ai toujours regretté de « m'en être défait. Le bélier n** 467, de ma cavagne aussi, « donna de bons résultats. J'ai eu un bélier n** 529 de l'éle- « veur Von Homeyer. Il vécut à peine un an et ses résultats w furent bons.

« L'année passée (i885), j'envoyai mon berger Blaeschke « en Europe pour qu'il m'achetât des béliers de concert « avec M. Bohn et, effectivement, il m'amena les meilleurs « qu'il trouva. Les bons types sont rares là-bas et les Alle- <« mands disent que nous sommes très exigeants.

« Mon berger m'amena 5 béliers Rambouillet allemands ft qui sont les suivants: n** 145 de la bergerie de M. Steiger, « deLeutewit{; n^gy de la bergerie de M. Heine^ à Narcau; « n^' 141 et i34 de la bergerie de M. N. Kayser, à Neu- « kirschen et n" 422 de la bergerie de M. Below^ à Jargelin. <• Ces béliers m'ont donné de bons résultats, autant qu'on

« peut en juger par les agneaux nés en mars, avril et mai « derniers (1886) qui sont les premiers que j'ai eus de ces « reproducteurs.

« C'est sur ce cheptel que M. Lo{ano a travaillé pendant « six années; il y a peu d'éleveurs qui puissent justifier d'une « victoire plus complète que la sienne; comme le prouvent « les résultats suivants :

Nombre de béliers Années. produits par la Cavagne.

1882 no

1885 io5

« La Cavagne a vendu aux enchères et obtenu les prix « suivants en monnaie nationale »

ANNÉES

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