‹ Description agréable de la République argentineChapitre 29 sur 65 · M MM · texte numérisé non relu

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L'unique race qu'on trouve dans cette estancia est celle de Lincoln. On commença à la croiser en iSSy; auparavant avaient existé des troupeaux purs et croisés de Leicester^ Lincoln^ Cotswoold^ Cheviot et Romney Marsh.

Le premier troupeau fin fut créé en 1842 avec sept brebis et quatre béliers, tous purs, de race saxonne. Ces souches d'une estancia^ dont le capital dépasse déjà cent mille têtes de moutons, méritent qu'on en donne les noms; c'étaient, pour les brebis: Dominguita, Gertrudis, Hortensia, Pépita, Juanita, Clotilde et Mathilde; pour les béliers : Pedro, Diego, Patricio et Apolinario.

Peu d'années après on introduisit le sang Cotswoold, puis on croisa avec du Cheviot^ Leicester^ Romney-Marsh et Lincoln^ tous de provenance anglaise.

La race Costwoold et la race Cheviot se développent très lentement et, pour sauver ce défaut, on amena les races Leicester et Romney-Marsh. Le Leicester est un animal de grande taille et très gras; mais, en revanche, il est peu propre à chercher lui-même sa nourriture et les fortes chaleurs de ce pays lui nuisent en même temps qu'elles l'exposent à contracter des maladies des reins et du foie.

Le Romney-Marsh paraît plus fort et plus robuste, de grand développement et très propre aux prairies basses ; mais* sa laine a peu de valeur et peu de poids.

Après tant d'essais, on remarqua que la race Lincoln était, sans aucun doute, plus apte à ces prairies et, à partir de i863, on n'employa plus d'autres béliers à Los Ingleses que des Lincoln.

Le premier troupeau à' estancia fut créé en 1828 avec des brebis Pampas^ de type inférieur et dont la laine était noire. Il se composait de 5 70 têtes.

En i835, i836, iSSy et i838, on établit de nouveaux troupeaux servis par les béliers adoptés dans le pays à cette

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époque, c'est-à-dire des mérinos, spécialement des saxons et des français de l'établissement El Carjnen de Hannah^ très connu maintenant sous le nom de El Negrete. L'élevage prit du corps et du type; les voisins de MM. Gibbson^ instruits par le fait et le profit qu'on en tirait, accoururent à la recherche de reproducteurs , c'est ainsi que l'on commença les ventes de béliers à Los Ingleses vers i836.

La tonte n'était pas un travail régulier à cette époque. Beaucoup de créoles gardaient, enterrées sous leur lit, les onces d'or à colonnes dans des cruches qui avaient contenu de l'huile espagnole et ils laissaient les brebis avec leur laine pendant des deux et trois ans : l'intérêt du capital n'était pas récolté.

Mais, en i83g, les frères Gibbson établirent la tonte annuelle, régulière et, au lieu de la commencer en janvier et février, comme on le faisait ordinairement, ils aiguisèrent leurs ciseaux en octobre.

Les voisins commentèrent beaucoup cette idée. Le créole riait de la candeur des Anglais qui tondaient leurs brebis en octobre pour qu'elles mourussent de froid et, d'après le journal détaillé et judicieux de Vestancia^ le fait était ridiculisé sous le sobriquet de: excentricité des Anglais,

Du journal rédigé par M. Heriberto Gibbson j'extrais ce qui suit : « En 1843 commença une industrie destinée à « devenir une des principales pour l'éleveur : envoyer à la « graisserie les moutons et les vieilles brebis dont on ne « pouvait tirer aucun profit diflFéremment. »

Cette opération se faisait sur les bords du ruisseau de VAjô où le bateau exportateur pour l'Angleterre attendait le produit du travail. C'est à ce même endroit que s'élèvent aujourd'hui les immenses saladeros qui donnent de si grands profits à la province de Buenos Aires.

Comme cette tâche attirait beaucoup de péons et de

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marins sur le bord de ce ruisseau, on y établit une pulperia (boutique où Ton vend toutes sortes de choses) et à côté s'élevèrent, entourant les graisseries, les maisons de la ville qui aujourd'hui s'appelle Général Lavalle.

Le gouvernement en régularisa la forme ; il expropria les Anglais des terrains communaux et, en 1872, Ajô entretenait quatre saladeros colossaux, deux graisseries et deux entrepôts : une vie d'activité et de progrès devint celle du port.

En 1849, MM. Gibbson exportèrent leurs laines à destination des marchés européens, en l'emballant dans leurs magasins de Vestancia et en les remettant directement, sans faire escale nulle part et sans passer par aucun intermédiaire, à Liverpool ou à Anvers.

Le consignataire écrivait en i85i ce qui suit : <c La con- « dition et la classe de cette laine sont supérieures et sa « qualité la fait vendre très avantageusement. Que cela « serve de stimulant pour conserver le bon renom qu'a « acquis cette marque sur ce marché. »

Les services administratifs assez compliqués de ce vaste établissement sont situés dans la partie sud-ouest de la. propriété sur une surface de 25 cuadras.

Le voyageur traverse un magnifique bois naturel, respecté par la hache destructive, où prédominent le tala et la coronilla. Parfois les branches effleurent légèrement le visage et d'autres fois le bois s'entr'ouvre et fait place à des vallons où paissent et ruminent tranquillement à l'ombre les principaux troupeaux de Vestancia. Ce bois se termine en une pittoresque avenue d'où l'on aperçoit les grilles blanches qui entourent la laiterie à l'ombre des branches pendantes des saules pleureurs.

De là on domine tous les bâtiments de l'exploitation. Le dépôt des laines est proche; il en peut contenir 25 .000 arro-

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bas; puis vient une grande cour entourée d'immenses habitations destinées aux péons, aux cuisines, aux bureaux et aux magasins. La façade est embellie par des jardins qui finissent au pied des murs de la somptueuse demeure des Gibbson.

La cour des péons communique avec des rangées d'ombûes (arbre spécial à la Plata) colossaux et majestueux, âgés de cinquante ans. Là le bruit de la tonnellerie étourdit le voyageur, car on y fabrique les fûts pour exporter le suit; à côté de cet atelier, il y a des dépôts qui peuvent contenir trois cents pipes vides.

Ce dépôt est uni au hangar de la viande, servatit à la préparation de la graisse, et le tout se termine dans la graisserie. Celle-ci peut débiter 724 moutons à la fois; elle est pourvue de ses enclos pour l'abatage des animaux, platesformes, rangées de crochets et étendoirs pour les peaux. La graisserie produit de 22 à 24 livres de graisse par brebis et quelquefois 3o; mais il faut observer qu'il s'agit de vieilles brebis qui ont perdu de leur valeur. La graisse passe par trois procédés raffinateurs.

En 1887, quand les champs inondés menaçaient .de noyer les brebis, la graisserie intervenait et débitait 2.5oo têtes par semaine.

A droite de la fabrique se trouvent les enclos où l'on travaille ^ les troupeaux et le bassin a deux dépôts couverts où Ton baigne les moutons.

Ce bassin est destiné au second bain, car le premier se donne dans un autre qui est situé à 20 cuadras de Testan-

I. Pratiquer toutes les opérations nécessaires pour conserver la santé et la vigueur aux moutons : soigner la gale, la boiterie, le ver, la lombric, couper les immondices qui recouvrent la toison, tailler les sabots, marquer, couper la queue aux agneaux, etc..

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cia. Ces bains sont pris dans l'espace de quinze jours, établissant ainsi une rotation qui serait impossible avec un seul bassin, quand il s'agit de 56 troupeaux de 2.000 têtes, plus ou moips, chacun.

Ces sortes de baignoires ont une capacité suffisante pour 5 .000 brebis par jour.

Etant donnée la quantité d'animaux de cette estancia^ MM. Gibbson n'ont pas établi de Cavagne^ pour éviter Ténorme dépense de hangars et de soins. Les moutons doivent parcourir de longs trajets à cause de la position retirée de Vestancia, et dans ces grandes marches, ils perdraient lès avantages de Télevage sous hangars.

Pour avoir une position plus centrale et former une Cavagne, MM. Gibbson ont acheté une estancia à VA^ul^ à une lieue de la gare Cachari.

Ils y ont établi, en 1886, i5.ooo brebis de bonne qualité. L'établissement s'appelle La Tomasa et est sous la direction de notre jeune compatriote. M, Heriberto Gibbson^ tandis que son frère Ernesto dirige Los Ingleses. Ces jeunes gens sont les fils du fondateur M, Thomas Gibbson.

11 doit sembler étonnant qu'un établissement de l'importance de Los Ingleses n'ait que 3 cuadras carrées de luzerne, mais le fait est expliqué par ses fourrages naturels qui sont très riches et très nombreux et dont on fait des récoltes abondantes dont on forme des meules gigantesques.

Uestancia possède des plantations de tabac de Virginie, En i885, on en récolta 400 arrobas d'excellente qualité destinées à la guérison de la gale, ce qui produit une économie annuelle de cent livres sterling.

Les troupeaux de pur type Lincoln sont au nombre de trois, formant 3. 600 tètes de cheptel. Les troupeaux d'élevage, d'où proviennent les béliers à vendre de 8 à 40 piastres monnaie nationale, sont au nombre de 10, comptant ensemble

i2.5oo animaux. Le reste, soit 43 troupeaux, est du type Lincoln; ils donnent en laine de 18 à 24 arrobas par 100 têtes, y compris les antenaises.

Le troupeau n° i , connu sous le nom de El Potrero^ fut établi en iSSg; il était, en qualité, le troisième troupeau typique à cette époque. L'origine en était de race Romney- Marsh 3/4 de sang pur importé et sailli par 4 béliers Romney-Marsh purs importés.

En i863, on adopta la race Lincoln et, depuis lors, on a toujours employé des béliers purs importés Lincoln. On trouve dans le journal de Vestancia^ à la date de décembre 186O, une note de pesage de toisons de brebis ayant donné 14, i5 et 16 livres.

Le type de ce troupeau est robuste; sa laine, longue, est plus belle et plus brillante que celle du Lincoln importé, ce que Ton peut attribuer au fait du pâturage en liberté. Le produit est de 8 à 9 livres de laine par tête, inclus les antenaises et les brebis exceptionnelles qui donnent de 14 à 19 livres. Elles sont très prolifiques et mettent au monde des jumeaux généralement, dans plusieurs cas même trois; on a vu des brebis qui mirent bas quatre agneaux et en élevèrent trois sans autre alimentation que l'herbe du champ.

Ce troupeau est composé de i.ooy tètes.

Le troupeau n** 2 [puesto [îerme]^ n*" 19) fut établi en 1878, avec 5oo brebis provenant du troupeau n** i et 5oo du troupeau n' 3. Il a toujours été sailli par des béliers Lincoln importés et d'autres, venant du troupeau n° i, spéciaux. Le type est le même que celui du n** i, la taille un peu plus petite, la laine de même qualité et le poids de 7 livres à 7 livres et 1/2. Il se compose de i.5oo têtes.

Le troupeau n"* 3 (puesto^ n° 57) a été établi en 1866, avec les troupeaux n" 2 et 3 de cette époque, race Romney-

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Marsh croisée de Lincoln. Sailli par des béliers Lincoln importés etquelques béliers spéciaux du troupeau n° i, la taille du troupeau n'' 3 est aussi grande que celle des animaux du premier. Le développement est dû en partie à la bonne qualité du terrain; il donne de 7 livres 1/4 à 7 livres 3/4 de laine. Il compte i.3oo têtes.

Ce troupeau a été transporté à La Tomasa^ à ÏA{iil et remplacé par un troupeau-type nouveau formé des troupeaux n*** I et 3.

Quelques-uns des troupeaux d'élevage peuvent être classés comme troupeaux caractéristiques, par rapport à leur type et à leur qualité^ comme, par exemple, le n** 26, établi, en 1881, avec des individus des n" 2 et 3, et qui donne un poids de 20 à 3o arrobas (i i kil. 1/2) par 100 têtes, y compris les antenaises; ou celui du n*" 36, formé, en 1870, du troupeau n° 3 et du troupeau du puesto ti" i ; il donne, en arrobas^ 28 pour 100, les antenaises comprises, etc., etc.

Parmi les dix troupeaux d'élevage, il y en a trois de race Pampa Lincoln établis, en i863, avec des pampas pures venues de la Loma de Gôngora et saillies par les meilleurs béliers Lincoln que produisait Vestancia. On est arrivé à créer.ainsi un type différent du Lincoln pur, mais d'une grande valeur. Ces animaux portent une laine très longue, grosse comme celle du Lincoln importé ; ils sont d'un rapide développement, très forts, spécialement dans les basses prairies et engraissent dans des champs où ne pourrait vivre une autre race de brebis. En laine, ils donnent respectivement 26, 25 et 24 1/2 pour cent.

En i885, on réserva 3. 200 béliers pour l'usage de Ves^ tancia et pour la vente. Pendant les vingt dernières années, on a vendu 8.o3i béliers, représentant un service d'un demimillion de brebis! Les prix obtenus varient entre 4 piastres 1/2 et 200 piastres monnaie nationale.

M. Gibbson me dit dans son rapport :

« Le but auquel s'attachent principalement MM. Gibbi< son est d'obtenir un animal de bonne qualité de laine, « sans en rechercher la finesse, mais voulant qu'elle soit « plus ou moins Lincoln^ joignant à cette condition un (( développement rapide, un corps qui se prête à Tengraisse- (( ment et un poids nécessaire à l'entrée des marchés « européens.

« Ils ne désirent pas que les moutons donnent un renc( dément de plus de 100 livres de viande et de suif et ne (( rêvent pas le Lincoln précoce^ animal qui doit donner « 8 arrobas de viande et avec cela une laine longue comme « celle du Lincoln et fine comme celle du Negrete. « L'expérience leur a prouvé que ceci est un « luxus natural » « impossible à obtenir. Maintenant, par suite de la grande « demande de Lincoln^ on en a cessé l'abatage, trouvant « plus rémunérateur de vendre des troupeaux en bloc ou des « moutons aux établissements de viande congelée.

« La dernière troupe provenant de cette estancia donna « 91 livres viande et suif, d'après les renseignements fournis « par ATAf. Sansinenaand C*.

« L'espèce ovine d'aujourd'hui est très saine et ne « souffre d'autres maladies que de la gale, ennemie facile « à combattre. »

MM. Gibbson ont concouru à différentes expositions : à Cordoba, en 1871, ils envoyèrent trois lots d'animaux croisés Lincoln et obtinrent une médaille de bron{e, l'unique accordée à cette variété de l'espèce ovine. A Buenos Aires, en 1875, 6 béliers et 6 brebis Lincoln exhibés par eux remportèrent une médaille d'argent.

Ils ont envoyé à différentes expositions européennes, des échantillons de leurs laines qui y ont obtenu plusieurs médailles d'argent et de bronze.

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