‹ Description agréable de la République argentineChapitre 30 sur 65 · Oes ^ ^ c · texte numérisé non relu

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La description précédente de Vestancia « Los Ingleses >» et l'évidente intelligence qui préside à son organisation et à sa direction m'autorisent à dédier un honorable souvenir aux deux défunts frères Gibbson et au survivant Don Tomas Gibbson ainsi qu'à ses fils Heriberto et Ernesto^ citoyens qui honorent la République Argentine comme facteurs distingués de son progrès.

X. — MM. Crisol Hermanos^ établis dans le département du Salto, ont organisé un important élevage de race Lincoln dont j'ai eu l'occasion de connaître les résultats dans les foires de MM. Bullrich and C\ Ce sont de véritables produits de Cavagne que leurs propriétaires présentent modestement au marché.

Vingt et un ans de constants travaux sont représentés par cet élevage Lincoln^ car il date de i865, et MM. Crisol Hermanos ont su augmenter judicieusement la vigueur du sang du troupeau au moyen de l'introduction d'un grand nombre de béliers et de brebis Lincoln.

Plusieurs de ces animaux furent personnellement choisis dans les bergeries anglaises par M. Juan Crisol qui put apprécier dans ses voyages le mérite des éleveurs européens et acquérir les types les plus adaptables aux conditions spéciales de ce pays.

MM, Crisol Hermanos ont concouru à différentes expositions et leur troupeau Lincoln y a remporté quelques prix.

XI. — Le Z)' Don Santiago Luro, fondateur et directeur de rétablissement modèle de la Quinua^ dans le département de Dolores^ a réuni de remarquables souches de plusieurs races d'animaux et a consacré spécialement ses soins à rélevage des brebis Lincoln.

Quand ce livre était déjà sous presse, j'ai vu un lot de 3o brebis et 12 béliers purs, choisis en Angleterre pour cet établissement. D'un type nettement caractérisé et d'excel-

lente toison, ce remarquable groupe donne à l'élevage du D' Luro une importance peu commune.

Le Z)' Luro commença à importer des types choisis de cette race en 1878, sous la forme d'un lot de 25 animaux, béliers et brebis.

. La Quinua mérite un chapitre spécial dans mes investigations, et je le lui dédierai quand je m'occuperai de l'élevage de l'espèce chevaline dans la République.

XII. — Le Z)' Rafaël Herrera Vegas a fondé, sur les ruines du vieux fort Blanca Grande^ un des établissements les plus avancés de la zone où autrefois s'arrêtait la frontière.

De remarquables variétés de troupeaux raffinés, élevés dans cet endroit sur une grande échelle, transforment cette estancia en une véritable Cavagne où les éleveurs viennent de grandes distances, même de Rio Cuarto^ se pourvoir de reproducteurs. Parmi ces troupeaux, il faut citer la race Lincoln et Face Noire dont je connais les souches; elles sont de première classe.

Le troupeau type Lincoln a été sailli par un remarquable bélier importé par MM. Bullrich and O et choisi spécialement en Angleterre par M. Mac Clenan. Ce bélier avait remporté plusieurs premiers et seconds prix et les résultats qu'il donna ici furent satisfaisants.

La souche des Faces Noires est très bonne; elle fut achetée aux enchères de Santa Rita du défunt Don Carlos Casares. Des brebis Southdown nées à Y estancia « San Juan et Pereyra » et descendantes de l'ancienne branche de Capdevila importée par Rivadavia avec des béliers purs importés Oxforshiredown : tel est l'ensemble du superbe troupeau de 400 têtes que le Z)' Herrera Vegas a formé à la Blanca Grande, en mesure de fournir annuellement un grand nombre de reproducteurs excellents et acclimatés à des pâturages mixtes.

Etablissement nouveau et relégué à une grande distance de la capitale, il n'est pas encore connu dans nos expositions ni dans nos foires, mais, quand il s'y présentera, il soutiendra sans aucun doute vaillamment la lutte du perfectionnement des races.

XIII. — M. Maximo Fernande^ avait créé à Canuelas un élevage Lincoln dans l'établissement nommé La Fabrica.

Cette petite Cavagne pourvoit ses voisins de béliers Lincoln de bonne qualité et elle a concouru à différentes foires, principalement à celles de Lobos.

Actuellement elle est dirigée par M. Almada qui en prend soin avec intelligence, employant des béliers importés de bonne origine. Un bélier de mon établissement El Carmen de descendance Kirkham y a servi. Cette Cavagne a dix-huit ans d'existence.

XIV. — Dans un intéressant article publié dans le journal La Nacion de Buenos Aires, sur la Cavagne « Santa Catalina » du Z)' Frias, dont j'ai déjà parlé, je trouve quelques nouveaux détails qu'il est opportun de reproduire dans ce chapitre :

« La Cavagne « Santa Catalina » est située à i oo kilomètres de cette capitale et à 3 de Mercedes; elle occupe une superficie de 2.000 cuadras carrées subdivisées en

3o prés enclos.

« Le champ est traversé par un large ruisseau qui débouche dans le Rio Lujan; des études et des plans ont été faits par l'ingénieur Neumayer^ — dans le but d'utiliser ce ruisseau pour l'irrigation du champ au moyen de pompes et de toutes les machines nécessaires, — et ils seront bientôt mis à exécution.

« Les diverses installations occupent 3o cuadras; elles « se composent de 20 hangars qui couvrent une superficie

« de 8.000 mètres; 25o cuadras sont affectées à la culture « des fourrages dont la production ne suffit pas à ralimenta- « tion des 200 animaux d'espèce bovine et des 1.200 d'es- « pèce ovine que l'on garde à Tétable.

« Annuellement on consomme à Santa Catalina 1.200 « tonnes de luzerne. i5o tonnes d'orge, 3. 000 fanegas (la « fanega vaut 100 kilogrammes) de maïs, 2.000 de son et « six tonnes de lin, soit une dépense totale de 25. 000 pias- « très monnaie nationale.

« Il serait curieux de pouvoir calculer la quantité de « viande et de graisse que produit — suivant le cycle vital « — cette énorme masse d'aliments.

« L'établissement dépense par an, pour la direction « technique, — les ouvriers à la journée, la manutention de « 80 péons,les constructions et les frais divers, — la somme « de 35.000 piastres monnaie nationale.

« Son administration est montée comme une machine « dont les rouages comprennent jusqu'aux plus insignifiants « détails. La direction technique est à la charge de M. Guil- « lermo Whigham^ chirurgien vétérinaire du Collège Royal « de Londres, qui, à une longue pratique, joint des connais- « sances très étendues. Il est chargé de l'hôpital, de la « pharmacie de l'établissement et de la sélection des nou- <« veaux élevages.

« Le charbon, sans avoir pris le caractère d'une épidémie, « cause des pertes sérieuses; mettons qu'il ne tue qu'un « seul animal par mois, la valeur de ce dernier est telle « que sa mort ne laisse pas que de causer un grand préju- « dice. De plus, on a remarqué qu'il s'attaque de préférence « aux animaux importés. Tout était prêt pour la vaccination « comme moyen de guérison; mais, en vue des critiques <^ qu'on a faites dernièrement de cette méthode prophylac- << tique, on y a renoncé.

a En résumé, la Cavagne « Santa Catalina » est à la « hauteur des premières bergeries du monde et elle est « reconnue, dans les publications anglaises, comme une des « Capagnes Its plus importantes, ce qui est un honneur pour « l'industrie rurale argentine.

« La section de Lincoln se compose de 1 20 femelles et « de 34 reproducteurs, plus 483 antenaises métisses '3/4 de « sang et 780 demi-sang. »

Le Z)' Frias a importé, en i885, un des béliers Zmco/;/ les plus remarquables que j'aie vus dans la République : il a remporté le premier prix à V Exposition internationale de Buenos Aires, en mai 1886. Les produits Lincoln de cette Cavagfte^ présentés en même temps, furent également récompensés et attirèrent l'attention des éleveurs.

Le Z)' Don Domingo Frias, fondateur de ce remarquable établissement, est un des éleveurs qui, pendant ces dernières années, ont influé avec le plus d'énergie et de science sur la transformation agricole, au succès de laquelle sont aujourd'hui intéressées les forces exubérantes de la province de Buenos Aires et des autres régions du littoral argentin.

L'initiative de M. Frias mérite donc d'occuper une place honorable dans cet ouvrage qui présente pour la première fois à la considération des Argentins quelques hommes dont la vie, sans avoir pour théâtre la politique militante, est cependant digne de gratitude et d'éloge.

XV. — M. Norberto Quirno Piiarro, ancien éleveur de la petite estancia de Moron^ a fondé, dans le département du Rosario de Santa Fé, la remarquable Cavapie « Santa Clara », dédiée à l'élève de différentes races.

Parmi elles il y a un troupeau Lincoln de magnifique toison et de grand développement, dont nous pûmes apprécier le type à Buenos Aires, quand ses représentants concoururent à la grande E^tposition de 1886.

M. Quirno Pi\arro est une autre notabilité de nos réformateurs ruraux. Il y a longtemps, quand à peine quelques amateurs raffinaient leurs troupeaux et alors que la vente des reproducteurs était loin d'avoir atteint les proportions actuelles, M. Quirno Pi^arro avait déjà préparé les éléments d'une bonne Cavagne qui a été et est encore de la plus* grande importance, comme je le démontrerai dans l'ouvrage spécial qui traitera de cette matière. Il a beaucoup contribué à imprimer au pays l'impulsion qu'il a acquise en cela, et son nom figure au nombre des lauréats de toutes les expositions argentines depuis quinze ans.

XVI. — La Cavagne « El Ombu » est située dans le département de Carmen de Areco et appartient à M. Cipriano Quesada. C'est un établissement avancé dont l'élevage Lincoln^ ser\â constamment par des reproducteurs importés, est très renommé dans le nord de Buenos Aires.

XVII. — J'ai déjà parlé plus haut du remarquable établissement San Martin de Casares à une heure de chemin de fer de la capitale de la République. Parmi ses troupeaux très estimés, il y a une variété de Lincoln de premier choix composée d'animaux purs et métis.

Les foires annuelles d'automne et de printemps sont toujours très visitées, et les prix qu'on y obtient sont élevés. L'établissement y vend jusqu'à 5oo métisses Lincoln.

Son directeur, don Vicente L. Casares, est un des personnages remarquables de l'industrie rurale argentine. h' Exposition internationale de 1886 lui décerna, avec une justice applaudie de tous, le grand prix accordé à Téleveur qui exhiberait le meilleur ensemble d'animaux de toutes races.

Je m'associe avec plaisir à l'hommage du jury.

XVIII. — L'établissement La Figura de M. Miguel N. de Uribelarrea possède un bon élevage Lincoln croisé

avec des reproducteurs de la plus noble origine, suivant les pedigrees que j'ai sous les yeux. Ils proviennent de la bergerie Kirkham et furent acquis en Angleterre, en 1887, par M. Torromé. Un de ces reproducteurs, du nom de Royal ^ coûta 100 guinées et remporta \eprtx royal en Angleterre. Les autres reproducteurs ont été payés des prix exceptionnels. 11 y en a huit provenant de la même bergerie. Royal soutint bien la concurrence à l'Exposition internationale de 1886 où j'eus l'occasion de l'admirer.

M, Uribelarrea a importé aussi des reproducteurs de la bergerie Dudding et, parmi eux, un descendant de Old Big Skin, qui a remporté plusieurs premiers prix.

Les foires annuelles de La Figura présentent au marché de 25o à 3oo animaux Lincoln raffinés qui sont estimés et bien payés.

En outre l'établissement a créé une souche Shropshire en important huit reproducteurs purs de la bergerie de Bowen Jones et six béliers de même origine, accompagnés de certificats attestant la plus noble extraction.

XIX. — ISestancia « La Porteha », située dans le village de Lobos au bord de la grande Lagune du même nom, a été créée par M. Cascallares et elle était, comme établissement de type original argentin, vraiment remarquable. La réforme d'élevage y aurait commencé avec succès quand la mort surprit le fondateur, et Vestancia passa aux mains du docteur Don Salvador M. del Carril, président de la cour suprême nationale de justice, qui donna au raffinement de ses troupeaux une grande impulsion*

Un groupe pur Lincoln fut vite formé ainsi qu'un troupeau métis; ils furent soignés par le berger Meyer, dans la partie du champ dénommée La Fabrica^ sans doute parce qu'il avait existé là une graisserie.

Ce troupeau Lincoln fut et est toujours remarquable ; il

étendit ce sang aux alentours il y a douze ans. Dans les foires de Lobos^ les représentants des troupeaux de La Portena ont toujours été bien accueillis.

XX. — J'ai déjà parlé de la Caxmgne « El Bosquejo », propriété de M. Galarce^ à Navarro. Il se propose aussi d'y créer une Cavagne « Lincoln », et, dans ce but, il a importé un grand nombre de béliers et de brebis pur sang.

XXI. — J'arrive enfin à Vestancia ou Capagne renommée de Los Jagûeles^ propriété de M. Ricardo Newton^ président de la Société rurale argentine.

M. Nejpton est un homme de travail, d'esprit préparé et essentiellement pratique. Ses longues lectures sur les élevages et l'agriculture, son expérience et sa ferme volonté au service de la réforme et du progrès rural lui ont assigné un poste élevé parmi nos éleveurs.

Sans être un écrivain de style, il a employé la simple prose qui s'inspire de l'éloquence de la vérité dans la défense des intérêts publics. Sa propagande date peut-être de vingtcinq ans dans les revues spéciales, et dernièrement, sous l'administration du docteur Dardo Rocha^ gouverneur de la province de Buenos Aires, il fut désigné pour faire le tour du monde et étudier dans les grands centres des deux hémisphères l'état actuel et l'avenir des industries rurales et agricoles. Dans cette honorable et utile expédition, l'érudit argentin. Don Juan Llerena^ l'accompagnait, et le rapport, fruit de ce voyage, qui a été publié en onze volumes, est un vrai répertoire en matière agricole. Œuvre de compilation, d'exposition et d'observations personnelles, ce livre est de la plus grande utilité, mais il a un grave défaut, si le lecteur est un homme qui s'occupe exclusivement de culture : il est trop développé et trop surchargé de digressions et de tableaux descriptifs qui ne concordent pas avec l'objet principal.

M. Newton a donné, en outre, une série de conférences pour éclaircir des questions palpitantes relatives à Télevage et il est, comme écrivain, comme conférencier et comme homme de travail une notabilité du progrès argentin.

Il est vrai qu'il descend d'une famille distinguée, d'origine industrielle, et que l'éloge que je lui dédie avec le plus grand plaisir s'adresse tout à la fois à son regretté père et à ses dignes frères.

En effet, la civilisation de nos champs doit beaucoup aux Newton et presque tout le monde l'ignore, car notre démocratie précoce n'estime que les mérites de l'homme d'épée ou de l'homme politique. M. Eduardo Oliver a a écrit sur le père des Newton une biographie que je reproduis plus bas comme un hommage dédié à la mémoire du digne défunt.

« Le vice-président de la Société rurale était un de ces " hommes, si rares entre nous, qui ne vivaient que pour le « progrès de l'élevage et de l'industrie de notre pays et c'est « pour cela que nous allons, comme nous l'avons déjà dit, << essayer de le suivre dans sa vie utile et laborieuse.

« M. Ricardo B. Newton naquit à Londres le 1 5 mai « 1 80 1 ; ses parents furent^. Richard Nexvton et Mrs. Sarah c( Whiffen; élevé dans cette même ville au collège national « appelé Blue Coat School jusqu'à la fin de son éducation, <- il entra, en 1818, comme employé dans la maison de com- <c merce de M. William Palmer où il resta jusqu'en 18 19, « époque où son père le fit sortir de cette maison pour qu'il « vînt le rejoindre à Buenos Aires où il se trouvait alors; il <ï le plaça chez MM. Gibbson and C .

« Il ne fallut pas longtemps au jeune Neivton pour « démontrer sa capacité aux affaires, ce que remarquèrent « MM. Gibbson et ce qui les engagea à Tutiliser en établis- « sant Newton à la Bajada de Santa i^e, avec un magasin '< d'articles anglais, qu'ils mirent sous sa direction.

« Là son œil pénétrant et observateur vit bien vite la a destruction que l'on faisait des loutres dans V Entre Rios <( afin de sauver les récoltes, et qu'on laissait perdre com- « plètement les riches et utiles fourrures de ces rongeurs.

<( Il écrivît aussitôt à ses commettants de Buenos Aires « et reçut Tautorisation immédiate de réunir ces fourrures, a créant ainsi une industrie avantageuse pour le prolétaire '< des provinces du littoral.

« Les preuves journalières que Newton donnait à ses « protecteurs de sa capacité et de son jugement pratique « le firent rappeler à Buenos Aires et placer à la tête de « Vestancia de Monte Grande appartenant à MM. Gibb- « son.

« De là il passa au Tuyu^ dans une propriété achetée « par MM. Gibbson et, cette même maison ayant acheté en « 1826, Vestancia « San Borombon », il fut obligé de revenir « pour se mettre à la tête de cette nouvelle acquisition de la « maison Gibbson.

« Pendant qu'il administrait cette estancia^ il se maria « avec 3f "• Maria Va^que^.

<t II continua à rester à la tête des établissements de « MM. Gibbson^ jusqu'en 1834; la société s'étant dissoute, « il acheta quatre lieues de Vestancia « San Borombon », se « consacra spécialement à Télevage et à l'amélioration de la « race ovine.

« C'est depuis cette époque que Newton se vit en mesure « de démontrer pratiquement tout ce dont était capable « son esprit créateur, en vue des profits de l'agriculture et *i de l'élevage de sa nouvelle patrie.

(( En i838, le prix des troupeaux était descendu à sa « dernière expression. Il étudie alors les marchés européens, « voit que les prix qu'y sont payés nos produits, lui perii mettent l'établissement d'une fabrique pour en profiter,

« et il n'hésite pas un moment à commencer le travail dans « une petite graisserie à vapeur.

« Il observe en même temps que nos laines étaient refuse sées en Angleterre, faute de conditionnement et à cause « des immondices qu'elles contenaient. Il commence alors à <i faire le lavage de ses troupeaux, il établit dans son <c estancia, une presse pour les emballer, ce qui lui per- « met de les envoyer jusqu'aux marchés étrangers, en par- « faites conditions.

« Aujourd'hui que le progrès a pris le dessus, dans nos « campagnes, il n'y aurait aucun avantage à l'introduction « de semblables innovations, mais alors c'était une grande « preuve de toute la force de volonté et d'esprit de progrès « qui animait Nexpton^ alors que tous les habitants aban- « donnaient les champs avec horreur, depuis qu'ils y trem- ^« blaient pour leur vie même, et que la propriété était un « crime pour celui qui n'appartenait pas au cercle funeste « du tyran Rosas.

« Toujours préoccupé de l'amélioration de nos richesses « qui perdaient du terrain depuis la disparition de Sheridan « et de Harrat, ces grands pionniers du progrès rural, il « introduisit, en 1840, quand les provinces et la Répu- « blique étaient en proie à la guerre civile, un troupeau "de 10 brebis et 2 béliers de race saxonne-électorale.

« Comme si l'observation lui eût démontré qu'il suivait « une fausse route dans l'amélioration de ses troupeaux, « depuis que le monde fabricant se préoccupait peu de la « finesse de la laine, mais bien de sa longueur et de sa « résistance, il croise, en i853, son troupeau type qui, à « cette époque, comptait 3oo tètes, avec du sang Negrete, « donnant ainsi à ses laines de la longueur et de la vigueur, « et un grand rendement à la toison .

« Dans tous les départements de son estancia^ on recon-

K nait le génie progressiste de Nejpton. Ses brebis une fois « améliorées, il devait aussi se préoccuper de l'espèce « bovine; c'est ce qu'il fit en introduisant la race anglaise « de Durham^ au moyen de laquelle il augmenta considéra- « blement le rendement en suif et en graisse joint à la « précocité, signe distinctif de cette race, qui permet à « l'éleveur de réaliser son capital en dix-huit mois, quand « avec les races du pays il lui faut attendre deux ans et demi.

« En 1844 il était revenu à la mère patrie, dans le « but d'y faire élever ses deux fils aînés, et comme l'idée « constante de sa vie — le progrès de sa patrie adoptive « — ne l'abandonnait jamais, il visitait avec ses fils les « étonnantes mines de charbon du Yorkshire où le capital « et les machines ont fait, joints au génie anglais, des « prodiges de travail et d'art.

« De là, il passe au parc du comte de Fù^mlltams « pour montrer à ses fils tout ce que peut faire l'homme « riche, quand il emploie sa fortune aux bénéfices de ses ^< concitoyens et de son pays, ce que fait, à de très rares « exceptions près, la noblesse anglaise, toujours à la tête de « tout progrès et de toute amélioration sociale.

« En parcourant ce parc, la clôture en fil de fer d'un « pré où paissaient quelques cerfs, appela son attention. « Immédiatement il comprit toute l'importance qu'aurait « une clôture de ce genre, dans un pays comme le nôtre « où le bois est si rare et où les animaux paissent en liberté « et sans gardien. Dès lors était résolu le problème qui »< l'avait tant préoccupé : trouver un moyen de garantir les « bois qu'il plantait contre les invasions des troupeaux qui « erraient dans nos prairies.

« Sorti du parc, il s'adresse immédiatement à un fabri- « cant et ordonne la préparation d'une grande quantité de « fil de fer avec les divers pieux correspondants, en même

« métal. Il s'embarqua pour Buenos Aires, avec Timpor- « tante découverte qu'il avait faite dans le parc du comte « de Fitimlliams^ et il commença par clôturer le grand « jardin de son estancia de San Borombon ainsi que deux « bois qu'il possédait autour de deux puestos (fermes), dans « cette même estancia. Dès lors, son activité redouble. « Newton avait trouvé le moyen de garantir les bois contre « les invasions des troupeaux et, par conséquent, l'adoption » en était déjà assurée dans toute la République. Il agrandit « les bois de tous les puestos de son estancia^ il établit des « enclos en fil de fer et en planches de sapin, faisant de « grandes commandes aux fabriques anglaises, non seule- « ment pour lui, mais encore pour beaucoup de ses amis.

« De manière que l'on doit à Newton cette importante « innovation, ainsi que beaucoup de progrès dont l'industrie <t rurale devrait lui être reconnaissante. Aussitôt qu'il fut « possible de clôturer les prairies d'une manière rapide et « bon marché, la prospérité devint une vérité parmi nous ; « la subdivision des terrains fut possible, et leur culture « devint facile et sûre, dès que les troupeaux ne pouvaient « plus les envahir.

« Alors on put planter des haies vives à l'abri des clôtures « de fil de fer et non de fossés — système coûteux et ineffi- « cace — qui s'éboulent dans nos terrains mouvants et sans « consistance.

« Ses premières plantations étant assurées, Newton w introduit sans retard, d'Europe et des États-Unis, toutes « sortes d'arbres forestiers, d'ornement et de haies.

« Malgré toutes les innovations qu'il faisait dans le « pays, et les améliorations dont il était le promoteur, jamais « il n'eut l'idée de les monopoliser, car il était l'ennemi « irréconciliable de tout privilège, de toute tendance à ce « que les bienfaits du progrès ne se répandissent pas dans

« toutes les classes sociales. Je Tai entendu soutenir ces « idées avec chaleur à propos de l'entreprise pour la fabri- « cation de l'extrait de viande, et ce fut un des motifs sur « lesquels il s'appuyait pour refuser sa protection à la prête paration des viandes fraîches, à la tête de laquelle se « trouvait M. Georges.

« En 1 855, il revint en Angleterre et laissa au Collège w agricole de Cirencester quelques-uns de ses fils, puis il « retourna à Buenos Aires pour y continuer ses travaux avec « toute la chaleur et toute la générosité dont son âme était « capable. Pendant ce voyage il avait visité la Bergerie (c impériale de Rambouillet et, se souvenant de la longueur (( du brin et du peu de rendement de ses troupeaux de race « Électorale, il avait compris immédiatement la convenance <c qu'il y aurait à les croiser avec le sang Rambouillet et, « dès qu'il avait conçu cette idée, sans aucune hésitation, « comme toujours, il avait acheté un petit troupeau Ram- « bouillet^ qu'il introduisit en i856 dans son estanciaet dont « ses troupeaux retirèrent un grand avantage par Taugmen- « tation du rendement en laine ainsi que de la longueur et « de la vigueur du brin.

« En i863, il retourne en Angleterre et en ramène un « troupeau de béliers et de brebis de la belle race Lincoln « qu'il croise avec les Romney-Marsh que son fils aîné « avait introduits du même pays en i858.

« La colonisation de nos plaines au moyen de la popu- « lation anglaise ne lui doit pas moins ; en eflfet il fit venir « un grand nombre de familles à ses frais et leur donna le « foyer et l'aisance en même temps que la richesse, fruit du « travail laborieux, dans sa patrie adoptive.

« En 1866, on parle de créer la Société rurale et il est « un des premiers à s'intéresser à sa fondation; il assiste à M toutes nos réunions, prend une part active à la rédaction

« du règlement, est un des plus enthousiastes défenseurs, et « aida de tous ses efforts, comme vice-président, à ce que « cette association fût une réalité et rendît de grands services « au pays dont Newton fut un des premiers à comprendre « le grand avenir. »

Les fils de Newton honorent la digne mémoire de leur père et respectent ses traditions de travail, de réforme et de progrès, comme je l'ai dit plus haut en parlant de Taîné d'entre eux.

Ce dernier est propriétaire de l'établissement Los Jagueles^ situé à Chascomus à trois heures de la capitale de la République, où de nombreux et spéciaux troupeaux fins attirent les acheteurs aux foires annuelles.

M. Nexpton a concouru à toutes nos expositions rurales où il a toujours obtenu des récompenses et des distinctions satisfaisantes, et son élevage Lincoln ancien, fixe et bien soigné, est une source de richesse pour les éleveurs.

XXII. — Je dois recommander la célèbre Capagne u Las Rosas » de M. Guillermo Kemmis^ établissement modèle et le premier de la province de Santa Fé, où il est situé, département de Canada de Gome{.

C'est là que cet habile et intelligent éleveur a créé un troupeau Lincoln et un autre Qx/orshiredown, servant ainsi les intérêts de sa propre estancia et fournissant aux alentours le sang améliorateur.

Les béliers et les brebis de souche ont été introduits d'Angleterre et M. Kemmis a démontré qu*il savait conserver et améliorer les éléments importés.

Oliapitro VIII

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